Me le Premier ministre, je suis surpris par votre déclaration qui ne peut être qualifiée de discours sans importance tant dans la forme que dans le fond. L’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers non européens me pousse à vous adresser cette lettre pour vous montrer toute mon indignation que partagent bon nombre d’étudiants étrangers. Je décide, comme disait Aimé Césaire, que « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche ; ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».

Je suis écœuré, je suis navré, je suis sidéré, je suis déçu d’écouter un tel discours que le monde entier a entendu. Vous nous avez fait l’amitié de nous confier que vous lisiez le journal L’Humanité. Je ne saurais de vous recommander de le faire plus souvent.

M. le Premier ministre, vous et votre gouvernement regardez la vie avec l’œil d’un pauvre. Augmenter les frais d’inscription pour les étudiants étrangers qui aspirent à continuer leurs études supérieures, dans ce beau pays, des hommes de lettres et des philosophes des lumières, cette volonté politique que vous souhaitez mener bafoue l’honneur de la République française. Il est nécessaire que vous fassiez un pas en arrière sur cette décision. L’interrogation qui prévaut dans l’éducation est de savoir comment valoriser l’enseignement en assurant au corps enseignant et aux apprenants les conditions appropriées sans distinction ni parti pris.

Je regrette qu’une telle situation nous écarte, nous les étudiants étrangers les plus modestes, de l’accès à universités françaises, faute de pouvoir se payer cette somme exorbitante que vous nous demandez. Cela va porter atteinte à la mixité de ces institutions, surtout si cette augmentation s’étend à terme à l’ensemble des étudiants.

M. le Premier ministre je voudrais vous dire à vous et à votre gouvernement que votre projet éducatif doit renouer avec une perspective émancipatrice. Il convient plutôt de s’engager dans une politique résolue en faveur de la mixité sociale des universités au lieu d’ostraciser les étudiants étrangers. C’est la grandeur de la France de favoriser la formation de la jeunesse et sa créativité et non d’élever un mur devant nous qui sommes engagés dans un parcours qualifiant au sein de ses universités.

Cette jeunesse aspire à continuer ses études supérieures avec un enseignement de qualité. Nous ne sommes là que pour acquérir du savoir et partager notre culture avec la vôtre et bénéficier d’une qualification. Me le Premier ministre, la nouvelle perspective que vous venez d’annoncer, ne fait que donner raison à ceux qui disaient que vous et votre gouvernement avez pour objectif de privatiser l’enseignement alors qu’il faudrait placer tout individu au centre de l’apprentissage, avec bienveillance et coopération.

Désormais, il ne sera plus question pour nous de faire des études supérieures en France. Parce que cette augmentation est bien trop élevée. Pour nous les pauvres enfants d’Afrique ou d’autres enfants qui ne sommes pas de l’Union européenne et qui ne naissons pas avec une cuillère d’argent dans la bouche. Je déplore l’hypocrisie intellectuelle que vous menez. Me le Premier ministre, vous avez une bonne mémoire, de la culture, de la connaissance. Vous savez bien le degré et l’importance d’une bonne éducation dans une société.

M. le Premier ministre, nous sommes des enfants de la République de la France. Nous sommes originaires de pays francophones ce qui veut dire que nous sommes à moitié français.

Nous sommes arrivés aujourd’hui à un point de rupture, au bord de quelque chose qui semble très dangereux. Non seulement pour nous les étudiants étrangers mais ce qui me semble comme un début et qui pourrait viser tous ceux qui s’apparentent à des étrangers, même s’ils sont Français de « deuxième degré », comme je l’entends sur les plateaux télé. Il est encore temps de réveiller des consciences pacifiques. Je veux interpeller la conscience de tous les étudiants, étrangers ou non étrangers, de se mobiliser pour dire non. Car ce problème vous concerne aussi parce que nous partageons avec vous la vie scolaire dans nos universités.

Kab NIANG

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