Notre jeune reporter Miguel Shema pousse un coup de gueule contre toutes les personnes qui utilisent toujours le mot « bounty » pour qualifier leurs amis noirs. Et si vous preniez une nouvelle résolution pour 2017, comme rayer ce terme de votre vocabulaire ?

2017 est une nouvelle année et comme chaque début d’année, on se fait des promesses, on se jure de tenir de bonnes résolutions pour s’améliorer et devenir une meilleure personne. Vous n’en avez pas ? Êtes-vous de ceux qui qualifient parfois leurs amis noirs de « bounty » ? Eh bien voilà une nouvelle résolution à prendre : ARRÊTER D’UTILISER CE TERME ! Vous allez y arriver, nous ne sommes que le 9 janvier, tout n’est pas encore perdu.

Pourquoi je vous parle de tout cela ? Je vous replace le contexte. Je suis en Terminale, nous sommes en cours de philosophie, nous devons répondre à la problématique suivante : « en quoi la démocratie est toujours à conquérir ? » Je tente d’y répondre quand un de mes camarades lance alors : « ce genre de Bounty! » Cette phrase, qui ne visait pas à blesser mais plutôt à faire rire, m’était destinée. Sur le moment, je n’ai pas voulu réagir, ce qu’il venait de dire m’importait peu. Aucune réaction, aucune émotion. Et pourtant, elle continue, encore aujourd’hui, à résonner dans ma tête. « Ce genre de bounty ! » Qu’est-ce que cela signifie ? Que veut dire ce mot ? Existe-t-il dans le dictionnaire ? Pourquoi l’avoir dit à ce moment-là ?

« Bounty », noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur

Pour être honnête, le terme « bounty » n’a jamais vraiment eu de sens pour moi, bien qu’il m’ait toujours semblé extrêmement péjoratif. A l’époque, je pensais qu’un Noir qualifié de « bounty » était un Noir qui ne se considérait pas comme tel et qui reniait tout ce qui le reliait à ses « origines ». Je me suis toujours toujours interrogé sur les raisons qui pouvaient pousser une personne à émettre un jugement sur le degré d’appartenance qu’une personne devait avoir pour ses origines.

Pour ceux qui ne le savent pas, le mot « bounty » fait référence au chocolat de la marque éponyme, noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur. Dès lors que nous traitons une personne noire de « bounty », c’est qu’elle nous semble « blanche » à l’intérieur. Cela ne veut strictement rien dire ! Nous sommes dans une époque où nous utilisons beaucoup de mots vidés de leur sens, galvaudés. Raisonnons par l’absurde et admettons que le terme « bounty » ait un sens. Tentons alors de le définir par opposition : un « bounty » serait alors noir à l’intérieur et blanc à l’extérieur ? Mais ça voudrait dire quoi être noir à l’intérieur ? Et « bounty » reviendrait à dire « le bon petit Noir » ?

« Toi, tu n’es pas une racaille »

Le mot « bounty » est utilisé partout (à l’école, dans le métro, au travail), tout le temps et par tout le monde. Il n’est plus question d’appartenance ou non à une certaine culture, mais d’une vision manichéenne faite de préjugés. Je me souviens encore d’un ami qui m’avait dit un jour, « toi Miguel, tu es un bounty ». Je lui avais alors demandé ce que cela signifiait. « Tu n’es pas une racaille », m’avait-il répondu. Reprenons l’exemple du cours de philo durant lequel mon camarade de classe m’a interpellé. Peut-être que dans son esprit, ma couleur de peau m’empêcherait d’avoir les capacités et les aptitudes intellectuelles à répondre à une question philosophique. Peut-être que dans son imaginaire, si le Noir que je suis parvient à suivre des cours de philo, il ne peut pas faire partie de la communauté noire. Peut-être que dans sa tête, si j’ai réussi à répondre à l’interrogation du professeur, c’est parce que je suis un « Blanc » à l’intérieur dans ses yeux.

Car c’est de cela dont il est vraiment question. Dans notre société, il est encore possible de penser qu’il y a une sorte de déterminisme intellectuel lié à telle ou telle couleur de peau. Il existe encore aujourd’hui des constructions sociologiques qui font du Noir un sauvage, une racaille incapable de s’intégrer à un groupe ou à la société.

Arrêtez donc de dire « bounty ». Ce n’est juste qu’un terme raciste parmi d’autres. Je ne dis pas cela pour juger ni me poser en victime mais pour vous dire à quel point cela peut faire mal. Nous sommes en 2017 et le fait que vous puissiez penser que ma couleur de peau influence mon intellect, mes choix ou encore mon libre-arbitre est insupportable.

Miguel SHEMA

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