A 52 ans, Mouloud Bezzouh, franco-kabyle est optimiste. Un optimisme, un vrai. Rien ne l’arrête. Depuis neuf ans, il mène un projet associatif. Aujourd’hui bien implanté à Saint Denis, il met un point d’honneur à former des personnes motivées, de tout horizon.

Son parcours atypique fait de lui une personne expérimentée et engagée dans toutes ses actions. Ancien salarié des télécoms pendant onze ans, en juin 2005, il décide de se mettre à son compte, dans ce même secteur. Deux ans plus tard, il crée une deuxième entreprise mais il rencontre d’énormes difficultés pour trouver des salariés qualifiés., deux techniciens en fibre optique. A l’époque, le code Rome de Pole emploi ne référence pas les corps de métiers dont il a besoin. « J’ai donc pris la décision de les former moi-même, en fonction de mes propres besoins. C’est en décembre 2009 que j’ai entamé ma première session de formation, avec les moyens du bord », se souvient-il.

Système D

Ce vécu professionnel sera le déclic pour créer Insertia en 2009. Le concept d’Insertia est simple : proposer des formations selon ses propres besoins. Pour plus d’efficacité, il se met en lien avec des entreprises. Au départ, c’est le système D. Il bénéficie de l’aide du maire de Stains de l’époque, Michel Beaumale. La municipalité accepte de lui prêter des locaux. Entrepreneur dans l’âme, Mouloud Bezzouh poursuit son combat et trouve ses premiers locaux, au bout d’un an, rue des Blés à Saint Denis. Ce n’est que deux ans après qu’il s’installe boulevard Anatole France, dans la même ville. Il construit petit à petit ses ateliers de formation technique aux métiers de la fibre ou de l’électricité entre autre.

« L’objectif d’Insertia est d’aider à l’insertion des personnes en milieu professionnel et de les accompagner dans un projet personnel. Nous proposons des sessions de formation de 3 à 6 mois, précise Mouloud Bezzouh. Nous répondons à des besoins, des demandes d’entreprises et à une démarche motivée…Nous l’avons appelé Insertia en rapport avec l’insertion des jeunes issus des quartiers. Notre système est efficace car il est sur mesure et le suivi est au cas par cas. ». Les formations dispensées recouvrent les métiers de la fibre, de l’électricité, du gaz ou encore de l’assistance.

Numérique et remise à niveau

Son expérience à la fois en tant qu’entrepreneur et fondateur d’association lui ont fait prendre conscience des manques chez les candidats. « Avant de commencer, nous leur faisons découvrir le monde de l’entreprise sous forme d’immersion de 3 à 5 jours pour qu’il puisse découvrir et savoir à quoi s’attendre. Nous proposons une remise à niveau informatique car nous nous sommes rendus compte que beaucoup n’étaient pas assez sensibilisés au numérique dans le cadre de l’entreprise. Nous développons beaucoup aussi le savoir être en entreprise, c’est indispensable pour savoir s’insérer. Et puis nous travaillons aussi beaucoup sur la féminisation des métiers. Nous voulons donner l’opportunité aux femmes de s’essayer à d’autres métiers que ceux auxquels elles sont cantonnées ».

Depuis 9 ans, le succès de l’association ne se dément pas. « Pour chaque promotion, nous devons refuser énormément de monde. Sur chaque session, on reçoit 70 personnes mais au final nous n’en acceptons que 12. Nous mettons un point d’honneur à faciliter les apprentissages par du quasi sur mesure.Les critères sont le permis de conduire, la motivation et surtout, nous n’acceptons pas ceux qui font des formations juste pour la forme. Nous voulons aider des personnes qui ont une volonté de s’insérer dans le tissu économique. Je veux garder le principe de base : pas de formation pour la forme. Pas d’entreprise, pas de formation. Pourquoi ? parce que ça évite de dépenser inutilement l’argent du contribuable ». Pour les profils, tous les candidats sont les bienvenus s’ils répondent à ces trois critères. « Cela peut aller du jeune non-diplômé à une personne mal orientée. Ca peut aussi être un sénior ou une femme. Parfois cela peut être une reconversion. Nous regardons avant tout la motivation et l’envie d’aller jusqu’au bout d’un projet ». Mais certains retiennent plus l’attention. « Nous avions formé une femme comme assistante polyvalente et l’entreprise à qui nous avons proposé son profil n’a pas retenu sa candidature. Finalement, nous l’avons récupérée pour travailler au sein de notre structure et maintenant elle a trouvé sa place. Elle remplit complètement ses responsabilités et elle est totalement épanouie. », dit-il fièrement.

90 % d’insertion professionnelle en sortie de formation

Aujourd’hui, Insertia travaille avec cinq centres de formation comme Habilitec, Promotrans, ou encore S3G. Quand aux missions locales, elles permettent à Insertia de se mettre en lien avec certains profils de candidats intéressants. Les partenaires financiers sont essentiellement des OPCA [Organisme paritaire collecteur agréé, ndr], Plaine Commune, Pôle Emploi ou bien des fondations privées.

Pour Mouloud Bezzouh, cette association est une fierté à travers laquelle la réussite de ses résultats est essentielle. Selon les chiffres qu’il nous a transmis, 90% des personnes formés chez Insertia sortent avec un contrat signé. Depuis la création d’ « Insertia », 14 personnes ont même créé leurs entreprise qui sont toujours en activité. Deux sont en cours de création?

Tourné vers l’avenir et vers les nouvelles technologies, Mouloud Bezzouh a désormais pour but d’élargir le potentiel des formations qu’il propose. La spécificité des corps de métiers vers lesquels l’association se tourne ne s’arrêtera pas là. Son projet, s’étendre vers le numérique. Un secteur du présent mais qui réserve encore de multiples opportunités pour l’avenir.

Audrey PRONESTI

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