Aymeric Caron au Bondy Blog : "Notre système médiatique est malade"

MASTERCLASS samedi 5 novembre 2016

Par Maéva Lahmi https://twitter.com/LahmiMaeva

Pour la quatrième MasterClass de la saison, le Bondy Blog a reçu le journaliste Aymeric Caron, ancien chroniqueur de l’émission “On n’est pas couché” (France 2) et chantre de l’antispécisme. Il raconte son parcours, entre coups de gueule et “coups de chance”. L’occasion de s’interroger sur l’évolution du système médiatique et sur la nécessité de garantir l’indépendance des journalistes.

“La réussite c’est se lever le matin et être en accord avec soi-même, se sentir libre “, affirme Aymeric Caron devant une salle remplie par la cinquantaine de personnes venue l’écouter et découvrir son parcours. Figure incontournable du paysage médiatique, il envisage plusieurs carrières durant sa jeunesse. Passionné de dessin, il souhaite tout d’abord devenir architecte. Son “goût prononcé pour la vérité” lui fait envisager les professions de procureur ou d’avocat. Il souhaite “ouvrir sa gueule”, “être utile” et dénoncer les injustices.

Capture d’écran 2016-11-05 à 11.31.35Convaincu que le fait de conserver le même quotidien durant des décennies se révèle négatif pour le développement personnel, il s’oriente finalement vers le journalisme, ce métier varié, idéal pour “apprendre le monde“. Un choix professionnel appuyé par sa passion pour la littérature. Après des études de lettres en France, puis aux Pays-Bas, il intègre l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille. S’il apprécie les élèves de sa promotion, il demeure un étudiant solitaire, refusant l’uniformité et méfiant à l’égard des groupes. Encore aujourd’hui, il rêve d’une société “qui s’intéresserait aux individualités. On a tous des talents en nous mais 90% sont inhibés par [le système] qui nous entoure“.

Des premiers articles au métier de chroniqueur

A la sortie de l’ESJ Lille, son goût pour les lettres le conduit à travailler en presse écrite. Très vite, il est déçu par les contraintes formelles inhérentes à la rédaction d’un article. Il revient alors à ses premières amours : le dessin et l’image. Le journalisme télévisuel s’impose comme une évidence. S’il ne s’agissait pas de sa motivation principale, il avoue avoir également éprouvé l’envie de “se montrer, d’acquérir de la notoriété”. Il part deux ans en Chine et travaille dans un studio de production radiophonique du consulat de France. Il donne également des cours de français aux étudiants chinois. A son retour en France, il travaille pour plusieurs grandes chaînes, comme TF1 ou France 3. Il rejoint ensuite Canal + et est chargé par la rédaction de couvrir différents conflits. Il découvre alors la violence de la guerre et la difficulté pour le journaliste d’en être spectateur. Il se souvient particulièrement de “la guerre en Irak, en 2003″, qu’il a couvert depuis Bagdad.

En 2006 et 2007, il présente une matinale sur iTELE. L’une de ses interviews l’oppose vivement à Nadine Morano, alors porte-parole officielle de l’UMP et proche du président Nicolas Sarkozy. Un an plus tard, il anime la matinale d’Europe 1 en remplacement de Marc-Olivier Fogiel la semaine, puis le week-end. Ayant observé son franc-parler face à Nadine Morano, Laurent Ruquier lui propose en 2012 de remplacer Audrey Pulvar comme chroniqueur dans “On n’est pas couché”. Convaincu qu’il s’agit de “l’une des rares émissions où l’on peut aller au fond des choses avec une totale liberté“, il accepte sans hésiter. Il accède alors à une grande notoriété et n’hésite pas à opposer vivement la contradiction, notamment aux personnalités politiques qu’il rencontre.

“Dire non, quand on est journaliste”

En grand connaisseur des médias français, Aymeric Caron dit s’inquiéter de l’évolution des chaînes d’information et de l’ensemble de la presse. “Notre système médiatique est malade“, constate-t-il car il évolue dans une société “de l’argent roi alors que l’information est une matière sur laquelle il devrait être interdit de gagner de l’argent”. Il déplore que les médias dépendent financièrement de grands groupes financiers privés, ce qui remet en cause leur indépendance. Il constate “une rupture totale entre les dirigeants des médias et les Français”. Il ajoute que la paupérisation grandissante de la profession implique qu’il devient difficile pour un journaliste de critiquer ou de quitter sa rédaction.

Il regrette ainsi que les vrais sujets soient négligés alors même que “les Français voudraient qu’on leur parle de ce qui est juste et important”. Il défend la création d’un système d’aides publiques qui garantirait la liberté et la pluralité de l’information, “un pilier de notre démocratie”. Il insiste également sur la responsabilité collective des journalistes dont le devoir est d‘“ouvrir [leur] gueule, de dire non à [leur] rédacteur en chef et de quitter une rédaction quand [ils ne sont pas] d’accord avec la ligne éditoriale”.

L’antispécisme, le projet du siècle

En fin de MasterClass, Aymeric Caron a également tenu à évoquer son principal combat : l’antispécisme, un mouvement né dans les années 1970, selon lequel les espèces animales méritent la même considération morale que l’espèce humaine. Lors de son passage sur le plateau de Laurent Ruquier, il s’est érigé en défenseur du véganisme (refus de consommer tout produit d’origine animale au-delà de l’alimentation, ce qui implique de ne porter ni cuir, ni laine, de ne pas utiliser de produits testés sur les animaux, de s’opposer à la tauromachie, au cirque avec animaux, au zoo…) et de l’égalité entre les espèces.

En 2016, il publie “Antispéciste“, dans lequel il plaide pour une réconciliation entre l’homme, la nature et l’animal. Fidèle à ses convictions, il applique lui-même quotidiennement les principes qu’il défend dans les médias : interrogé sur ses habitudes alimentaires, il explique ne pas pouvoir ingérer “d’animaux morts“. Il refuse également le lait, les œufs ou encore le cuir. Politiquement, il prône la mise en place d’une production décroissante et défend une “écologie dure, par opposition à une écologie molle”. En effet, il considère qu’aujourd’hui, “les écologistes sont des accompagnateurs du système”, bien moins révolutionnaires qu’un René Dumont par exemple. Loin d’une théorie fantaisiste, il affirme que la construction d‘une société antispéciste sera LE projet révolutionnaire du siècle prochain. Et s’il n’envisage pas de jouer un rôle politique dans l’immédiat, il n’exclut pas de soutenir un jour des élus qui partageraient ses idées. Quoiqu’il décide, une chose est sûre : Aymeric Caron compte poursuivre sa lutte contre les injustices encore longtemps.

Maéva LAHMI