Victoire de Donald Trump : "Ce n'était peut-être pas comme ça que les jeunes Américains s'imaginaient voter"

BONDYMONDE mercredi 9 novembre 2016

Par Bondy Blog

[BONDYBLOG-US] Les sondeurs et les journalistes estimaient sa victoire hautement improbable et pourtant il l’a fait : Donald Trump est devenu le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Tout au long de la journée, le Bondy Blog publie les réactions des blogueurs, qui oscillent entre effarement et stupeur. Partie 4/4.

Ces derniers jours, j’avais dit à mon père, qui doutait d’une éventuelle élection de Donald Trump. “Les Américains ont bien élu George W. Bush”. Quand on prend du recul sur la campagne, je me rends compte à quel point c’était d’une médiocrité sans nom de la part de Trump et de Clinton. La candidate démocrate n’a jamais été convaincante en dépit d’un discours “gauchisé” suite à la primaire démocrate face à un Bernie Sanders tenace et ayant capté l’attention des jeunes. Cette élection confirme aussi que le bipartisme en vigueur outre-Atlantique est tenu par les cordons de la bourse, même si Trump a su attirer le vote des classes moyennes qui se sentent victimes de la mondialisation. “C’est la cata“, m’affirme un cousin américain que j’ai contacté sur les réseaux sociaux. “Tous les sondages étaient complètement à côté de la plaque”. S’il fallait trouver un côté positif à élection, je citerai les score des “petits” candidats : ceux du Parti libertarien et du Parti vert ont presque triplé entre 2012 et 2016. Et ça, c’est signe que des millions d’Américains songent à d’autres alternatives que le duel Républicain-Démocrate favorisé par les milieux économiques et la sphère médiatique.

Jonathan BAUDOIN

Aujourd’hui, 9 novembre, à 15h15, j’entre en cours de SVT en disant à Noah, un des mes amis, que c’est aujourd’hui que sera élu le successeur d’Obama. “Aujourd’hui, les Américains vont voter!” En l’interrogeant, toute la campagne présidentielle américaine me revint en mémoire, en particulier celle de Donald Trump. Je me souvins par exemple de l’appel qu’il a lancé pour fermer les frontières aux musulmans, à sa femme qui copia mot pour mot le discours de Michelle Obama, en passant par le fameux “Grab them by the pussy !

“C’est chaud quand même”, lui dis-je. Il me répond d’un grand hochement de tête. En réalité, ça ne l’était pas autant que ça. Ce qui était chaud, ce n’était pas les élections en soit mais plutôt le fait qu’un homme comme Donald Trump puisse arrivé à ce stade. Je n’arrive pas à m’y faire. “Mais c’est obligé, Hillary va gagner, ils ne sont pas aussi fous que ça les Américains !“, dis-je à mon ami pour tenter de m’en convaincre.

La journée passe, je rentre chez moi et m’en vais à la bibliothèque pour réviser parce que demain, j’ai deux DST communs type bac. Je dine et me couche vers 22h30. A 00h30 sonne mon réveil :  je me dirige vers le salon malgré l’interdiction de mon père. Il faut absolument que je suive cette élection. On en a tellement parlé que c’était presque une torture de ne pas savoir comment elle évoluait.

J’allume la télé et tout en diminuant le son. J’écoute d’une oreille ce qui se dit, tout en vérifiant ce qui se passe sur Twitter. A 00h53 je retweet un tweet de Latifa Oulkhouir, notre reporter sur place. Je continue de surfer sur Twitter. Soudain, dans mon écran, Trump vient de gagner le Kentucky et l’Indiana. Mon cœur se met à battre plus rapidement, je ne comprends pas, je… ne comprends pas. Il semblerait qu’il ait de l’avance. 19 grands électeurs pour Donald Trump tandis qu’Hillary Clinton n’en a que trois.

A 1h10, je vois une photo de Donald Trump prise par un journaliste : il regarde par dessus l’épaule de son épouse pour savoir pour qui elle vote réellement. Cet homme provoque en moi un réel dégoût. A 1h25 je tweet ceci : “Pourquoi j’ai peur, pourquoi je doute sur le bon jugement des Américains ? #ElectionNight“. Puis, je m’en vais dormir, j’ai peur et d’ailleurs j’ai deux contrôles commun demain vaut mieux que je dorme. C’était beaucoup trop vrai pour moi. A 6h00 mon petit frère me réveille. “C’est Donald Trump qui a gagné !” Je n’ai dormi que 4 heures, je suis fatigué, mais pourtant je saute d’un bond de mon lit et lui demande si c’est vrai. “Il a un avantage, il parait qu’il va gagner.” Je m’empresse d’aller sur Twitter. Je refuse d’allumer la télé, c’est beaucoup trop vrai. A 6h16 je cite un tweet de Libération :”Donald Trump en position favorable pour remporter l’élection présidentielle” en le commentant d’un simple “WTF”. Ma peur ne fait que grandir. A 6h25, Latifa tweet une vidéo “Times Square dans un silence…”. Ils attendent les résultats avec la boule au ventre. Moi aussi… A 6h36 une partie des résultats est tombée : 215 grands électeurs pour Clinton, 244 Trump. C’est donc la fin… Frénétiquement, je tente de chercher les informations partout où elles sont, j’allume la télé, la radio tout en restant scotché sur Twitter. A 7h00 mon réveil sonne, il faut que je me prépare, j’ai deux contrôle communs type bac.

Miguel SHEMA

La campagne présidentielle américaine de 2016 est un épisode politique contrariant et bouleversant à la fois. Qui dit campagne dit nouvelles personnalités et qui dit candidat dit nouveau président. Les Etats-Unis sont la première puissance mondiale. Ce n’est plus l’affaire d’un territoire mais de tous les continents et océans. Tous les regards se sont tournés vers ce spectacle, à en oublier les problématiques françaises majeures à savoir le chômage, l’éducation et le développement. Les élections américaines se regardent comme un show TV. Chaque candidat a sa marque de fabrique et ses goodies. J’ai un ami qui a acheté un polo “Bernie” en soutien au candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders. J’avoue, j’ai bien rigolé. C’est une mode qui ne peut vraiment pas se lancer en France. Cette campagne met fin aux années de règne de Barack Obama. Avec sa femme, ils ont modernisé la manière de voir la politique. On aurait aimé qu’il s’engage plus contre l’antiracisme et qu’il soutienne davantage le mouvement #blacklivesmatter par exemple. On aurait aimé qu’il mette fin à l’usage des armes. Mais on a aimé son Obamacare. Qu’avait-on à attendre d’Hillary Clinton ? Est-ce parce que c’est une femme qu’il fallait la soutenir ? Elle aura toujours l’étiquette “Irak” sur son dos. Durant chaque campagne, de nouveaux scandales éclatent. Elle n’a pas été épargnée. En face d’elle, un charlatan de première classe. D’ici, on trouve ça drôle. De là-bas, les plus raisonnés ne comprennent toujours pas son ascension. En tant que jeune qui votera pour la première fois à une élection présidentielle en 2017 ici, je suis bien heureuse d’être française et de voter (on peut aussi voter blanc, c’est pas mal ça). J’ai une très forte pensée pour ces jeunes Américains qui ont voté pour la première fois. Ce n’était peut-être pas comme ça qu’ils s’imaginaient voter…

Yousra GOUJA