Deux jazzmen américains en visite à la fanfare de La Courneuve

AMBIANCE jeudi 4 février 2016

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah

Dans le cadre de la tournée de Wynton Marsalis, deux musiciens du Jazz at Lincoln Center Orchestra se sont arrêtés à la Courneuve pour une master class que les jeunes de la Fabrique Orchestrale Junior n’oublieront pas de sitôt.

Pourquoi une fanfare? Vue de loin, c’est la première question qui vient à l’esprit. « Parce que ça fait du bruit » répond d’abord Soraya, responsable de l’espace jeunesse Guy Moquet à la Courneuve. Et la psychologie de comptoir flinguée nous pousserait à dire qu’il faut, au minimum, une fanfare pour se faire entendre quand on est un jeune de la Courneuve et que sa voix ne porte pas plus que les autres. Alors oui, il faut faire du bruit pour dire à ceux qui n’avaient pas vraiment remarqué qu’on existe. Et sinon ? « Nous avons remarqué que nos jeunes tournaient autour du piano posé dans la grande salle de l’espace jeunesse. Ils étaient attiré par l’instrument. Donc quand le festival Villes des Musiques du Monde nous a proposé ce projet de fanfare à la Courneuve, on a tout de suite dit oui » finit Soraya.

Depuis octobre, tous les jeudis, malgré les vents frais et les marées qui tombent du ciel, dix huit personnes se retrouvent dans cette grande salle -la première fois, ils ne s’étaient jamais rencontrés les uns les autres-, ils défont leurs instruments de leurs pochettes, ils s’installent, assis ou debout, et ils écoutent Bruno, leur professeur de fanfare. Ils ont « entre 11 et 67 ans », et même si c’est un espace jeunesse de la ville, on dira qu’il n’y a pas d’âge pour faire du bruit. « Ce n’est pas la rigueur du conservatoire, ici on peut s’amuser ». Soraya reprend : « On se rend compte que la musique décoince et libère des choses dans la vie de chacun ».

Aujourd’hui encore, malgré la pluie qui frappe les fenêtres, ils sont là, fidèles aux bruits, les lèvres au bout de leurs trompettes et les baguettes qui résonnent dans les grandes caisses. C’est pourtant un jour particulier. Deux musiciens du Jazz at Lincoln Center Orchestra, archi-chevronnés, qui jouent ce jeudi soir à l’Olympia et qui sont en tournée mondiale jusqu’à mi-mars, sont de passage parmi eux. Marcus Printup, trompettiste, et son alter-ego saxophoniste, Walter Blanding, viennent de poser les pieds à Paris. « On arrive de New York, peut être qu’on ressent le décalage horaire, mais nous sommes heureux d’être là, avec les jeunes » clament les deux musiciens, souriants, souvent touchés par la grâce des élèves.

Ils se font face. Pendant deux heures, il n’y aura plus vraiment de grands musiciens ou de novices, tout le monde s’apprivoisera pour, enfin, s’écouter mutuellement, se raconter la musique telle qu’on l’entend, se montrer des gestes, faire entendre des respirations différentes. « Le souffle » souffle Marcus, à plusieurs reprises, comme une clef importante de la musique jazz. En face, on joue « When the Saints » de Louis Armstrong. Et puis, on écoute « Happy Birthday », toujours version Armstrong, pour entendre ce rythme de la Nouvelle Orleans, si atypique. « C’est le jazzman le plus connu du monde. Et c’est important d’écouter ceux qui ont fait la musique qu’on joue aujourd’hui, il faut aller à l’origine des choses. Pas ceux qui l’ont déjà imité » conseille Walter, du coeur. Il arrive un moment où le silence se fait entendre, où les mots peinent à s’afficher. L’un des jeunes s’explique : « J’attendais ce moment depuis longtemps. Donc là je suis intimidé ». Du tac au tac, Walter avec le geste décidé : « Dans la musique, pas besoin de mots pour se comprendre, faut juste se regarder ».

Les filles finissent par lâcher leurs trompettes pour chanter Pretty Hurts de Beyonce. Pretty hurts, we shine the light on whatever’s worst. Tout le monde les écoute attentivement. Perfection is a disease of a nation. Applaudissements. Pretty hurts, pretty hurts. MJ, animateur à l’espace jeunesse : « Culturellement, dans le 93, on est très proches des américains. Et là, on crée des passerelles ». Le temps à l’ambassadrice pimpante des États Unis, Jane Hartley, de venir dire un mot à chacun, encadrée par des colosses. Les élèves ne font pas vraiment attention aux visiteurs.

Ils ont, aujourd’hui, appris à respirer la musique autrement. Avant de partir, et d’inviter quelques élèves à venir les voir sur la scène de l’Olympia ce jeudi soir, les deux musiciens américains avouent « ne pas savoir vraiment où ils étaient pendant deux heures » quand on leur explique que la Courneuve est une des ces villes où les difficultés s’accumulent. Comme si la musique n’avait rien à voir avec tout ça. Un des élèves se réjouit : « Aujourd’hui, on a vu deux américains en vrai. D’habitude, ils sont dans nos télés ». Une autre range sa trompette soigneusement. Elle n’oubliera peut être jamais qu’il faut « faire des sons longs tous les jours comme une méditation » pour s’entraîner. Et continuer de faire du bruit.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Les réactions des internautes

  1. vendredi 5 février 2016 09:10 eric de saint estève

    bonjour, Je le met ici puisque ça vous concerne, dans cet article "à quoi bon?" ...... http://bondyblog.liberation.fr/201512071200/a-quoi-bon/#.VrRQF-apncs ....... vous posiez la question de savoir si cela servait à quelque chose d'écrire des articles, hier dans DPDA, Sarko revenait sur les émeutes sans faire une seule allusion au décès de "Zyed et Bouna", parlant de "trafiquants qui auraient voulu garder le contrôle des quartiers", c'est risible et faux, mais il n'a pas été contredit ou repris par Pujadas, il aurait même pu le reprendre pour lui expliquer que le barnum qu'il avait mis en oeuvre avec la loi sur "les halls d'immeubles" avait été totalement inefficace et seulement un coup de com' médiatique, que néni, je pense que le "coup de pub banlieue/pir" de Wiam/Finkelkraut n'est pas étranger au traitement qu'il a fait en direct de l'information de banlieue hein, le berger, la bergère, on peut jouer à qui à la plus grosse, encore faut t-il être sur de pouvoir gagner, hier David avait quelques centimètres de plus sur son double décimètre certainement non??? Et dire que nombre de personne ici ont produit des articles pour expliquer que c'était presque mai 68 ces émeutes, et que la gauche a même fait des commémorations, à croire que "le copain PS" est plus conciliant que "l'ennemi UMP" en fin de compte, ça laisse surtout entrevoir ce que sera "la politique banlieue" si Sarko gagne la primaire et va au deuxième tour face à le pen hein, les "racailles" n'auront qu'à trembler, du moins dans le discours hein, ce qu'il sait faire, pour le reste rien n'est moins sur avec lui, on le connait à présent. Enfin, il ne compte pas sur les voix du BB hein, ça c'est certain !!!!! .............. http://bondyblog.liberation.fr/?s=bouna ...... http://bondyblog.liberation.fr/?s=zyed ......... C'est ça qui est bien avec la politique, c'est que l'on peut toujours se plaindre que ceux aux pouvoirs ne sont ou ne font pas ce que l'on souhaiterait et leur cracher à la gueule à longueur d'articles et de tweets, et puis on se rend compte que ce serait bien pire avec d'autres hein, "le relativisme" politique, ça rassure parfois......
    • vendredi 5 février 2016 21:38 Tartenpion94

      Je trouve dommage qu'on n'ai pas abordé les mesures et sanctions contre ceux qui pratiquent l'évasion fiscale, l'exil fiscal, l'optimisation fiscale, la fraude à la TVA, les détournement de fond public...Mesure et sanctions a l'encontre de commanditaires, des transporteurs et ceux qui réceptionnent, revendent les tonnes de produits de contrefaçon... qui sont dangereux pour nous citoyens français. Sanctions contre ceux qui ne respectent pas nos lois, principes et valeurs en volent la France et les contribuables français.
      • dimanche 7 février 2016 08:15 eric de saint estève

        bonjour Rose, Oui, Oui, on peut toujours arguer que de s'occuper du mariage homo n'était pas non plus la priorité et qu'il aurait fallu faire autre chose, en fait se détournement de sujet ne s'opère que quand on pense qu'il n'y a pas assez de temps pour tout faire, alors qu'avec le nombre de représentants du peuple en France, ce grand pays, nous devrions trouver le temps et les moyens de nous intéresser à tout ce qui touche à la vie de nos administrés, que ce soit l'évasion fiscale, comme la vérité sur ce qui s'est passé en 2005 (notez bien, je ne suis pas pour la non assistance à personnes en danger qui a été plaidé contre les policiers, mais je suis assez informé pour savoir que ce que raconte Sarko est un gros mensonge aussi hein....), ainsi que l'emploi et non la courbe du chômage (que l'on "combat" depuis 1974 sans résultats hein), etc...etc...etc....l'intérêt général devrait guider tout ce beau monde, on voit bien où ils le placent l'intérêt général hein, entre un ennemi nommé finance pour les uns, et un détournement de fonds appelé comment déjà, j'ai du mal, c'est Pyg', c'est Malion, ah, non ça me revient à présent, c'est Bygmalion, oui c'est ça !!!!!
        • dimanche 14 février 2016 08:08 Tartenpion94

          La délinquance financière est devenue un sport nationale article sur le sujet. www.leparisien.fr/ "La mafia chinoise recyclait de l'argent sale. Un vaste réseau de la mafia chinoise vient d'être démantelé à Paris. Des banques, qui ont au total brassé pour 1,7 milliard d'argent sale, géraient, entre autres, les filières d'immigration clandestine. Vingt-sept personnes ont été interpellées". « A PARIS, c'est l'affolement dans le milieu chinois. » Ce constat des policiers spécialisés reflète l'impact du coup porté. En démantelant cette semaine un gigantesque réseau chinois de blanchiment d'argent, les policiers ont sérieusement déstabilisé les activités criminelles de cette communauté, à Paris et en province. Mardi, après dix-huit mois d'enquête, l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a investi deux bureaux de change dans le IXe arrondissement. Ressources occultes Ces officines servaient de « banques » pour organiser les filières d'immigration clandestine, mais aussi recycler l'argent sale provenant de divers trafics ou encore les bénéfices dissimulés de commerçants et les ressources occultes d'ateliers clandestins. Ce réseau mafieux aurait permis de faire transiter, par voies bancaires légales, plus de 1,7 milliard de francs, de la France vers le sud de la Chine et Hongkong. Neuf des vingt-sept personnes interpellées ont été mises en examen puis incarcérées par la juge d'instruction parisienne Valérie Salmeron. Il s'agit pour l'essentiel des dirigeants de bureaux de change. Distantes de quelques dizaines de mètres, ces deux officines se fondent dans le quartier du Faubourg-Montmartre. Fin 1998, la société Ruitong loue des locaux au 3e étage d'un splendide immeuble de bureaux, boulevard Poissonnière. Son activité : change, montage de dossier de crédits, import-export... Une société jumelle, Mon Comptoir, s'installe plus modestement au fond d'une cour, rue Rougemont. « Le gérant avait l'air sérieux et travailleur », témoigne le gardien de l'immeuble auquel chaque jour de nombreux Asiatiques demandaient : « Où est Ruitong ? » Rue Rougemont, l'agence de voyage évoque le même genre de défilé. Ces « pèlerinages » n'avaient rien d'anodin. C'est en filmant discrètement les allées et venues des clients des officines que l'office et les RG de Paris ont évalué l'ampleur du réseau. Les « porteurs de valises » auraient déposé une moyenne de 4 à 5 millions de francs chaque semaine chez Mon Comptoir et Ruitong. On ne brasse pas tant d'argent sans finir par éveiller les soupçons. Il y a 18 mois, plusieurs banques ont alerté la cellule Tracfin au ministère des Finances, service créé, comme l'OCRGDF, en mai 1990 pour lutter contre la délinquance financière et l'argent sale. Ces banquiers ont remarqué des mouvements de fonds suspects sur les comptes de Ruitong et Mon Comptoir. « Pour démontrer qu'il y a blanchiment d'argent, il faut établir l'existence d'un délit pénal. Souvent, c'est la drogue. Dans ce cas, on s'est appuyé sur l'immigration clandestine », précise un enquêteur. Les fonds collectés par les officines ont joué un rôle actif dans la mise sur pied des filières d'immigration de la Chine vers la France. Mais, comme tous bons mafieux, les membres du réseau se sont diversifiés. Mardi dans le IXe, les enquêteurs ont saisi une somme de 5,3 millions de francs. Cet argent provenait notamment des recettes confiées par des restaurateurs parisiens, banlieusard et provinciaux. Autres sources : des grandes surfaces d'alimentation et de produits asiatiques et des ateliers clandestins de confection, situés dans le XIe, dans le Sentier et en proche banlieue. Les fonds étaient virés légalement sur des comptes ouverts en Chine et à Hongkong, comme l'a découvert l'office. Une partie était réinvestie au profit des passeurs. Un cercle vicieux brisé par les policiers français.
  2. jeudi 4 février 2016 18:39 eric de saint estève

    bonjour, "Et la psychologie de comptoir flinguée nous pousserait à dire qu’il faut, au minimum, une fanfare pour se faire entendre quand on est un jeune de la Courneuve et que sa voix ne porte pas plus que les autres.", vous êtes sur de ce que vous affirmez??? ............ "Les Français, c'est les autres".......... http://pluzz.francetv.fr/videos/infrarouge_,134732868.html ...... moi pas hein !!!!