Le métier de Youssef Bouchikhi : présenter ses coups de cœur à la télé !

AMBIANCE, MASTERCLASS vendredi 12 février 2016

Par Rouguyata Sall @rouguyata

Youssef Bouchikhi était l’invité du Bondy Blog samedi 30 janvier, pour une masterclass sur l’interview. Rencontre avec l’actuel rédacteur en chef adjoint des « 5 dernières minutes » du JT de France 2.

Youssef Bouchikhi a « toujours voulu bosser à la télé ». Pour sa masterclass au Bondy Blog, il raconte ses débuts, ses années Ardisson et sa décennie aux côtés d’Elise Lucet au JT de France 2. Après le tour de table où lecteurs, blogueurs du Bondy ou du Trappy Blog, le journaliste passe à une anecdote sur Patrick Poivre D’Arvor (PPDA). Il s’est rendu, suite à une (bonne) orientation de son CIO, à une conférence où PPDA, à l’époque star du petit écran, leur a dit « Si vous rêvez de l’être [journaliste], il faut tout faire pour l’être ». L’évènement déclencheur de sa carrière de journaliste est arrivé quelques années plus tard : c’est « l’accident », un malheureux évènement qui a décuplé ses forces. Parce qu’il fallait que « cet accident soit un cadeau », il a pris le temps de se cultiver pendant sa convalescence, puis de retourner à la fac.

Pour ce journaliste, la clef du métier est la détermination, accompagnée de trois facteurs pour rentrer dans ce milieu : chance, envie et travail. Cet autodidacte a eu la chance de « croiser les bonnes personnes au bon moment » et d’apprendre aux côtés de Thierry Ardisson sur Paris Première, grâce à « son ami de 20 ans » Jean Birnbaum, qui lui a refilé le plan. « L’exigence de Thierry, j’en ai perdu mes cheveux, mais j’ai beaucoup appris », ajoute l’homme qui préparait quatre débats de société par semaine pour « Rive Droite/Rive Gauche », une émission d’information culturelle. Youssef Bouchikhi intègre le service public par la porte France 5, où il deviendra rédacteur en chef adjoint de l’émission « Cult » sur les cultures urbaines. Puis c’est France 2, au JT du midi présenté par Élise Lucet, où il est rédacteur en chef adjoint des « 5 dernières minutes ».

À la question de l’éventuel problème lié à ses origines, Youssef Bouchikhi rappelle qu’il a croisé à France 2, à ses débuts, quelques personnes un peu distante. Mais la réponse est dans sa longévité sur la deuxième chaîne : dix ans plus tard, il est toujours là, il prépare toujours les interviews d’Élise Lucet, et il présente le vendredi une chronique sur l’actualité culturelle. Il conseille aux participants de la masterclass de balayer les interrogations liées au racisme : « Faites-vous confiance. Je suis sûr que chacun peut aller là où il veut. Il ne faut pas s’handicaper avec ça ». Pas d’amertume pour l’ancien comédien à qui on proposait le classique rôle du voleur de mobylette.

« Soyez curieux »

La soif de culture de Youssef Bouchikhi est née bien avant son arrivée à la télé : « à 17 ans, je m’asseyais sur les marches de l’Odéon en me disant : j’espère que je vais rentrer un jour dans ce théâtre ». Son vœu a été exaucé : il parcourt aujourd’hui les plus grandes salles parisiennes. Depuis des années, il va voir quatre spectacles par semaine, toujours avec un regard nouveau, comme s’il allait au spectacle pour la première fois, pour éviter le pire qui puisse arriver : « être blasé ».

Les questions fusent. Les réponses sont truffées de conseils. Youssef Bouchikhi transmet la to do list du journaliste en devenir. Écouter la radio, lire les journaux avec un crayon, aller chercher l’info. « Moi, mon école de journalisme, c’est les livres, les journaux. C’est comme ça que j’ai appris » résume-t-il, avant de rajouter qu’il ne faut pas oublier de « s’amuser sur les réseaux sociaux puis en sortir pour creuser, aller plus loin, sinon on va vers la crétinisation ». Aller au théâtre, à l’opéra, car pour ce passionné, « le spectacle vivant c’est magique ». Il ne veut pas entendre parler du prix élevé des places de spectacles : « ne me dites pas que c’est cher, car aller à Bercy pour un concert, c’est cher aussi. Il y a toujours moyen d’avoir des places ».

Le thème de l’exercice pratique de la masterclass est l’interview : « comment écrire une interview selon l’émission ? ». Le journaliste répond qu’il faut chercher de l’information sur l’invité. Il faut lire, plutôt Le Monde pour une émission sur France Culture, Le Parisien pour le JT de France 2, ou retrouver les sujets polémiques quand on bosse pour Ardisson. « Puis tu commences à réfléchir à tes questions. Tu repères les champs qui vont trouver de l’écho chez ton public », poursuit-il.

 Métier : présenter ses coups de cœur à la télé !

L’exercice de la masterclass est vite expédié. Les questions sur son quotidien de journaliste viennent éclipser l’analyse d’une dizaine d’articles sur Élie Semoun. Youssef Bouchikhi continue, il détaille la masse de travail pour les cinq minutes qui clôturent le JT. Il parle du stress de ces invités, contourné par une bonne préparation : « c’est très important de bien briefer l’invité quand tu fais du direct ». Alors au premier échange, il scrute, au deuxième, il se transforme en coach pour que l’invité donne sa plus belle interview possible.

Youssef Bouchikhi a trouvé sa place dans le panorama de la culture à la télé, un espace qu’il juge déconnecté de la société. Mais ce qu’il aime dans ce créneau, c’est nourrir les gens, en leur faisant découvrir des artistes, des créateurs, dans une tranche horaire où les téléspectateurs sont en pause, où ils terminent leurs repas. « L’idée, c’est de prendre les gens par la main et de leur présenter nos coups de cœur ». À dix ans, il écoutait déjà l’opéra dans son HLM de Chartres. Il travaille tous les jours pour cet éventuel enfant derrière son écran, il parle à cet enfant-là pour lui transmettre sa passion pour les arts.

 Top et flop : de Guerlain aux lions sur le plateau

L’affaire Guerlain arrive sur la table : « c’était un vendredi, personne n’a entendu ». La sortie raciste de Jean-Paul Guerlain est son souvenir le plus tragique. L’héritier de la maison de parfumerie avait balancé en direct : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… ». « On écoute le replay, on ne comprend pas bien la première fois, ni la deuxième. Puis on sait qu’on va vivre un enfer » se remémore Youssef Bouchikhi. Des excuses d’Elise Lucet s’ensuivent, et Guerlain rejoint la blacklist du JT.

Et l’anecdote la plus folle ? Une recherche d’invité à 17h pour le lendemain, qui termine par Edelstein du cirque Pinder : « Il me dit ‘je peux venir avec un lion, je peux même t’en amener deux’. Je prépare l’interview. Le lendemain, un, deux, trois mecs de la sécurité sont venus me voir pour me demander si des lions allaient venir ». Le jour J, tout France Télé est sur la passerelle : « Les cages ne rentraient même pas dans l’ascenseur. Il y avait de la paille partout. Mon angoisse, c’était Arlette Chabot », alors directrice générale adjointe chargée de l’information. Mais ses lions ont fait la plus grosse audience historique du journal : « c’était un grand moment de télé ».

 Rouguyata Sall

Les réactions des internautes

  1. samedi 13 février 2016 15:45 jps

    Donc ce qu'il préconise c'est de sortir d'aller vers les autres d'être curieux. il me semble avoir souvent dit ça sur ce blog nombriliste. Le nombre de fois où j'ai fait la remarque de tous ces jeunes qui traînent aux halles ou au mac do de la rue de Rivoli mais qui jamais ne poussent jusqu'au Louvre.
    • dimanche 14 février 2016 08:40 eric de saint estève

      bonjour JPS, j'aime votre nuance, moins rentre dedans que moi.
  2. samedi 13 février 2016 07:07 eric de saint estève

    bonjour, ". Pas d’amertume pour l’ancien comédien ", parce que vous croyez que les roux, toute leur vie, ils analysent ce qui leur arrivent à l'aune du fait qu'ils sont roux, et que peut être ou même certainement, les échecs et déceptions qu'ils subissent sont forcément et sans nuances, ou réflexions, lié obligatoirement à ce fait...vous êtes schizophrènes et ne vous en sortirez pas.
    • dimanche 14 février 2016 06:23 Tartenpion94

      Livre de Robert Castel de 2007: " La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? EXTRAIT: " la « discrimination négative ». Il la définit en remarquant que, contrairement à la discrimination positive [1], « la discrimination négative ne consiste pas à donner plus à ceux qui ont moins, elle fait au contraire d'une différence un déficit marquant son porteur d'une tare quasi indélibile. [...] La discrimination négative est une instrumentalisation de l'altérité constituée en facteur d'exclusion ». Robert Castel s'inscrit ce faisant dans la lignée des analyses interactionnistes, voyant dans la discrimination négative les effets d'un processus de stigmatisation [2] qui en dit finalement beaucoup plus long sur le groupe qu'il sert [3]. Or, dans la société française contemporaine, de tels phénomènes jouent encore à plein, explique le sociologue, et pose un véritable défi à notre conception de la citoyenneté : celui d'intégrer ce registre d'altérité que constitue l'appartenance ethnique. Il s'emploie ainsi tout au long de son ouvrage à étayer ce diagnostic afin d'en dégager quelques orientations politiques pour la combattre plus pertinentes que les quelques mesures cosmétiques mises en oeuvre jusqu'à présent." Il nous ramène à la fin du XIXe siècle, au temps des réformateurs sociaux de tous bords, puis à la fin de la Seconde guerre mondiale, pour retracer la genèse de ces quartiers d'habitat social, initialement conçus pour remédier aux fléaux sociaux constitutifs du « mal-logement ». On oublie souvent la réussite initiale qu'ils ont pu à certains égards représenter, avant d'être touchés par un double processus de paupérisation et d'ethnicisation"..." "Reste que si ces jeunes ne se situent pas en dehors de la société française, ils ne sont pas non plus pleinement dedans, faute d'une place reconnue et surtout de l'absence de perspectives. Ce qui amène Robert Castel à diagnostiquer dans les émeutes de novembre 2005 une « révolte du désespoir » face à une situation paradoxale. En effet, ces jeunes « sont des citoyens, ils sont inscrits dans le territoire français, et néanmoins ils subissent un traitement différentiel qui les disqualifie ». L'auteur s'emploie ainsi dans le troisième chapitre à fonder ce sentiment d'être injustement discriminés de la part de ces jeunes « stigmatisés ». Il passe ainsi en revue les principaux domaines de la vie sociale où celle-ci s'exerce. S'appuyant notamment sur les travaux de Fabien Jobard, il rappelle ainsi que les interactions entre jeunes et police sont à l'origine de toutes les violences urbaines en France depuis le fameux « été chaud » de 1981 aux Minguettes à Vénissieux, et peuvent plus généralement « structurellement difficiles », entretenant quotidiennement leur lot de tensions et frustrations. Sur le front de l'emploi, les enquêtes de « testing » menées entre autres par l'équipe de Jean-François Amadieu ont confirmé qu'il existait bel et bien de fortes discriminations à l'embauche en dépit d'une législation qui les interdit. Et, même une fois l'obstacle du recrutement franchi, l'acceptation au sein du collectif de travail est loin d'être assurée, comme l'a bien montré Philippe Bataille [6]. L'école elle-même n'est sans doute pas exempte de reproches quand on remarque qu'en 1998 43% des jeunes quittant le système scolaire sans aucune qualification étaient d'origine maghrébine [7] ou que 40 % des élèves immigrés ou « issus de l'immigration » sont concentrés dans 10% des établissements. Enfin, l'appartenance à la religion musulmane n'est pas elle-même sans charrier des représentations particulièrement négatives depuis quelques années, d'autant plus qu'elle est systématiquement assimilée à une appartenance ethnique. Il importe donc de repérer ce « rapport déçu à la citoyenneté » qui caractérise, non sans raisons, une certaine partie de la jeunesse. Et ce problème est loin de n'être que leur « affaire » car, remarque Robert Castel, « ces jeunes ne souffrent pas seulement d'un déficit de légitimité politique ou de ressources sociales. A partir de la disqualification dont ils sont l'objet, ils deviennent des réceptacles privilégiés pour canaliser les craintes qui traversent l'ensemble de la société ». Ce faisant, ils reprennent aux vagabonds et aux prolétaires des siècles précédents le « flambeau » des classes dangereuses. Une « stigmatisation morale, qui à la limite débouche sur leur criminalisation, [et] déplace sur ces populations qualifiées d'asociales l'ensemble de la question sociale et de la manière de la traiter ». Une « utilité » sociale dont les intéressés se seraient bien passés, et qui explique en tous cas pourquoi certains choisissent de retourner le stigmate en « revendiquant la dignité de la race contre les promesses fallacieuses de la démocratie ». Robert Castel revient sur la manière dont cette question a été (mal) traitée depuis 1974 et la fermeture des frontières à l'immigration de travail. Il passe notamment en revue l'occasion manquée qu'a constituée la « Marche pour l'égalité et contre le racisme » de l'automne 1983, avant l'installation de la crise économique... et celle du Front National dans le paysage politique. L'auteur pointe également l'actualité internationale qui a largement contribué à diaboliser l'Islamisme - et par ricochet également dans une large mesure l'Islam-, avant de revenir sur la question du passé colonial qui ne passe pas. Sans négliger le risque de stigmatisation qu'elles comportent pour leurs bénéficiaires,"... C'est que le véritable problème des politiques de la ville ou des Zones d'éducation prioritaires (ZEP) ne réside pas selon lui dans leur principe, mais bien dans l'insuffisance des moyens qui leur sont alloués, ainsi que dans les limites de leur modalité. La politique des ZEP pourrait ainsi servir de levier à une « critique pratique des déviations élitistes » d'un système éducatif qui fonctionne comme un instrument de sélection sous des dehors égalitaires. Il insiste pour finir sur le fait que tous les publics défavorisés doivent être traités à parité quelle que soit leur situation ethnique, l'enjeu étant de leur permettre d'accéder aux conditions de leur « indépendance sociale ». Car, et c'est là un des grands chevaux de bataille du sociologue, la citoyenneté politique n'est qu'illusoire sans la citoyenneté sociale, c'est-à-dire une sécurité sociale au sens plein du terme, permettant à chacun de prendre pleinement part aux affaires de la cité"...
      • dimanche 14 février 2016 08:47 eric de saint estève

        re Rose, Je ne réponds plus au copié/collé, je vous ai répondu sur l'autre fil de discussion où vous souleviez le problème de la ville et de son maire, si vous voulez discuter, je ne suis pas contre, vous donnez votre avis et je vous donne le miens, argumenté si possible, mais là, je ne vous réponds pas.