Huit mois de prison avec sursis. Le policier de 26 ans avait asséné un violent coup de poing à un élève du lycée Bergson à Paris le 24 mars, en pleine mobilisation contre la loi Travail. Ni le gardien de la paix ni son avocat n’étaient présents pour le délibéré ce mercredi.

La dixième chambre du tribunal correctionnel de Paris s’est prononcée dans l’affaire Bergson. Sofian O, gardien de la paix dans le 19ème arrondissement de Paris, est condamné à huit mois de prison avec sursis, ce mercredi. Les juges sont allés au-delà des réquisitions du parquet, qui avait demandé six mois de prison avec sursis pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique. Le tribunal n’a toutefois pas inscrit la condamnation à son casier judiciaire. Il lui est reproché, lors d’une manifestation contre la loi Travail le 24 mars, d’avoir porté sans raison légitime un coup de poing au visage du jeune Adan, âgé de quinze ans. La victime a eu le nez cassé, et s’est vu prescrire une incapacité totale de travail (ITT) de six jours.

Ce jour-là, il est huit heures. Adan se trouve avec ses copains devant son lycée Henri Bergson, dans le 19ème arrondissement. Au départ, il n’a pas l’intention de participer à la manifestation. Entraîné par la foule et l’ambiance devant son établissement scolaire, il décide de rester dehors et de ne pas assister aux cours. Il achète alors des œufs et de la farine dans l’épicerie du coin avec des amis. Lors de l’audience du 10 novembre dernier, il explique au tribunal qu’il a acheté « un gros tas d’œufs, environ une centaine et un seul paquet de farine ». Il aperçoit un officier de police et lui lance un œuf sur la tête. Le policier dont il s’agit est Sofian O.

« Je tombe par terre »

La suite, dramatique, le jeune Adan la raconte. « Il m’attrape, me jette par terre. Me demande de me relever. Je me relève et il me donne un coup de poing sur le visage. Je tombe par terre », rapporte Adan. A ce titre, Sofian O. explique au tribunal que s’il a attrapé Adan, « c’est parce qu’il s’est mis en position d’attente comme un rugbyman ». Une version démentie par l’enregistrement des vidéos surveillance et d’une vidéo amateur diffusée quelques heures après sur les réseaux sociaux et Internet. Des images quiavaient choqué jusqu’au ministre de l’Intérieur.

La diffusion de la vidéo a été une pièce déterminante et précieuse dans le dossier pour apporter la preuve de la culpabilité de l’officier de police Sofian O. Elle a permis, dit le procureur de la république « d’identifier l’adolescent et l’officier de police« . Si dans cette affaire, il n’y avait eu que le rapport de police sans la preuve vidéo, l’officier de police aurait probablement été acquitté. Le grand drame serait que le législateur instaure une présomption de légitime défense au profit des policiers faisant usage de leurs armes durant l’exercice de leurs fonctions.

« Aucune impunité »

Les forces de l’ordre qui entourent Adan le menotte et le conduit au commissariat de police. Le tribunal reproche au policier et à ses collègues de ne pas avoir respecté la procédure de vérification d’identité et de placement en garde à vue. Ce sont des choses qui n’arrivent pas souvent, selon les déclarations de Sofian O.

Les parents d’Adan ne sont pas au courant que leur enfant est placé en garde à vue. Les policiers n’ont pas prévenu, ce qui est également reproché par le tribunal. En rentrant chez lui, « il a tellement honte qu’il ne va rien dire à ses parents », précise le procureur de la République. Et ce dernier ajoute que Sofian O « est un officier de police violent qui a passé ses nerfs sur un adolescent de quinze ans et qu’à ce titre il ne doit y avoir aucune impunité ». Un deuxième policier doit comparaître le 16 juin pour des violences sur un autre élève du lycée Bergson le même jour.

Mélissa BARBERIS

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