Son allure sobre et sa voix douce forcent le respect. Mohamed Dine, tête de liste du Modem* pour les élections municipales à Clichy-Sous-Bois, a pour maîtres « Mo » « l’équité, le dynamisme, la solidarité et la volonté de changement » dans tous les secteurs de la vie sociale. A 31 ans, ce chef d’entreprise dans l’automobile se confronte au candidat PS sortant, Claude Dilain (divers gauche) et à l’UMP Olivier Mato dans une commune qui reçoit un budget annuel de 60 millions d’euros et compte encore 20 millions d’euros de dettes. « Je ne m’intéresse pas à faire des oppositions de partis politiques avec les autres candidats, assure-t-il. Le plus important est de se démarquer au niveau des projets en réunissant toutes les bonnes initiatives qui permettent de faire développer la ville. »

Et c’est majoritairement auprès de la société civile que le candidat trouve son inspiration. Si la tête de liste du Modem est une tête nouvelle dans le paysage de la ville – originaire de l’Aube, il habite Clichy-sous-Bois depuis septembre 2005 –, il est en revanche entouré de Clichois de longue date. « J’ai choisi une équipe qui a une connaissance parfaite du terrain et des problèmes que rencontrent les Clichois », assure-t-il.

Alors que j’assiste à une réunion Modem réuni dans un resto indien situé sur la RN3, quelle n’est pas ma surprise d’ancienne Clichoise de revoir mes camarades de primaire et de lycée, ou d’anciens voisins ! Après plus de dix ans de séparation, tous ces vaillants partisans de Dine sont devenus ingénieur, psychologue, juriste, comédien, chef d’entreprise, etc. A vrai dire, les diplômés clichois sont loin d’être minoritaires. Selon un rapport de la direction politique de la Ville publié en 2005, pas moins de 72,3 % des jeunes ont un diplôme. Ce sont ceux qu’on ne voit jamais devant les halls d’immeubles, ceux qui rentrent du boulot ou des cours après 19 heures, ceux que les journalistes n’ont pas l’occasion de rencontrer.

Ces profils, Mohamed Dine a voulu les mettre sur le devant de la scène et en faire un critère de choix dans son « casting » pour la campagne des municipales. Leur moyenne d’âge : 28 ans. « Je veux des élus compétents, dynamiques et qui reflètent la population », assène le candidat, qui mène sa campagne avec des partisans et des militants issus de chaque secteur de la ville : zones pavillonnaires, cités de logements sociaux, résidences privées et co-propriétés. La jeunesse clichoise de moins de 25 ans, elle constitue 47 % d’une population d’environs 28 000 habitants.

En outre, le candidat Dine refuse toute préférence communautaire. Sa liste électorale est composée de Français d’origine européenne, maghrébine, turque, malgache, africaine, antillaise. Juste le reflet d’une ville qui concentre environ quarante nationalités et où l’on parle plus de soixante-dix langues. « Le Modem est un parti d’ouverture, il nous accepte avec ce qu’on apporte », affirme-t-il. Mohamed Dine a un passé de militant socialiste et a été conseiller municipal de l’opposition dans la ville UMP de Troyes de 2001 à 2005. Je lui demande alors pourquoi il a quitté sa famille politique : « Je préfère suivre des idées plutôt que des hommes. Les valeurs prônées par les socialistes ne sont pas appliquées dans la réalité. J’ai donc décidé de prendre mes distances avec ce parti. »

Le nom de ce candidat « ni droite ni de gauche » interpelle dans une France qui peine à accepter le fait de sa diversité culturelle – son prénom est emprunté au prophète et « Dine » veut dire « religion » ou « dette », selon le contexte. Malgré tout, un « Mohamed » élu maire dans une ville de la République française, est-ce envisageable en 2008 ? Le candidat rétorque d’une voix à peine audible, douce : « Si ça ne se fait pas dans une ville comme Clichy-sous-Bois, il est très peu probable qu’on trouve ça ailleurs. Et puis, les gens d’ici ne s’arrêtent pas sur la couleur de la peau ; ils recherchent le bon projet qui va faire bouger la ville. » La réponse réside donc dans le vote.

Nadia Boudaoud

* Mohamed Dine tiendra un meeting vendredi 7 mars à 20 heures à la salle Gury, face à la caserne des pompiers.

Nadia Boudaoud

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