L'indépendance de l'Afrique, un roman de fiction ?

BONDYMONDE jeudi 22 septembre 2016

Par Kab

EDITO. Et si l’économie mondiale reposait sur le continent africain ? Certes, l’Afrique jouit de grands atouts, mais sa population ne peut pas compter sur ses dirigeants pour peser économiquement sur la scène internationale.

Que reste-t-il des luttes de Léopold Sédar Senghor, de Thomas Sankara, et de bien d’autres figures africaines emblématiques qui ont consacré leur vie à la reconquête de l’Afrique ? Malheureusement, pas grand chose. Lorsque l’on se penche d’un peu plus près sur ce qu’est devenu le continent africain, l’on se rend compte que toutes ces années de combat ont été menées en vain. Si seulement les fers de lance de l’indépendance avaient trouvé de dignes successeurs, qui sait, l’Afrique serait peut-être aujourd’hui au même niveau économique que le Vieux Continent et concurrencerait même ceux que l’on appelle “les géants du monde”.

Ces mêmes “géants” profitent d’une grande partie des ressources de l’Afrique. Prenons l’exemple de la France en Côte d’Ivoire. L’économie de cette dernière est basée sur les matières premières, des matières agricoles qui sont exploitées à l’état brut par des pays européens, au premier rang desquels la France pour le café mais aussi l’Italie pour le cacao. Autre exemple : l’intervention des Etats-Unis en Libye. La situation post-Kadhafi a plongé le pays dans le chaos dont les Américains ont tiré profit pour extraire des ressources naturelles libyennes comme le pétrole et le gaz.

Les dirigeants africains à la botte des grandes puissances mondiales

A l’ère de la mondialisation et du libre-échange, de l’expansion des nouvelles technologies et du marché économique en vigueur, force est de constater que les coopérations, bilatérales et multilatérales, relèvent plus d’un rapport entre exploitant et exploité que de relations égalitaires entre deux pays. L’Europe mène le jeu. Un exemple au Sénégal : l’opérateur téléphonique français Orange occupe une place importante dans les réseaux de télécommunications. Grâce à la libre concurrence, la compagnie fixe ses tarifs et des forfaits très élevés au détriment de la population locale plutôt pauvre, et réalise ainsi d’importants profits. Il en est de même pour la société française d’électricité Senelec. Les Sénégalais doivent faire face à de nombreuses coupures de courant, très longues et ce, plusieurs fois par jour. Ce qui ne réduit évidemment pas le montant de la facture imposée à la population, bien obligée de s’en acquitter malgré la mauvaise qualité des services.

Certes, les pays africains ne vivent plus sous le joug de la colonisation, ne subissent plus la barbarie, la sauvagerie, les chasses à l’homme qui étaient monnaie courante à cette époque. Mais cette période, bien qu’officiellement terminée, demeure toujours sous une forme pernicieuse. Depuis des années, certains dirigeants africains, soi-disant patriotes, se soumettent aux puissants Occidentaux et aux grands institutions internationales de financement comme le FMI. Ils poussent leur propre pays à se mettre la corde au cou. Ainsi, les autorités africaines signent des accords et des conventions avec ces “puissants”, sur le dos des populations, qui se retrouvent de surcroît appauvries et assujetties à cause de ces arrangements. Ces “géants” fixent les prix des matières des pays africains, dictent ses lois avec l’aval de ceux qui sont à leur tête. L’Afrique n’est donc plus maîtresse de ses biens et d’elle-même qu’à l’époque des colonies.

Comment ne pas citer Macky Sall tournant le dos aux intérêts de son pays, le Sénégal ? Après son élection en 2012, le président sénégalais signe un accord avec François Hollande qui permet à la France de récupérer une base militaire à Dakar. Les militaires américains ont récemment rejoint les Français. Ainsi, l’aéroport de Ouakam sert de base logistique aux Etats-Unis qui l’ont expérimenté lors du débarquement en Afrique de Ouest pour participer à la lutte contre Ebola qui a fait plus de 11 000 morts en Guinée, Sierra-Leone et Libéria.

Européens, Africains, l’avenir reste à écrire

Résultat, la jeunesse africaine n’a plus confiance en ses représentants. Elle ne croit plus aux belles paroles des hommes politiques qui consacrent pourtant près de 90% de leurs promesses à l’emploi des jeunes. Des promesses loin d’être tenues. Ce qui pousse la jeunesse à descendre dans la rue pour manifester. C’est le cas des jeunes Maliens qui il y a encore quelques mois se sont mobilisés pour exprimer leur ras-le-bol. Le président Ibrahim Boubacar Keïta leur avait promis des emplois. Les Maliens attendent toujours.

Africains et Européens doivent affronter ensemble le monde tel qu’il l’est aujourd’hui. L’Africain doit se sentir à l’aise devant ses frères et sœurs européens parce qu’il est né dans un pays indépendant et qu’il n’est plus esclave. Ses arrières grands-parents, eux, l’étaient. Et cela est aussi valable pour l’Européen : il ne doit pas mépriser ses frères et sœurs africains et se sentir supérieur à eux. Il n’est pas un colonialiste. Ses arrières grands-parents, eux, l’étaient.

Kab NIANG