Fin janvier, la chambre de commerce et de l’industrie de Seine-Saint-Denis inaugurait son espace de coworking baptisé Openspot93 – Les Digiteurs proposant ainsi 44 postes de travail. « Il n’y aucun service de ce type à Bobigny », constatait alors Danielle Dubrac, la présidente de la CCI. Et plus globalement, le 93 ne foisonne pas de ces espaces. Au premier semestre 2017, la société Bureaux à Partager (BAP), qui a réalisé une étude sur le coworking en France, en dénombrait une quinzaine en Seine-Saint-Denis. « Ce n’est pas dans le 93 que c’est le plus dynamique. Des gros opérateurs du secteur, comme Nextdoor ou Wework, n’y sont pas du tout présents », remarque Claire Riondel, directrice de la communication de BAP.

Le spécialiste de l’immobilier d’entreprise Arthur Loyd a dressé un constat similaire, dans son étude sur le coworking publiée le 6 décembre 2017. En Ile-de-France, les 198 espaces de coworking alors recensés représentaient 186 100 m² au total dont 105 600 m² se trouvaient dans Paris intra-muros soit 56, 7% de la surface totale de la région parisienne contre 4 500 m² en Seine-Saint-Denis soit à peine 2,5 %. « Il existe un seul gros opérateur dans le département, c’est Blue Office », souligne Cevan Torossian, le directeur études et recherches d’Arthur Loyd. 

Des chiffres qui contrastent avec la vitalité de la création d’entreprises. La Seine-Saint-Denis est le département qui créé le plus d’entreprises en France : 16 222 nouvelles sociétés ont été immatriculées sur les registres du greffe du tribunal de Bobigny en 2017.

Un seul grand opérateur dans le département

Blue Office, une marque de la société immobilière Nexity, dispose d’un espace de 2 000 m² à Noisy-le-Grand pour 160 postes de travail, loués entre 15 et 25 euros la journée hors taxes. A l’Openspot93 – Les Digiteurs, spécialisé dans le numérique, le poste revient à 15 euros hors taxes par jour. « C’est intéressant par rapport à la location de ‘vrais’ locaux. Là, on a une offre pratiquement clé en main« , explique Claudine Privat, habitante de Pantin et directrice de BDMI, une entreprise spécialisée dans la sécurisation des moyens de paiement. Elle indique avoir « cherché longtemps » avant de trouver un espace comme celui-ci. Les lieux de coworking reviennent généralement moins cher aux entreprises car les bureaux sont partagés ce qui allège les contraintes administratives. Ils représentent donc un gain de temps et d’argent, notamment au démarrage de l’activité de l’entreprise.

Claudine Privat, habitante de Pantin et directrice de « BDMI », une entreprise spécialisée dans la sécurisation des moyens de paiement

La recherche de Claudine Privat : disposer d’un bureau fermé pour recevoir ses rendez-vous clients. « Il y a une évolution dans la physionomie du coworking, avec de plus en plus d’espaces privatifs. Les petites entreprises aiment avoir leur propre espace pour des raisons de confidentialité et de nuisances sonores« , constate Cevan Torossian. Par exemple, chez l’Openspot93 – Les Digiteurs, le bureau fermé revient à 30 euros hors taxes par jour.

Des tarifs attractifs vis-à-vis de Paris

Pour les allocataires du RSA, des postes de coworking pourraient être accordés gracieusement dans le cadre d’une convention signée par la CCI avec le Conseil départemental. Des ateliers et des démonstrations en lien avec des innovations numériques seront en outre proposés. S’il comprend des bureaux fermés, l’Openspot93 – Les Digiteurs reste un lieu d’échanges et de partage qui peut aider à se constituer un réseau.

« On a besoin de sortir de chez soi, de recréer une ambiance de travail. C’est important pour la créativité », estime Aurélie Amara, travailleuse indépendante fondatrice de 2ACréa, une entreprise de conseil en gestion. Venue se renseigner sur ce nouvel espace, cette habitante de Pantin considère les tarifs « attractifs par rapport à Paris ». Un constat que l’on peut étendre à l’ensemble du département. « La très grande majorité des espaces du 93 propose un tarif compris entre 230 et 300 euros par mois et par poste. A Paris intra-muros, les tarifs s’échelonnent entre 200 et 700 euros par mois », détaille Cevan Torossian.

Un coût non négligeable par rapport au niveau de vie

Mais le coworking revient toujours plus cher que de travailler chez soi ou dans un café équipé du wifi. « La demande n’existe quasiment pas à Saint-Denis. De plus, les habitants n’ont pas les moyens », selon Marie Taniez, la fondatrice de Chez Basile, une micro-ferme au cœur de la ville qui propose un petit espace de coworking à seulement 12 euros la journée, toutes taxes comprises. Pour cause : le revenu médian ne s’élève qu’à 1 188,5 euros par mois à Saint-Denis contre 2 182,9 euros par mois à Paris, selon les dernier chiffres de l’Insee.

Dans le département du 93, c’est à Montreuil – une commune en voie de gentrification – que les espaces de coworking se sont le plus développés. Le revenu médian y est plus élevé qu’à Saint-Denis puisqu’il atteint 1 489,4 euros. On y trouve divers espaces dont Ici Montreuil, équipé en imprimante 3D et machine de découpe laser, Ecoeff Lab et Le 71, qui propose des formations aux outils digitaux dont certaines sont gratuites pour les chômeurs.

Des espaces à Montreuil et près de Paris

Easy Business souhaitait également développer des espaces communs de travail à Montreuil. « On a voulu créer une partie coworking, mais cela ne correspondait pas à la demande« , précise le président de la société, Mickaël Guez. Easy Business est donc devenu un centre d’affaires, un lieu où chaque entreprise et entrepreneur dispose de son propre bureau. Seule la cuisine et une salle de détente, avec télé et baby-foot, sont partagés.

D’une manière générale, les espaces de coworking du 93 se retrouvent souvent près de Paris, juste de l’autre côté du périphérique. C’est le cas de la Plaine Coworking à Aubervilliers, près de la toute récente station de métro Front Populaire. Cet espace sélectionne chaque année une dizaine d’entrepreneurs pour les aider à développer leurs projets pendant deux à trois mois, en partenariat avec des banques et des chambres consulaires.

La carte du coworking évolue rapidement même si le secteur reste peu dynamique en Seine-Saint-Denis par rapport à la capitale. Des espaces ferment comme La Ruche fin 2017 en raison de problèmes de gestion financière selon une des responsables de La Ruche à Paris. Toujours à Montreuil, la Boîte à Pêche va elle aussi fermer ses portes, la gérante quittant la région parisienne. Cependant, d’autres voient le jour comme l’espace de Bureaux à Partager dont l’ouverture est prévue en mars à Bagnolet près du métro Gallieni. Le lieu doté d’une surface d’environ 3 000 m² pourra accueillir 300 personnes.

Voici notre carte référençant les espaces de coworking en Seine-Saint-Denis. Il suffit de cliquer sur les valises bleues pour en savoir plus sur le nom et la localisation de l’espace, le nombre de postes de travail à disposition, le tarif etc…

Elle n’est peut-être pas exhaustive. N’hésitez pas à nous contacter pour nous signaler tout espace de bureaux à partager non renseigné : bondyblog.fr[@]gmail.com

 

Thomas CHENEL

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