Repas vegan et street art pour les réfugiés

AMBIANCE lundi 18 janvier 2016

Par Rouguyata Sall @rouguyata

À l’occasion de la 102ème Journée mondiale du migrant et du réfugié célébrée par l’Église catholique, le collectif parisien de soutien aux exilés a organisé un rassemblement festif, place de la République à Paris.

De minuscules flocons de neige tombent sur les skatteurs qui slaloment entre les touristes. Et sur les personnes rassemblées autour d’une petite table, devant le « Fluctuat nec mergitur », la devise de Paris inscrite en hommage aux victimes des attentats de novembre. Une poignée de bénévoles distribue couscous aux légumes, salade et soupe, accompagnés de sourires bienveillants. Le collectif La Marmite Vegan – De la bouffe pas des bombes -, a préparé un repas vegan (sans produit issu des animaux ou de leur exploitation) et freegan (issu des invendus alimentaires). Compote et salade de fruits sont là pour le dessert. Thé et café sont servis à volonté pour lutter contre le froid glacial, l’invité de cette journée d’information et de sensibilisation sur les conditions de vie des exilés.

« C’est un peu dur la vie en France »

Ils sont quelques dizaines. Des bénévoles, des artistes, simples curieux et des exilés. Parmi eux, un jeune Somalien, qui revient sur la place de la République où il a dormi pendant près de deux mois. Comme tous ceux qui croient encore à l’eldorado français, il est venu ici pour avoir une vie meilleure. Mais depuis son arrivée, ce jeune homme d’une vingtaine d’années déchante : « C’est un peu dur la vie en France. C’est la première fois de ma vie que je vois des gens qui dorment dehors ». Il hésite dorénavant à partir en Suède « où c’est mieux qu’ici ».

Yayeh veut quant à lui rester en France : « Je ne veux pas partir ailleurs. Je veux vivre ici, travailler ici, si j’obtiens des papiers, si on m’accepte ». La place de la République a été son premier foyer. Il a dormi ici, sous les tentes fournies par les associations de soutien. Après ces premiers mois difficiles, cet Érythréen d’une trentaine d’années qui a fui la dictature, espère un avenir meilleur en obtenant l’asile. Depuis l’évacuation de la place début janvier, Yayeh vit dans un hôtel à Aulnay-Sous-Bois. Il est venu au rassemblement avec une amie bénévole, pour partager un moment convivial avec les collectifs de soutien aux réfugiés.

Une évacuation qui passe mal

Il y a deux semaines, les réfugiés qui dormaient place de la République ont été évacués et placés dans des centres d’hébergement. Le funeste anniversaire des massacres de janvier 2015 approchait. Le concert de Johnny Hallyday et la venue de François Hollande n’étaient sans doute pas compatibles avec ce dortoir géant. « Les gens passaient pour allumer des cierges, et ils n’avaient pas un regard pour les mecs derrière. Ça nous fait beaucoup de peine. Puis les réfugiés ont été évacués, deux jours avant les hommages aux victimes des attentats », rappelle Sonia, organisatrice de l’évènement, membre de La Marmite Vegan et du Collectif de soutien aux exilés. Pour cette militante, l’évènement organisé ce dimanche vient aussi d’une volonté de les rassembler : « À Paris, les Afghans sont Gare de l’Est, les Soudanais sont à la Chapelle. Aujourd’hui ils sont tous ensemble à République ».

La Journée mondiale du migrant et du réfugié, institué par le pape Benoît XV en 1914, est l’occasion de rassembler les bénévoles et les réfugiés. Et aussi de « donner un peu de voix au combat des réfugiés, pour demander l’hébergement et la régularisation, et un peu de considération de la part de l’État », précise Morgann, également organisatrice. « C’est un évènement pour parler avec les gens. Et puis il y a des graffeurs de l’autre côté. Les graffs vont permettre d’avoir une autre vision du combat des exilés. Ces personnes sont elles aussi victimes du terrorisme. Elles ont aussi besoin d’être aidées par la France. Ce rassemblement est un premier pas vers plus de considération pour ces personnes, qui ne sont pas venues ici pour nous voler nos privilèges, mais pour survivre », poursuit la jeune bénévole.

Une fresque pour raconter la vie des migrants

De la bouffe pas des bombes. Sauf celles des street artistes peintres qui s’activent sous les regards curieux des passants et des réfugiés. Ils s’appellent Ogre, Nassyo, Popay, Etzam, Ixin, Mag, Nespa et Seven. Ils se sont réunis pour créer une frise chronologique qui raconte l’exil. Le dernier graff porte la mention Welcome (bienvenue). Mais on peut y reconnaître un petit garçon tristement célèbre qui a ému le monde entier, Aylan, le jeune syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage turque le 2 septembre dernier, alors que sa famille fuyait la guerre en Syrie. On peut aussi y voir des migrants, qui courent. Pour fuir leur passé ? Pour échapper aux gardes-frontières qui les pourchassent ?

L’artiste de rue Seven supervise le « Mur des Exilés », cette fresque qui raconte leur histoire, qui les humanise. Seven veut utiliser l’art pour soutenir les réfugiés : « J’ai fait des ateliers avec eux. J’ai essayé de les faire écrire, dessiner, pour que les gens puissent les comprendre. Quand ils arrivent ici, ils n’ont plus de papiers, ils n’ont plus leurs familles, ils n’ont plus d’identité ». Il a rencontré des réfugiés qui ont bouleversé son travail : « J’étais dans un squat avec des Camerounais, des Congolais, des Sénégalais. Ils m’ont expliqué comment ils avaient traversé la Méditerranée, l’Espagne ». Au point qu’aujourd’hui, il ne peut pas « continuer à dessiner pour rien ». « Il faut les aider. Mais on n’est pas assez », conclut-il. Même son de cloche sur le tract distribué par les associations de soutien aux exilés : « Hello beautiful people. Nous avons besoin de bénévoles ».

Rouguyata Sall

Le Collectif parisien de soutien aux exilés recherche des bénévoles. Vous pouvez les contacter à l’adresse paris.refugies@gmail.com.

Les réactions des internautes

  1. lundi 18 janvier 2016 17:36 Morgane Amnesty International

    Bonjour, Journaliste pour le journal d'Amnesty International, j'essaie de joindre quelqu'un du Bondy Blog. Notre prochain numéro portera notamment sur les discriminations. L'idée est de donner la parole à de jeunes musulmans, de faire entendre leurs voix au sujet des discriminations qu'ils connaissent. Nous nous disions que les membres du Bondy Blog étaient dans cette même optique d'ouverture, pour faire face aux discriminations. Est-ce que l'un d'entre vous, membre de la rédaction, souhaiterais témoigner sur des discriminations qu'ils connaissent ? J'aurais besoin d'un retour dans la semaine pour le faire avant parution du journal. Dans tout les cas, je vous invite à me laisser un contact, afin que je puisse avoir un point d'accroche pour contacter celui qui parmi vous aurait envie de s'exprimer à ce sujet. Je vous remercie par avance. Et bravo pour ce que vous faites !
    • vendredi 22 janvier 2016 19:12 Amélie

      Une suggestion : donner la parole à des femmes, qui sont le premier groupe victimes de discriminations et de violence, à des handicapés... Mais peut-être est-ce moins vendeur...
    • lundi 18 janvier 2016 18:55 loula

      A quand un papier sur les miséreux Français ?
      • lundi 18 janvier 2016 19:31 Bérénice

        Je connais de jeunes et moins jeunes juifs de France qui hésitent à porter leurs kippas en public, si cela peut intéresser Amnesty International ?
        • mercredi 20 janvier 2016 13:50 Pierre

          C'est amusant, je suis originaire d'aix-les-bains et je n'ai jamais vu mes concitoyens masculin de confession juive porter une kipa. Peut etre n'est ce pas la coutume en savoie. A New York les judges masculin de confession juive la porte durant les audiences. C'est sans doute une coutume local. So on arretait un peu avec l'affirmation, la mise en avant de sa religion au detriment d'une neutralité de l'espace public, le vivre ensemble y gagnerait. A
        • mardi 19 janvier 2016 08:15 eric de saint estève

          bonjour Bérénice, Vous versez dans la "punchline" à présent, vous me dépassez de "cruauté" et de "dureté" pour le coup...bien à vous, et toujours au plaisir de vous lire.
          • mardi 19 janvier 2016 09:13 Tartenpion94

            RE ERIC ..... Ce qui arrive aux personnes de confession juive est inadmissible, nous devons tous ensemble combattre le racisme sous toute ses formes et combattre ensemble l'intolérance qui en découle et qui est une gangrène. Nous devons "tous ensemble" véhiculer nos valeurs et nos principe républicain: Liberté, Egalité, Fraternité pour tous. Il nous faut propager un discours de paix pour nous et pour tous les peuples du monde.
        • lundi 18 janvier 2016 20:26 Tartenpion94

          Ce qui arrive aux personnes de confession juive est inadmissible, nous devons tous ensemble combattre le racisme sous toute ses formes et combattre ensemble l'intolérance qui en découle et qui est une gangrène. Nous devons "tous ensemble" véhiculer nos valeurs et nos principe républicain: Liberté, Egalité, Fraternité pour tous. Il nous faut propager un discours de paix pour nous et pour tous les peuples du monde.