3 000 nuits de résilience entre les murs d'une prison israélienne

CULTURE vendredi 6 janvier 2017

Par Latifa Zahi

3 000 nuits, soit 8 ans, c’est le temps qu’a passé Layal, une jeune institutrice, dans les prisons israéliennes. Sa faute ? Avoir pris en auto-stop un jeune sans savoir qu’il s’agissait de l’auteur d’un attentat. Elle est condamnée pour complicité d’acte terroriste.

L’histoire se passe dans les années 80 avec en toile de fond les massacres de Sabra et Chatila. C’est dans la noirceur de son nouvel univers carcéral qu’on informe Layal de sa grossesse. Grâce à cet enfant qu’elle prénommera Nour (lumière en arabe), la prisonnière gardera cette lueur d’espoir du fond de ses geôles israéliennes et la raccrochera à une humanité bafouée.

Une lueur nécessaire tellement le milieu carcéral est dévastateur : les violences que subissent les femmes détenues, le système de domination et d’inégalités imposé aux femmes palestiniennes. Ainsi, ces dernières sont sommées de servir leurs co-détenues israéliennes.

Hommage à la résistance palestinienne

Mai Masri, réalisatrice palestinienne, rend hommage dans son opus aux femmes palestiniennes, ces résistantes dont on ne parle que trop peu. Parmi les personnages dont elle s’est inspirée pour le film, il y a une femme qu’elle a connue dans les années 1980 et qui a accouché dans une prison israélienne. D’ailleurs, parmi les actrices, certaines ont été elles-mêmes emprisonnées ou ont eu des proches incarcérés, ce qui est le cas d’une grande majorité de Palestiniens. Un choix de casting qui ne fait que rajouter au caractère émotionnel de l’interprétation des actrices. La réalisatrice ne s’est pas attachée à évoquer une histoire en particulier mais à un ensemble pour un hommage global à la résistance palestinienne. En donnant aussi à voir des moments de fraternité avec les semblables israéliennes comme cette co-détenue qui lors de la promenade dans la cour de la prison échappe à une over-dose grâce à Layal. Reconnaissante, la détenue israélienne lui fournira alors les journaux pour l’informer des massacres en cours à Sabra et Chatila.

Tournée dans une ancienne prison militaire jordanienne, le sentiment d’oppression en est d’autant plus renforcé. Ce film émouvant met en avant la solidarité des femmes palestiniennes face à l’oppression des gardiennes et à ce double sentiment d’isolement : une cellule dans une prison, une prison dans un territoire occupé.

Au-delà de la description de ce huis clos, la réalisatrice utilise différents symboles pour souligner son message d’espoir de liberté : la naissance de Nour, les scènes de joie entre les prisonnières, l’oiseau, les messages échangés entre détenus… Tout devient échappatoire pour ces prisonnières, même le simple jouet de l’enfant de Layal au regard furtif dans la cour des hommes.

Combat entre les murs, forme la plus concrète de “résilience”

Le fil de cette histoire trouve sa trajectoire entre l’isolement, la détresse des prisonnières et la déshumanisation de leurs geôlières face à la détermination des prisonnières et aux communications clandestines entre ces murs. La chronologie est marquée par des événements sanglants comme s’il n’existait aucune autre forme de repère (Sabra et Chatila). Seule la croissance de l’enfant permet de croire encore à la vie.

May Masri n’a pas une vision binaire car tout est fait pour que les choses ne soient ni toutes blanches ni toutes noires, claires et obscures comme la lumière de son film. Ce combat entre les murs, pour la dignité, pour continuer à soutenir la cause, c’est la forme la plus concrète de “résilience ; celle qui permet à Layal et aux autres de maintenir la lueur d’une flamme durant ces 3000 nuits.

Latifa ZAHI

Film “3 000 nuits” en salle à partir du 4 janvier 2017. Plus d’infos : http://www.jhrfilms.com/soon