À Argenteuil, des lycéens de ZEP jurés du Prix Goncourt

CULTURE mardi 10 octobre 2017

Par Jonathan Baudoin @JoBaudoin

Lors d’une cérémonie organisée au lycée Julie-Victoire Daubié d’Argenteuil, les élèves d’une 1ère ES ont présenté, devant plusieurs parents et professeurs, les livres en lice pour le prix Goncourt des lycéens, qu’ils devront juger d’ici la mi-novembre. Ils font partie des 52 classes sélectionnées en France pour décerner ce prestigieux prix littéraire. Un défi qu’ils relèvent petit à petit.

L’atmosphère était solennelle, vendredi 6 octobre, au lycée Julie-Victoire Daubié, à Argenteuil (Val-d’Oise). Et pour cause, la classe de 1ère ES 2 de ce lycée est la seule du département à faire partie du jury national du prix Goncourt des lycéens, créé en 1988 par la Fnac et un enseignant de l’académie de Rennes, dont c’est la 30e édition cette année. “C’est la première fois que le lycée contribue au Goncourt des lycéens”, déclare Étienne Recoing, proviseur de l’établissement, situé dans le quartier du Val d’Argent.

Durant la soirée, les 33 élèves de la classe, soumis à ce “marathon de lecture”, ont présenté devant leurs parents et leurs professeurs, les 15 romans en lice pour ce Goncourt des lycéens, et pour cinq d’entre eux, des extraits ont été lus devant l’audience.

Une chance pour les élèves

Pourquoi ce lycée du Val-d’Oise a été sélectionné pour le Goncourt des lycéens ? Selon le proviseur, tout commence par une sollicitation de l’inspecteur de français sur le bassin éducatif d’Argenteuil auprès de la professeure de lettres, Émilie Roudot. Cette dernière fait remonter l’information à sa hiérarchie, qui décide de se lancer dans cette “belle aventure”. L’enseignante de 38 ans se réjouit déjà. “Ça fait plaisir de voir que ce n’est pas qu’une histoire entre profs de français et documentalistes”, s’exclame-t-elle.

Il faut dire que cette soirée inspire de l’enthousiasme auprès du personnel du lycée, des parents d’élèves. “C’est une bonne expérience pour les jeunes. Ça leur permettra de se cultiver, d’avoir dans l’avenir le contact plus facile avec l’extérieur, le monde extérieur”, estime Bachir El Houbi, parent d’élève. “Qu’ils puissent prendre conscience que ça leur ouvre des portes, développe leur esprit critique”, enchérit Gaele Tulic, parent d’élève, dans une perspective de long terme. À plus brève échéance, ça peut se montrer utile pour ces élèves de Première. “Ça leur permet de travailler leur oral aussi. Il faut penser au bac de français, à la fin de l’année”, souligne Line Baverel, professeure-documentaliste.

“On sent leur intérêt croître”

15 livres en deux mois. C’est le défi que les lycéens devront relever. Ils auront à lire au minimum six livres chacun parmi la sélection de l’Académie Goncourt Au début, certains avouent avoir d’abord été effrayés par l’ampleur de la tâche. “On n’est pas de grands lecteurs, on s’est dit que qu’on n’allait pas y arriver”, rapporte une élève. “Les débuts ont été, pour être honnête, assez chaotiques”, lâche Frédéric Jorite, professeur-documentaliste. Sa collègue Line Baverel avance qu’il a fallu les pousser à emprunter les livres depuis le 22 septembre, date où les élèves ont commencé la lecture des livres sélectionnés pour le Goncourt des lycéens. “Pour le moment, j’ai lu deux livres. Je vais bientôt entamer un troisième, que je n’ai pas encore choisi”, révèle Stéphanie Gambie, élève de 1ère ES 2. “J’en ai lu un et j’en ai encore trois en même temps”, détaille sa camarade de classe Méghanne Tulic.

Même si au départ la machine a mis du temps à démarrer, la motivation des élèves de première ES semble désormais avoir pris le pas. “Même si c’est beaucoup leur demander, on sent leur intérêt croître”, note Frédéric Jorite. “Petit à petit, la compétition s’installe entre eux. Ils sont en train de se dire ‘Ah tiens, le copain a lu un livre de plus que moi. Il faut que je le rattrape’. Ils sont en train de s’échanger leur coup de cœur. Ça commence à prendre et je pense que, petit à petit, ils vont de plus en plus s’intéresser aux livres et à la littérature”, explique Line Baverel. Pour Émilie Roudot, l’enseignante de français à l’origine de la participation au Goncourt des lycéens, cette aventure représente un intérêt pour ses élèves qui prennent goût à la lecture. “Je crois qu’ils sont contents qu’on les prenne au sérieux. Et que leur avis va vraiment compter, cette fois. Il n’y a que leur avis qui compte”, précise-t-elle.

Rendez-vous le 16 novembre pour l’annonce du Prix Goncourt des lycéens 2017

Certains livres ne laissent pas nos jeunes lecteurs insensibles. “Le livre qui m’a le plus inspiré est Summer. C’est une histoire qui me plaît, qui me correspond. J’aime bien les livres fictifs”, décrit Stéphanie Gambie. Pour Méghanne Tulic, c’est le livre Bakhita, retraçant l’histoire de Joséphine Bakhita, une Soudanaise vendue comme esclave puis devenue religieuse, à la fin du XIXe siècle, qui est son préféré.

Tout au long de leur lecture, les lycéens ajoutent des gommettes de couleur à côté des titres : vertes pour les livres qu’ils ont aimé, oranges, moyennement apprécié, et rouges quand ils n’ont pas aimé du tout. “Ils sont tout à fait libres de leur choix”, précise le proviseur Étienne Recoing. Lles vacances seront studieuses, à plus d’un titre, pour ces élèves, qui devront rédiger des fiches de lecteur avec leur professeur de français pour les aider à faire leur choix.

Ce jeudi, les élèves rencontreront 14 auteurs en lice. Quelques lycéens se rendront à la délibération régionale à Paris prévue le 13 novembre, avant de suivre à l’Opéra de Rennes les délibérations nationales et l’annonce du Prix Goncourt des lycéens 2017.

Jonathan BAUDOIN

La sélection de l’Académie Goncourt : Nos richesses, Kaouther Adimi, Seuil ; Taba Taba, Patrick Deville, Seuil ; Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable, Gallimard ; Un loup pour l’homme, Brigitte Giraud, Flammarion ; La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, Grasset ; Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel, Gallimard ; La serpe, Philippe Jaenada, Julliard ; Nos vies, Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel ; Bakhita, Véronique Olmi, Albin Michel ; Niels, Alexis Ragougneau, Viviane Hamy ; Trois jours chez ma tante, Yves Ravey, Minuit ; Summer, Monica Sabolo, JC Lattès ; Les Rêveuses, Frédéric Verger, Gallimard ; L’Ordre du jour, Eric Vuillard, Actes Sud ; L’Art de perdre, Alice Zeniter, Flammarion.