Nicolas Sarkozy a dévoilé son plan pour les banlieues devant plus d’un millier de personnes réunies à l’Elysée. La secrétaire d’Etat à la Politique de la ville Fadela Amara avait évalué à un milliard d’euros les crédits alloués pour ce plan. Un chiffre divisé par deux par Nicolas Sarkozy : 500 millions d’euros prélevés sur les financements du Grenelle de l’environnement pour les transports en commun, au titre du désenclavement. Le Bondy Blog avait rendez-vous l’après-midi avec Christine Boutin pour en savoir plus sur les préparatifs, le contenu et les détails de ce plan. Interview.

Comment vous sentez-vous après l’annonce officielle du plan banlieue ?

Je suis heureuse parce que ce projet est très important pour la France, il était très attendu. Les enjeux sont majeurs pour la cohésion sociale. J’avais des options et des idées sur ce plan, le président a rendu des arbitrages. J’ai participé avec d’autres comme Fadela Amara à la réflexion qui a permis l’élaboration de ce projet. Mais je ne savais pas dans le détail ce qui allait être dans ce plan car c’est le Président qui a fait les arbitrages. J’en ai donc pris connaissance en même temps que vous et je suis en accord avec ce que j’ai entendu ce matin.

Vous avez donc découvert l’ensemble des mesures du plan banlieue en même temps que les centaines de participants qui étaient présents à l’Elysée. Est-ce que c’est normal ?

Ce mode de fonctionnement est tout à fait normal, l’ensemble de nos services a travaillé à l’élaboration de ce plan mais c’est le Président qui préside, c’est à lui de décider. Il y a eu une réflexion avec le secrétariat à la ville, mon cabinet a fait des propositions. Maintenant nous avons une feuille de route qui est très claire. Celle-ci correspond complètement aux options que nous avions choisies. Je m’y retrouve totalement.

Est-ce que cette feuille de route vous réconcilie avec Fadela Amara ?

Je n’ai jamais été en dispute avec elle. Il faut que nous arrivions dans ce pays à accepter la différence. Ce n’est pas parce qu’il y a des nuances sur un sujet, qu’obligatoirement on se crêpe le chignon ! On a une approche un peu différente. Fadela Amara aime bien dire les choses, moi aussi. Ce n’est pas pour autant que nous ne sommes pas copines et que nous ne nous aimons pas. J’ai beaucoup d’affection pour Fadela Amara. Elle se retrouve certainement aussi dans ce plan. Je n’ai pas besoin de réconciliation.

N’avez-vous pas le sentiment qu’elle a été plus mise en valeur, est-ce un désaveu pour vous ?

Absolument pas. A chaque fois que Fadela Amara a été citée par le président, cela a toujours été pour expliquer sa démarche d’ouverture politique. C’est comme cela que je l’ai perçue pour que les français comprennent ce processus qui permet la réforme. Le plan banlieue est une démarche dans laquelle nous avons tous collaboré, on a travaillé ensemble. Monsieur Abdi, son conseiller politique, a raison dans ses affirmations, il n’y a pas de contradiction entre ce qu’il dit et mes propos car nos cabinets travaillent ensemble depuis huit mois : ce plan est notre plan à toutes les deux.

Quel est le sens de la proposition sur les internats ?

Ce n’est pas une idée nouvelle.

Vous allez vous faire taper sur les doigts si vous dites ça alors que le président annonce ce plan comme une rupture avec le passé ?

C’est un développement. Il y a 10 ans, parler des internats aurait mis la révolution dans le pays. L’internat peut être une réponse adaptée pour permettre de restructurer des jeunes qui en auraient besoin. C’est peut être une bonne alternative qui peut permettre de cadrer des jeunes. Vous savez, j’ai eu un de mes fils qui a demandé à y aller parce qu’il ne travaillait pas à la maison. C’est lui-même qui m’en avait fait la demande. Un jeune peut avoir envie d’être placé en internat qu’il soit des quartiers, des banlieues, ou d’ailleurs. Mais le projet présidentiel propose des solutions fortes comme par exemple le fait de faire aller les jeunes des centres villes dans les quartiers populaires ou les écoles de la seconde chance. C’est un projet qui se veut concret et qui a une ambition comparable à celle de Jules Ferry lorsque celui-ci a promu l’école sur l’ensemble du territoire. Un tel projet, ce n’est pas des paroles en l’air, c’est quelque chose de très concret.

N’y a-t-il pas un risque à « extraire » ces jeunes des quartiers, alors que la valeur de l’exemple est importante dans ces territoires ?

Ce qui manque dans les quartiers, c’est l’emploi. Notamment pour les jeunes qui ont des formations supérieures, c’est un vrai problème et ce n’est pas encourageant pour leur environnement. Nous devons faire un effort plus important au niveau de l’emploi.

Sur quel ressort faut-il agir pour lutter contre les discriminations ?

Ce n’est pas uniquement un problème de discrimination. Des jeunes Bac +4 qui ne trouvent pas de travail, cela existe aussi ailleurs que dans les quartiers. Dans les quartiers, les jeunes le vivent avec plus de difficultés, comme une stigmatisation plus importante. Il est certain qu’il y a une discrimination à l’embauche. C’est un vrai échec pour nous tous.

Que faut-il faire dans ce cas ?

Le président a parlé d’un certain nombre de conventions qui allaient être signées avec des entreprises. Je n’ai pas attendu ce discours pour agir. J’ai signé une convention avec la fédération française du bâtiment pour l’embauche de 10000 jeunes du manœuvre jusqu’au cadre avec un accompagnement et un CDI à la clefs. La difficulté que nous rencontrons, c’est la mise en réseau entre la formation des jeunes et les offres d’emploi. Nous n’arrivons pas à mettre tous ces acteurs en connexion. Il y a aussi des peurs réciproques.

C’est-à-dire ?  

Je pense qu’il y a une peur de certains quartiers bourgeois envers les quartiers périphériques et que les quartiers périphériques ont également peur des quartiers bourgeois. Il faut réussir à se ré apprivoiser les uns les autres.

Est-ce que la France a peur de sa jeunesse qui habite les banlieues ?

Je pense qu’il ya une image qui n’est pas positive. En tant que ministre de la ville et du logement, je dis, au contraire, qu’il y a dans ces quartiers un dynamisme incroyable. Le monde économique a compris cela, c’est quelque chose que j’ai découvert depuis que je suis ministre. C’est une conséquence de la stigmatisation subie qui nourrie une volonté de résilience plus forte. Ils sont plus dynamiques, créatifs et investissent dans les quartiers.

Comment financer ce plan Banlieues dans un cadre budgétaire restreint ?

Je pense qu’il y aura un redéploiement. Je suis allée très souvent dans les quartiers et ce que j’ai remarqué c’est que tout comme dans les zones rurales, les services publics ont déserté. Il faut réinvestir les services publics dans les quartiers. Ce que Nicolas Sarkozy a voulu dire, je pense, c’est qu’il voulait un référent de l’état dans le cadre de ses quartiers populaires. Dans un budget restreint comme c’est le cas aujourd’hui, j’ai quand même pu obtenir la création de 100 postes pour la mise en place du droit au logement opposable. Quand il y a une volonté politique, il y a un chemin. Soit il y aura une redistribution par rapport au nombre de postes de fonctionnaires de l’Etat ou alors il y aura des créations de postes. On va mieux utiliser les budgets alloués à la ville pour mieux les redistribuer. Il y a 8 milliard alloués au budget de la ville : le plan banlieue pourra être financé en partie sur ces actions.

Comment allez-vous procéder pour cette redistribution ?

Il n’est pas question de diminuer les budgets alloués à la politique de la ville. Je ne suis pas inquiète. Le problème, ce n’est pas l’argent. Il faut revoir la gouvernance de tout ça. Il nous faut être intelligents dans nos pratiques, donner plus de souplesse aux élus sur la destination des budgets. C’est à eux qu’il faut laisser le fléchage des crédits. Pour moi, c’est une idée forte que j’ai soutenue. Arrêtons de tout centraliser.

La politique de la ville ne souffre-t-elle pas d’instabilité ?

On constate qu’il y a eu 19 ministres de la ville en moins de 20 ans. C’est une des raisons pour laquelle j’avais dit que je ne voulais pas d’un nouveau plan, ce n’est pas contradictoire avec une feuille de route. On ne doit pas arriver et dire « je jette le bébé avec l’eau du bain ». Effectivement, il faudrait plus de stabilité.

Est-ce que cela veut dire que vous allez être ministre jusqu’à la fin du quinquennat ?

Je ne sais pas. Pour moi, c’est un non sujet. Il faut effectivement un peu de durée pour aller jusqu’au bout des choses. Mais cela relève de la volonté du président de la république.

Propos recueillis par Hanane Kaddour

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