À la "Battle of the Year" à Montpellier : hip-hop, fraternité et politique

AMBIANCE mardi 16 mai 2017

Par Felix Mbenga

Samedi 6 mai, au Zénith de Montpellier, avait lieu la Battle of The Year France, édition 2017 organisée dans le cadre du festival hip-hop. Durant la compétition, plusieurs équipes d’enfants et d’adultes se sont affrontées sur des rythmes hip-hop, sous les yeux d’un jury professionnel et devant un public surchauffé. Reportage. 

C’est un évènement qui a lieu tous les ans et qui mobilise toujours autant de monde. L’édition 2017 de la Battle Of The Year a marqué le point d’orgue du festival du même nom qui avait débuté une semaine avant. Plusieurs évènements ont été organisés dans la ville : des expositions photographiques, des projections de documentaires autour du hip-hop ou encore des concerts de jeunes artistes tels que Take a Mic et Aladin 135.

La compétition de samedi, animée par le rappeur lillois Maleek et l’ancien danseur belge Phil One, se déroule sous les yeux avertis d’un jury composé de grands noms de la danse hip-hop : B-Girl Karima, B-Boy Niek, B-Boy Lilou, B-Boy Brahim, B-Boy Nasso, qui se sont tous illustrés en France et à l’étranger. Ce samedi, ils montrent d’ailleurs l’étendue de leur talent en livrant une petite démonstration avant le début des battles. Au tour des trois DJ’s de la soirée Tajmahal, One Up et Tbull de se présenter au public, impatient d’assister à la compétition. Le spectacle peut commencer !

Voilà que les crews se présentent. Pour la première fois, ce rendez-vous hip-hop majeur de l’année donne la possibilité à des crews “kids”, de moins de 15 ans, de concourir. La mission des participants : adultes et enfants doivent proposer un show chorégraphique de six minutes maximum durant lequel les juges notent leur prestation et établissent un classement. Les six meilleurs crews adultes se qualifient ainsi pour les battles tandis que les deux meilleurs crews enfants s’affrontent directement en finale.

“La danse est aussi moyen de faire de la politique”

La “Fantastik Armada Kids”, de Meaux, remporte la Battle catégorie enfants. Elle représentera la France lors de l’édition internationale prévue en Allemagne en juin 2017.

La catégorie enfant ouvre le bal avec plusieurs équipes venues de toute la France : certaines n’hésitent d’ailleurs pas à livrer quelques chorégraphies acrobatiques. Effet garanti sur le public ! Une fois toutes les équipes d’enfants passées, les DJ’s prennent le relais en attendant le passage des adultes. Dans la foule, au milieu de cercles formés pour l’occasion, des danseurs viennent exécuter des figures de hip-hop sur le rythme des platines. Place aux performances d’adultes désormais dont deux pré-sélectionnées, directement venues de l’île de la Réunion et de Mayotte.

Quelques prestations revêtent un caractère politique. Quoi d’étonnant à la veille d’un second tour aussi important de l’élection présidentielle ? C’est le cas du crew parisien, “1er avertissement” qui, à la fin de sa prestation, arbore le drapeau tricolore sur lequel figurent plusieurs autres autres drapeaux africains et européens. “On savait que la Battle allait se dérouler assez proche de l’élection, donc on voulait faire une prestation avec un message politique parce que la danse est aussi moyen de faire de la politique. C’est pour cela qu’on a mis au début de notre musique le passage où Sarkozy disant qu’”il allait nettoyer les racailles au Kärcher” ! Ensuite, on a eu l’idée de montrer ce drapeau pour montrer que la France avance grâce à ceux qui viennent d’ailleurs aussi et ça beaucoup l’oublient. Ma femme est d’origine polonaise et moi, sénégalaise et pourtant on vit ensemble et tout se passe très bien. Dans notre groupe aussi on vient tous d’horizons différents et ce qui nous a réunis, c’est l’envie de danser tous ensemble”, témoigne Kaolak, l’un des danseurs du crew parisien.

Yasser, 18 ans, Mayotte : “On a eu une chance incroyable de venir jusqu’ici”

A la suite des performances des différents crews, vient le temps des délibérations des juges. Les résultats font des déçus inévitables dont l’équipe mahoraise. “C’est normal que vous soyez déçus les gars, mais il faut que ce résultat serve de leçon et vous remette en question. Il va falloir travailler pour progresser”, explique leur entraîneur tout en essayant de consoler certains des danseurs. Parmi eux, Yasser, 18 ans. “On est forcément déçu mais on a eu une chance incroyable de venir jusqu’ici et de participer à cette battle. J’espère bien revenir !”

La “Vagabond Crew” est la grande gagnante de cette Battle of the year 2017.

Pas le temps de souffler. Les battles adultes, apogée de la soirée, commencent avec le premier quart de finale : les membres de chaque équipe dansent et exécutent des figures faisant office de questions/réponses, les équipes se chambrent et se provoquent dans une ambiance bon enfant. A la fin des battles, les équipes se serrent les mains et se félicitent. Les deux maîtres de cérémonie, Maleek et Phil One insistent à plusieurs reprises sur le respect mutuel que doivent se montrer les équipes au cours des affrontements. C’est le “Vagabond crew” venue de Beauvais, triple championne du monde et “La Fantastik Armada”, de Meaux, finaliste également l’année dernière, qui se sont hissées pour le dernier tour. Devant un public conquis, les deux équipes réalisent des performances époustouflantes, les figures et les chorégraphies millimétrées s’enchainent. Finalement, cette année, c’est le “Vagabond Crew”qui repart avec le titre, à l’unanimité du jury. Du côté de la catégorie enfant, la “Fantastik Armada Kids” affronte une équipe du crû local, d’Alès, “All South”. La battle entre les deux jeunes crews se déroule sous une ambiance électrique au rythme des danses, des cris et des encouragements du public. C’est la “All South” qui arrive en tête tandis que la “Fantastik Armada kids”, gagne le titre de meilleur show, prenant la revanche de ses aînés. Les deux équipes, adulte et enfant, auront l’honneur de représenter la France lors de l’édition internationale de la Battle of the year, en juin prochain, en Allemagne. Un rêve qui se poursuit.

Félix MBENGA