Anaïs Vohoudé : « Aujourd’hui, tout est possible, parce que j’ai réalisé l’improbable, l’impossible »

« C’est pas pour nous ». C’était ma phrase préférée. La mienne et celle de tous ceux qui me ressemblent, de toux ceux qui ont une origine sociale similaire à la mienne.

Chez nous, pour la plupart, le rêve c’est d’avoir un bon diplôme et pouvoir subvenir aux besoins de nos parents quand eux ne le pourront plus. Parfois, quand nos pensées échappent à notre contrôle, nous nous mettons à rêver de mondes improbables, parce que hors de notre portée. Toutes ces rancœurs, ces colères, ces peurs, ces joies, qu’on espère mettre en musique, en image, à la force de notre travail et de notre talent. Toutes ces rancœurs, ces colères, ces peurs, ces joies, qu’on espère que la France et le monde entendra, regardera.

Et puis au détour d’un regard lancé à l’écran, au détour d’une rencontre, une personne qui ne croyait pas en ma phrase préférée a monté ce projet « Moteur! », moteur de toutes les opportunités que je n’aurai osé imaginer. Avec un téléphone, de l’inspiration et de la patience, une porte s’est entrouverte, laissant apercevoir paraît-il un monde onirique.

Le rêve ce n’est pas tellement de monter les Marches d’un des plus grands festivals du monde, ou toucher du pied le même tapis rouge que celui des cinéastes français et étrangers. 
Le rêve, c’est de rentrer à la maison, voir l’excitation de mes parents, incarner à leurs yeux ce champ infini des possibles.

Le rêve, c’est Mathieu Kassovitz, un des rares cinéastes à parler de mon monde que le reste de la France essaie d’ignorer, qui apprécie votre modeste film au point de le sélectionner.

Le rêve, c’est de pouvoir dire à Ava DuVernay, Khadja Nin et Aïssa Maïga que leurs actions, leur existence ont une résonance, une importance presque capitale pour vos ambitions.

Le rêve, c’est de pouvoir prendre leurs mains et sentir cette connexion, cette émotion, cette sororité dans la souffrance, dans la douleur que nul autre ne peut connaître.

Le rêve, c’est de voir tous ces gens qui me ressemblent au même endroit, se battant au travers de leur art pour la même chose. Exister en milieu hostile.

Au lendemain de la plus étrange expérience de ma vie, j’ai compris que cette vie de réalisatrice ou d’actrice est possible parce que « Moteur! » m’a permis de prendre confiance en mes capacités, en mon talent. Je sais qu’avec du travail, de la passion, du culot et de bonnes rencontres, je peux réussir à faire passer un message au plus grand nombre.

Aujourd’hui, tout est possible parce que des professionnels ont vu en moi un talent, une passion, un message, que je ne voyais pas.

Aujourd’hui, tout est possible parce que je connais les chemins à prendre.

Aujourd’hui, tout est possible, parce que j’ai réalisé l’improbable, l’impossible.

Et depuis la fin de cette expérience, quand mes pensées échappent à mon contrôle, que je me mets à rêver de mes films sur grand écran, j’entends mon ancienne phrase préférée mourir au loin dans une douleur atroce.

Donya Abiar : « Participer au projet Moteur!, c’est devenir un héros »

Quand j’étais petite, je voulais écrire des bouquins, raconter des histoires et partager des émotions. Les miennes ou celles des autres, peu importe, tant qu’elles font vibrer. J’ai toujours accordé une importance aux yeux de l’autre, car c’est dans son regard que l’on y voit toutes ses peurs, ses victoires et ses faiblesses. C’est dans les yeux de l’autre qu’on y voit l’enfant qu’il était. Les inconnus du métro, le SDF qui dort ou la boulangère du quartier deviennent alors des personnages. Des héros.

Participer au projet « Moteur! », c’est devenir un héros. C’est prendre conscience de sa valeur, et en apprendre encore plus sur ces autres autour de nous. C’est une leçon de modestie, aussi. C’est réaliser que fouler le tapis rouge n’est finalement qu’un prétexte. Le festival de Cannes ne nous aura pas marqués par ses stars et ses paillettes, non. On était plus occupés à rire et faire les idiots, à être nous-mêmes. La chasse aux stars (très fructueuse) était plus une activité drôle qu’un besoin. Ces stars « comme nous », qui ont débuté parfois d’un rien, qui s’endorment eux aussi pendant les films de 3 heures, qui, comme l’actrice Asia Argento dans son discours poignant, a connu nos mêmes tourments.

Le projet « Moteur! », c’est d’abord la rencontre entre les horizons. Ce sont des disputes futiles, qui se terminent par des larmes dans les bras de l’autre. Ce sont de lourds secrets partagés jusqu’au matin. C’est se sentir normal, accepté, apprécié. On s’est tous un peu adoptés les uns avec les autres par notre sensibilité décalée.

Étant autiste Asperger avec un passé « riche » (dépression schizophrénique, paranoïa, phobie des femmes, victime de viols, isolation sociale, etc.), je ne me pensais pas capable de gérer autant sans « criser ». À ma grande surprise, je me suis retrouvée avec un groupe dont la bienveillance fut extrême. J’ai pu être. Et me sentir moins perdue dans ma vie.

Je ne crois pas au hasard, et réalise que s’il m’a été donné la chance de faire toutes ces rencontres humaines, et d’assister à un tel événement, c’est que ma place se trouve bien dans les arts. Du moins, dans le partage de soi. Et qu’il ne faut rien abandonner. Les personnes comme moi ne s’expriment qu’à travers les arts, mais n’ont pas toujours la confiance nécessaire pour persévérer.

« Moteur! », c’est respirer. Se (re)découvrir. Apprendre à s’aimer. C’est se surprendre, aussi, à oser rêver de nouveau. Ce sont quatre jours intenses qui marquent toute une éternité. C’est aussi se retrouver dans les toilettes de Cannes, à remonter sans succès la fermeture de la robe à paillettes d’une actrice turque juste avant la projection officielle de son film…

Bref… Un grand merci à Caroline Sénéclauze, notre maman à tous, et son équipe positive, à Mathieu Kassovitz et Samuel le Bihan, à Sébastien Folin, Alicia Dadoun, l’inspirante Aïssa Maïga… et tous ces autres trop nombreux pour les citer. Merci de motiver les jeunes, et de démonter l’idée qu’il faudrait être cinéphile ou friqué pour aspirer à réussir dans le cinéma (ou ailleurs).

Je vous porte tous dans mon cœur, et penserai à ma famille « Moteur! » dans chacune des nouvelles aventures dont vous venez d’ouvrir les portes.

Après Moteur… Y a l’Action !

Léo Boucry : « Ils m’ont fait réaliser un rêve de gosse »

Je m’appelle Léo, j’ai 16 ans et j’ai eu la chance de faire partie de l’aventure « Moteur! ». Que dire de « Moteur! » ?

Eux qui m’ont permis de partir au Festival de Cannes,

Eux qui m’ont fait connaître des personnes inoubliables,

Je suis heureux d’avoir monté les Marches mais je le suis encore plus de les avoir montées avec autant de belles personnes.

Je ne savais pas que c’était possible de partir avec une si belle équipe. Ils m’ont fait réaliser un rêve de gosse, ce n’est pas un simple souvenir qui restera gravé mais un sourire qui s’affichera à chaque pensée.

Ce fut un honneur de faire partie de cette aventure « Moteur! ».

Maéva Nunes : « On a monté les Marches et on a vu les étoiles »

Faisant partie des six lauréats d’Amiens, nous avons retrouvé Jonathan Choin à la gare et nous nous sommes tous attendus. Une fois la famille réunie, on a appris à se connaître dans le train. Les vidéos « boomerangs » sur Insta, c’était une façon de vivre en boucle ces merveilleux moments. On a fait des rencontres que l’on imaginait pas. Il y avait tant de sourires, puis on a monté les Marches et on a vu les étoiles.

Rien que de les voir, c’est si touchant ou peut-être faut-il avoir fait partie de l’aventure pour trouver cela émouvant. Dans tous les cas, croyez-moi sur parole, ces jeunes, tous ces jeunes sont bourrés de talents !

Devons-nous retenir ces stars de cinéma et ces Marches que l’on convoite et idolâtre ? Et si finalement, la vraie leçon à retenir, c’est que nos petits films d’une minute trente nous ont permis de nous rendre compte, que le vrai film qu’est notre vie a commencé depuis longtemps et que maintenant nous sommes acteurs de nos choix et que nous devons tout faire pour avoir de bons épisodes ?

Le jour du départ, sur le quai du train retour, les sourires éteints révélaient la fin de cette aventure. En regardant par la fenêtre du train, je me suis aperçue qu’il avançait et que nous devions faire pareil, même si parfois tout paraît sombre, il y a toujours une lumière au bout du tunnel.

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