Florie Marie, 29 ans, veut "pirater" l’Assemblée nationale

POLITIQUE samedi 10 juin 2017

Par Rouguyata Sall @rouguyata

[#LÉGISLATIVES2017] Florie Marie, candidate du Parti Pirate aux élections législatives dans la 6ème circonscription de Seine-Saint-Denis (Aubervilliers-Pantin), se présente pour la première fois pour être élue à l’Assemblée nationale. Une jeune candidate pourtant loin d’être novice en politique. Portrait.

Florie et Zaccharia, un militant France insoumise, discutent du débat du 6 juin à Aubervilliers.

Sur le marché, au pied de l’Église de Pantin, pas de tractage pour Florie Marie ce jeudi matin. Trop vieille école, dit-elle. Plus que trois jours avant le jour de l’élection. Les adversaires, eux, s’activent. On croise Cheikh Touré, un ancien collègue de Florie, conseiller fédéral PACA d’EELV, avec qui elle s’est déjà “pris la tête professionnellement”. Il loue son courage de vouloir “pirater la démocratie positivement” mais soutient son adversaire EELV Nadia Azoug. On rencontre aussi Zaccharia, militant de la France Insoumise qui fait campagne pour le candidat Bastien Lachaud. Il salue la prestation de Florie au débat entre tous les candidats de la 6ème circonscription co-organisé par le Bondy Blog au théâtre de la Commune d’Aubervilliers le 6 juin. “C’était pas mal en soit. Elle était même très claire”, louant sa “sincérité” . “Mais souvent des personnes qui s’estiment être des petits candidats se sentent parfois moins légitimes à intervenir. Je crois qu’elle s’est retrouvée dans cette position”, poursuit-il. Ce à quoi Florie Marie répondra. “Non, c’était mon premier débat”. Si Florie ne fait pas campagne  à proprement parler sur le marché ce matin-là, elle n’oublie quand même pas de distribuer quelques tracts en forme de bateau aux commerçants où elle a l’habitude d’aller : chez son fromager, au stand “Consommer juste” et chez son traiteur libanais où elle se procure houmous, falafel et caviar d’aubergines.

À 29 ans, Florie Marie est la plus jeune candidate de la 6ème circonscription de Seine-Saint-Denis. En face, l’ancienne ministre et députée socialiste sortante, Elisabeth Guigou, qui se présente pour la 4ème fois, Nathalie Arthaud, deux fois candidate Lutte ouvrière à la présidentielle, Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité et candidat du Parti Communiste ou encore Bastien Lachaud, candidat et directeur de la campagne législative de la France insoumise. Au total, sur cette circo, ils sont 15 candidats !

Bébé EELV loin d’être novice en politique

Pas d’inquiétude pour Florie face aux “poids-lourds” engagés en politique avant même qu’elle ne soit née. Elle est certes jeune en comparaison mais enregistre déjà quelques expériences à son compteur : une candidature aux législatives en 2012 dans la 8ème circonscription de l’Essonne, acquise à Nicolas Dupont-Aignan depuis 1997 ; une participation aux élections municipales de 2014 où elle était sur la liste de Nadia Azoug (EELV), une de ses adversaires dans cette circonscription et une vie professionnelle dans les arcanes d’EELV.

Florie Marie distribue son tract-bateau à “Nico” son fromager.

Les élections et la passion pour la chose publique, cela a commencé très tôt chez Florie : quelques mandats de délégué de classe, un siège au conseil d’administration de son lycée limousin, et même un mandat au conseil municipal des enfants à neuf ans. Elle y a mené de combats écolos : elle s’est battue pour des pistes cyclables dans sa Normandie natale puis a organisé un rallye éco-citoyen. Treize ans plus tard, elle deviendra permanente politique au siège national d’Europe Écologie Les Verts (EELV). Pendant six ans, elle est chargée des élections et des relations avec les régions.

Dans les entrailles d’EELV depuis 2010, cette admiratrice de Nicolas Hulot se lasse, au boulot, de “la machine politique partisane” et à la maison, du groupe local “hégémonique” de Pantin. En 2014, elle ne renouvelle pas sa carte mais y reste jusqu’en février 2017, pour vivre un cycle électoral complet. C’est il y a à peine un mois et demi, qu’elle prend sa décision : elle sera candidate aux législatives, un tremplin pour “rassembler des gens autour de ses idées”. Parmi ses proches, ses deux petites sœurs sont surprises de ce revirement car après EELV, elle disait “je ne ferai plus jamais de politique”. Florie démarre alors une campagne express, avec son suppléant Kamel Belhout et leur petite équipe de campagne bénévole.

Passion Chat sur Insta, stories cuisine et gameuse

Sur les réseaux sociaux, on est loin de la figure politique traditionnelle. Plutôt génération Y. Florie adore son chat et tous ses abonnés Instagram le savent. Elle y poste aussi des photos voire des stories cuisine, comme la recette de sa Teurgoule, un riz au lait normand. Florie est aussi fan de science-fiction (“Olympos” de Dan Simmons sur sa table de chevet) et une “gameuse” qui aime les jeux de gestion de ville comme Cities, Skylines ou Horizon Zero Dawn, un jeu post-apocalyptique.

En tant qu’écolo, qui préfère par exemple le local au bio qui vient d’Espagne, elle trouve naturellement sa place au Parti Pirate, dont elle porte les couleurs le jour de notre rencontre au bar “Chez Agnès”, le long du canal à Pantin : une veste en cuir noire et un top violet, couleur adoptée bien avant la politique pour souligner ses yeux verts. Le Parti Pirate est un mouvement politique international né en Suède en 2005. Il prône le partage des savoirs culturels et scientifiques de l’humanité, veut protéger l’égalité des droits des citoyens et défendre les libertés fondamentales sur Internet comme dans la vie quotidienne. Florie plaide comme eux pour une démocratie directe où tout le monde participe, où tous les débats sont ouverts, tout le monde peut contribuer. Elle veut aussi ouvrir les portes de l’Assemblée nationale, où il y a énormément de rencontres, de débats, de lobbyistes mais dont on ne voit presque rien : “C’est dommage car on a des technologies pour permettre aux gens de voir et de participer”.

“On n’a pas les réponses à tout”

Florie ne veut pas faire dans le jeunisme. Le 6 juin, elle s’agace lorsqu’elle n’a pas la parole pour parler de la jeunesse lors du. Ce soir-là, sa conclusion est on ne peut plus clair : “Le temps du renouvellement des têtes et des règles est arrivé”. Sur l’insécurité, elle évite de nourrir la surenchère. A la question posée sur la stagnation autour du métro Quatre-Chemins, elle répond que le problème c’est d’abord une question d’occupation. “Si les gens traînent, c’est qu’ils n’ont rien à faire. Une solution pourrait être de créer des ateliers pour les former, ou partager les richesses qu’ils ont à apporter”. Très loin des propositions de ses adversaires qui suggèrent d’augmenter les effectifs de police ou qui disent souhaiter le maintien de la BST (brigade spécialisée de terrain), police de proximité musclée, pourtant largement décriée.

Malgré son passé dans l’appareil politique d’EELV, Florie n’emploie pas vraiment le jargon habituel. Pas de langue de bois, une façon assez simple de dire qu’elle “ne maîtrise pas le sujet”, plutôt que de broder. Quand elle n’a pas de proposition concrète, elle l’admet et précise que les solutions sont dans le dialogue qu’elle établira avec les citoyens, pour construire avec eux les lois qui les concernent et non plus imposer les décisions. “On n’a pas les réponses à tout”.

“Tout le monde devrait savoir faire de la compta”

Côté éducation, pas de recette miracle non plus mais une volonté de bousculer les programmes, en intégrant l’évolution des pratiques numériques et davantage d’activités manuelles, comme le jardinage, la cuisine ou encore la couture, pour qu’à 18 ans, les jeunes qui partent de chez eux sachent se débrouiller. Des cours de comptabilité aussi, car “tout le monde devrait savoir faire de la compta”, dans une association ou son entreprise et éviter ainsi de mettre la clé sous la porte les premières années. Elle a repris ses études autour de la trentaine, s’est formée en ligne au développement web et au community management.

La formation continue, une tradition familiale pour cette fille d’un ouvrier manutentionnaire devenu ingénieur et d’une secrétaire de retour sur les bancs de l’école pour travailler dans la culture. Les métiers de ses parents lui ont valu moult déménagements, dans toute la Normandie, puis dans la Creuse. De cette période, Florie dit avoir tiré une certaine capacité d’adaptation, une facilité à aller vers l’autre. Désormais demandeuse d’emploi, Florie Marie a lancé une auto-entreprise pour ses futures missions de consultante en relations publiques après la campagne législative. Une pirate pragmatique.

Rouguyata SALL