Bondy Blog : Organiserez-vous, à Bondy, le grand débat national que le président de la République lancera demain ?

Sylvine Thomassin : Ce n’est pas à moi d’organiser ce débat. S’il s’agit d’en être facilitateur, ça peut s’entendre. Mais s’il est ici question d’être organisateur, la réponse est non. Je ne servirai pas de caution à ce gouvernement. Etre les pompiers de la République, d’accord. Nous le sommes tous les jours et depuis des années. Mais être les pompiers du gouvernement, ça, ce n’est pas possible.

Cela signifie-t-il que vous refuserez de répondre aux demandes du gouvernement ?

Moi, je joue mon rôle. Si le préfet me demande de mettre des salles à disposition, une sono ou quoique ce soit d’autre, je le ferai évidemment. Je donnerai tous les moyens pour que l’Etat puisse parler à mes concitoyens bondynois. J’ai déjà placé des cahiers de doléances à l’entrée de la mairie, avant même que le gouvernement ne parle de ce grand débat. Je pourrais même assister aux réunions, mais pour écouter et observer, au milieu de mes concitoyens. Je pourrai apaiser, si besoin, ou intervenir, mais je n’animerai pas de réunions publiques. C’est désormais à l’Etat de se trouver face aux Français.

Que voulez-vous dire par là ?

J’ai l’impression que ce gouvernement essaie de se refaire une sorte de virginité sur le dos des corps intermédiaires qu’il a méprisés. Et je ne dis pas ça par mauvaise politique ni d’esprit partisan, je n’ai pas mâché mes mots envers le gouvernement que j’étais censé soutenir sous le quinquennat précédent. Il faut que ce gouvernement soit maintenant en prise directe avec les Français, qu’il aille dialoguer avec eux. Je pense qu’ils attendent un contact direct avec les représentants de l’Etat. Les préfets, par exemple, doivent mouiller la chemise.

En banlieue, on a l’impression que le grand débat a déjà eu lieu

Voyez-vous, comme certains de vos collègues, une manœuvre politique du gouvernement dans le fait de placer les maires en première ligne ?

Je suis quelqu’un de plutôt optimiste mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, comme par hasard, on se sert des seuls élus qui ont la confiance des Français pour servir de filtres. La ficelle est un peu grosse. Quelle belle confusion dans l’esprit de nos concitoyens ! Quel piège ! D’autant plus que nous n’avons aucune prise dans les sujets qui sont au cœur de la préoccupation des Gilets jaunes : la fiscalité, la citoyenneté… Franchement, qu’a-t-on à voir là-dedans ?

Au-delà de la question de son organisation, que pensez-vous de cette idée de grand débat ?

Il faut toujours débattre et appeler au débat dans une démocratie. Peut-être faut-il voir avec les gilets jaunes quelle forme ils veulent que ce débat prenne. J’ai quand même l’impression qu’ici, en banlieue, le grand débat a déjà eu lieu. Cela fait trente ans qu’on s’asseoit, qu’on discute et qu’on propose des solutions. Le plan Borloo était, par exemple, plein de propositions de bon sens. Le président de la République l’a écarté d’un revers de main. Et là, on a l’impression que les dés sont pipés d’avance. On nous dit que les grandes réformes et la suppression de l’ISF, il sera impossible d’y toucher. A quoi bon débattre, alors ?

Pensez-vous que ce débat sera une réussite, ici à Bondy ? Et le souhaitez-vous ?

J’aime mon pays et, rien que pour ça, je souhaite vraiment que ce débat soit une réussite. Mais je ne peux pas vous le garantir. Il y a une telle décrédibilisation de la parole nationale que je ne suis pas sûr que mes concitoyens se déplacent. On a posé un cahier de doléances, il n’a pas déclenché un raz-de-marée de réponses. Ce que je ressens, c’est que mes concitoyens n’y croient plus.

Propos recueillis par Latifa OULKHOUIR et Ilyes RAMDANI

Crédit photo : Reflets

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