Lettre à Karim Benzema

AMBIANCE samedi 7 novembre 2015

Par Saïd Harbaoui @saidharba

Jeudi, le joueur de foot Karim Benzema a été mis en examen dans une affaire de sextape contre son coéquipier des Bleus, Mathieu Valbuena. Saïd lui adresse une lettre.

Cher Karim,

Comme toi, je viens de Lyon, comme toi j’ai grandi avec des rêves. Je voyais Zizou, Henry, Djorkaeff, je voulais faire comme eux, j’avais envie d’être l’un des leurs. On était beaux.

Karim tu as percé jeune, je te suis depuis le début, je me rappelle de ta première entrée en pro contre le FC Metz, je me souviens que j’étais avec un gars de ton quartier dans un snack qui n’est plus. On était fiers, t’avais fait ta petite passe décisive à Bryan Bergougnoux, la mémoire c’est un truc de fou.

En quelques années t’as fait ce que n’importe quel pélo de Lyon rêve de faire : t’as gagné des titres, joué des grands matchs, participé à des classicos.

Mais, il y a un truc qui cloche, je sens un truc je sais pas, il y a un malaise Karim, je crois que tu n’es pas devenu joueur de foot professionnel à la bonne époque.

J’étais au parc quand contre l’Australie tu as mis fin à cette disette de buts qui avait duré des longs mois, les gens étaient contents pour toi alors que deux minutes avant ils te sifflaient comme des porcs. Karim, je sais que tu n’es pas un mauvais pélo.

Le foot, c’est un vecteur d’intégration de fou, t’es là, tu marques des buts, les gens sont fiers de toi, parce que tu fais briller la France, tu transmets des bonnes ondes, à Roger, l’agent de sécu qui regarde tes match en streaming, mais aussi au petit Kevin qui a ton poster dans son immeuble à Sarcelles.

Karim crois moi tu es chanceux, t’as des gens qui se saignent pour aller te voir jouer, on te paye pour porter des sapes, c’est une vie de rêve.

On est de la même génération, je connais des gens qui t’ont fréquenté, je t’ai croisé plusieurs fois dans mon quartier quand je vivais chez mes parents. On ne va pas se mentir, c’est pas jojo ce qui se passe pour toi en ce moment, franchement, toutes ces unes avec ta gueule de délinquant, tous ces articles qui noient les actualités importantes, c’est gavant. Il y a des gamins qui crèvent dans des camions, il y a des agriculteurs qui se suicident, des bidonvilles qui poussent comme des champignons et on parle de tes histoires partout.

Karim je sais que t’es un bon pélo, je le vois dans ton sérieux, dans ta manière de progresser, tu ne parles plus comme avant, tu soignes ton image depuis quelques années, ça, il ne pourront pas te l’enlever.

Mais tu sais, les médias français ne sont pas et ne seront jamais tes alliés. Karim tu es millionnaire à 28 ans, je sais le malaise en toi, je sais ce que tu te dis : « ils voulaient et veulent ma peau ».

Je me rappelle d’une formule dans un morceau du 113 : « tu peux quitter le quartier mais lui il ne te quitte pas ». Je pense que nous sommes (là je me mets dans le tas) tous dans la même merde, on a l’impression qu’on doit tout à cet esprit de quartier, qu’une partie de la France méprise.

Franchement je ne veux pas te plaindre ni t’envier mais en ce moment même je me dis que dans toute cette histoire, c’est l’ambiance, le climat de ce pays le problème.

Les footeux ne sont plus des exemples depuis 2010, et t’as du comprendre en gardav’ que t’allais payer l’addition pour les autres. Là il n’y a plus de potos d’enfances, plus d’avocats, plus d’agents, plus de coach, t’es dans la hass de ton quartier d’enfance, parce qu’on aime bien faire des piqûres de rappel aux oiseaux de bonne augure.

Karim, je te souhaite de faire ce que t’aimes le plus, marquer des buts, je te souhaite aussi d’éviter de faire le yoyo avec le passé. T’es pas une victime, loin de là, tu dois nous le montrer.

Saïd Harbaoui