Latifa Ibn Ziaten reste "debout" pour son fils, Imad

AMBIANCE, LES BÂTISSEURS vendredi 23 décembre 2016

Par Ouafia Djebien

[LES BÂTISSEURS] Latifa Ibn Ziaten, la mère du premier militaire assassiné à Toulouse par Mohammed Merah, sillonne les routes pour sensibiliser les jeunes et prévenir les dérives extrémistes. Le 12 décembre dernier, elle a témoigné auprès des élèves du lycée Samuel-de-Champlain de Chennevières-sur-Marne. Reportage.

Un halo lumineux inonde l’amphithéâtre où s’installent progressivement les lycéens. Silencieux, presque intimidés face à une invitée de marque, ils sont plus d’une centaine ce lundi 12 décembre à écouter les paroles de Latifa Ibn Ziaten. C’est une femme qui veut “rester debout”, explique-t-elle, parce qu’elle a appris que son fils, Imad, 30 ans, était mort “debout”. C’est également en hommage à son défunt garçon qu’elle demandera aux élèves de seconde Bac pro du lycée Samuel-de-Champlain de se lever et de se maintenir debout lorsqu’ils souhaiteront lui poser une question, l’interpeller, témoigner ou échanger avec elle.

Latifa Ibn Ziaten est la mère du premier militaire assassiné à Toulouse par Mohammed Merah, le 11 mars 2012. Depuis, son combat accompagne son chagrin. Au travers de son association “Imad, pour la jeunesse et la paix”, cette militante du vivre-ensemble va à la rencontre de ceux qui pourraient être tentés par la violence et témoigne sans relâche pour éviter que d’autres jeunes se radicalisent. Et pour que la mémoire de son fils ne vacille jamais. Elle a reçu le Prix pour la prévention des conflits de la fondation Chirac, pour son action de promotion d’un dialogue interreligieux et d’une culture de la paix.

“Plus jamais” de Mohamed Merah

Convaincue que seul le dialogue peut aider les jeunes à développer leur esprit critique, elle continue inlassablement à témoigner. Depuis la mort d’Imad, elle enchaîne les conférences et les rencontres dans les établissements scolaires mais aussi dans les prisons. Avant d’en venir au 11 mars 2012, jour où sa vie a basculé, la Franco-Marocaine raconte son arrivée en France à l’âge de 17 ans, ses difficultés à aller vers les autres et à sortir. “Je suis arrivée dans une petite cité puis j’ai acheté ma maison au milieu de Français de souche, rapporte Latifa Ibn Ziaten. Je suis fière d’être Française. Je me sens Française”.

Mère d’une famille nombreuse, elle raconte l’éducation qu’elle a donnée à ses enfants, les notions de tolérance, de respect des autres et de soi qu’elle leur a transmises et la volonté de les encourager à devenir ce qu’ils souhaitaient être. Un message qu’elle partage avec les adolescents qui l’écoutent attentivement et à qui elle rappelle l’importance des fameuses valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité.

A l’issue de l’intervention, Walid confie avoir eu les larmes aux yeux. “L’amour d’une mère c’est important, juge le lycéen, encore très ému. L’histoire de cette femme courageuse arrivée en France à notre âge, qui s’est intégrée et qui a réussi sa vie de famille, m’impressionne”. C’est aussi le témoignage fort d’une combattante qui ne veut plus voir de Mohamed Merah en France. “Plus jamais”, répète-t-elle. C’est une femme au grand cœur qui, quand elle s’adresse aux jeunes lycéens, les appelle affectueusement “ma fille” ou “mon garçon”.

Beaucoup de larmes et une prise de conscience

Le discours de Latifa Ibn Ziaten et son message qui invite chaque jeune à “[faire] la paix avec soi pour la partager [ensuite] avec autrui”, ont touché Victoria. “Je me suis identifiée à son histoire, à son vécu car j’ai perdu des membres de ma famille. J’ai un oncle dans l’armée. J’ai peur pour lui car il va dans des pays en guerre.” Un sentiment partagé par Alice, autre lycéenne très touchée. “Mes larmes ont coulé quand elle a parlé de la mort de son fils. J’imaginais être dans son histoire quand elle témoignait”.

D’autres jeunes prennent conscience des dangers de la radicalisation via les mauvaises rencontres sur les réseaux sociaux. “On ne doit pas faire confiance à tout le monde, souligne Neïla. Grâce à son témoignage, j’ai compris qu’avec les réseaux sociaux, on peut avoir plein de problèmes, on peut mourir. Et j’ai compris aussi l’importance du respect qu’on doit aux parents et à nos professeurs qui sont là pour aider les élèves à apprendre et à réussir à l’école.” Abdelkader, lui, ne parvient pas à dissimuler ses émotions, encore très vives. “J’ai ressenti de la compassion, révèle-t-il, ça m’a rendu triste que son fils soit mort car sa joie a disparu, la joie d’une mère s’est envolée.”

Ouafia DJEBIEN