Madame la Rectrice,

Nous, enseignants du lycée Simone de Beauvoir de Garges-lès-Gonesse, sommes consternés  par la dotation horaire globale allouée à notre établissement en prévision de la rentrée prochaine, qui plus est à l’heure où le principe d’égalité des chances est rappelé avec force.

En 2017, le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer soulignait le fait : « qu’il existe des  différences sociales, une inégalité des chances et c’est tout notre travail de compenser ces disparités par des politiques d’éducation et de jeunesse ». Quatre ans plus tard, à effectif constant, le lycée Simone de Beauvoir dispose de 106 heures de cours en moins.

Devons-nous rappeler que nous accueillons des populations fragiles ? À la lecture des chiffres produits par vos propres services, il apparaît que notre établissement, parmi l’ensemble des  lycées polyvalents, dispose de l’Indice de Positionnement Social le plus faible de tout le bassin.

À l’heure où chacun reconnaît, y compris notre ministre de tutelle, que réduire la taille des classes a des effets bénéfiques pour l’apprentissage, comment comprendre que notre établissement,  qui accueille un public fragile, uniquement constitué d’élèves issus de collèges REP et REP+, prenne la direction inverse ? Quelles statistiques faut-il pour « mériter » l’obtention de moyens  supplémentaires ?

Nos inquiétudes au sujet de la DHG (dotation horaire globale) proposée sont donc nombreuses et légitimes et nous souhaiterions les exposer brièvement ici.

La dotation horaire proposée ne nous permet plus d’effectuer les effectifs réduits en classes  technologiques. Or, ces heures en effectifs réduits, nettement plus apaisées que les heures en classe entière, nous permettaient de mettre en œuvre une pédagogie différenciée et de construire une  relation de confiance, notamment avec les élèves décrocheurs qui pouvaient rentrer à nouveau dans les apprentissages. Cette perte progressive des heures est particulièrement cruelle pour les élèves les plus en difficulté.

Par ailleurs, l’augmentation du nombre d’élèves par classe – en seconde notamment – produit  déjà des effets délétères : gestion de classe très difficile, augmentation du nombre d’élèves  décrocheurs, multiplication des rapports d’incidents, différenciation pédagogique impossible. Des difficultés  auxquelles s’ajoute l’impact des mesures sanitaires qui ont contribué à accroître les inégalités scolaires déjà existantes.

Or, il convient de rappeler que nous sommes déjà le pays dans lequel les résultats scolaires dépendent le plus du milieu social d’après l’OCDE. Au regard de ces éléments et du principe d’égalité des chances, une nouvelle augmentation des effectifs par classe serait une réelle aberration.

Enfin, dans le contexte actuel, il est demandé aux enseignants de rappeler avec vigueur les principes de l’école républicaine, refonder la cohésion sociale, de « reconquérir  les territoires  où règnerait le dit séparatisme. » Il nous semble que le minimum serait de nous permettre d’offrir aux élèves des cours d’EMC à moins de 35 élèves.

Les dédoublements ne sont ici pas un luxe mais une réelle nécessité pour évoquer de manière apaisée et sereine les sujets sensibles touchant au respect des valeurs de l’école républicaine. Plus largement, la stratégie de réduction perpétuelle des moyens dans des établissements comme le nôtre accroît de plus en plus le ressentiment des élèves et des parents à l’encontre de l’institution. Vous connaissez votre  académie mieux que quiconque, la situation est trop préoccupante pour se permettre de l’aggraver davantage.

Mme la Rectrice, ces suppressions d’heures ne sont plus préoccupantes, elles sont alarmantes.

C’est pourquoi nous, enseignants mobilisés du lycée Simone de Beauvoir, serons en grève dès demain jeudi 4 février, faute d’une revalorisation immédiate et conséquente de la DHG attribuée à notre établissement nous permettant de faire face aux difficultés rencontrées dans notre  établissement en prenant en considération la population accueillie.

En vous priant de croire en notre attachement le plus sincère à la mission de service public,

Les enseignants mobilisés du lycée Simone de Beauvoir

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