L’initiative est venue de l’Assemblée générale de l’Université de Nanterre, le 22 novembre dernier : manifester ce jeudi 6 décembre contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers devant un lieu hautement symbolique, l’établissement Campus France, au métro Colonel Fabien. Créée en 2010, cette structure se donne pour but de valoriser l’enseignement supérieur français à l’étranger et d’accompagner les étudiantes et les étudiants dans leurs demandes de visas ou de bourses universitaires. Le discours du Premier ministre Édouard Philippe « Bienvenue en France », annonçant la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-européens, était venu ouvrir leurs « Rencontres » annuelles au Centquatre, un espace culturel branché à quelques encablures de là.

Depuis, d’autres rencontres se sont ouvertes, à Nanterre, à Saint-Denis, à l’ENS, à Tolbiac et dans d’autres universités en France : des dizaines d’AG d’étudiants et d’enseignants pour protester contre les annonces du gouvernement. Le tract des étudiants de Nanterre annonce la couleur : « Il est temps de mettre un coup d’arrêt à ce gouvernement et de riposter tou-te-s ensemble, par la rue et par la grève ! ».

14h30, heure du rendez-vous. L’ambiance s’électrise soudainement rue de la Grange-aux-belles : quelques centaines étudiants de Tolbiac déboulent en fanfare et prennent place devant le bâtiment aux portes closes. Les slogans fusent : « Solidarité avec les étrangers ! », « Emmanuel Macron, président des patrons, on va tout casser chez toi ! ».

Là, Macron s’attaque aux étudiants étrangers, c’est pour mieux s’attaquer à toute l’université après

Esther, étudiante en philosophie, fait partie du cortège. Elle et son groupe d’amis arborent des guirlandes autour de leurs cous et sur leurs têtes : « On veut montrer à Macron que, même avec les fêtes qui arrivent, on lui fera pas de cadeaux ». Confiante pour la suite du mouvement, elle s’exclame : « Il y a un ras-le-bol général, ça se voit. Tout le monde en a marre de ce système capitaliste. Là, Macron s’attaque aux étudiants étrangers, c’est pour mieux s’attaquer à toute l’université après ».

Etudiants, gilets jaunes, même combat ?

Quelques minutes plus tard, les manifestants de Paris 1 sont rejoints par ceux de Paris 8, puis de Paris 3 et Paris 4, vivement accueillis avec applaudissements et cris de joie. Damien, enseignant-chercheur en science politique, s’est greffé au cortège et partage les revendications de ses étudiants : « Cette annonce d’Édouard Philippe est absolument choquante et profondément injuste. Le gouvernement veut faire payer les plus pauvres, ça n’a aucun sens ». S’il conçoit que se faire entendre va être difficile, il ne décolère pas et croit en une poursuite du mouvement : « Il y a une injustice, il faut continuer le combat ».

Évidemment, le symbole du gilet jaune s’est invité à la manifestation. Certains le portent, d’autres l’agitent en l’air comme un drapeau. James, étudiant en science politique, lui aussi, porte un gilet, mais un gilet de sauvetage, gonflé autour de son cou. Étudiant étranger, il est directement concerné par cette réforme : « Ce gilet, c’est une bouée de sauvetage. Je veux sauver mes études. Je souhaite absolument que ce mouvement tienne et débouche sur quelque chose ».

Augmenter par 16 les frais de scolarité ? C’est de la folie ! Jamais je ne pourrais me permettre de payer ça. C’est absolument scandaleux !

De plus en plus d’étudiants affluent et investissent l’ensemble de la rue. Pour passer le temps, certains s’assoient et discutent, échangent sur leurs parcours de vie, se rencontrent, débattent sur la continuité du mouvement. Youcef, en master de littérature, est syndiqué à l’UEAF, l’Union des Étudiants Algériens de France. Il dénonce une politique raciste et discriminatoire, dans la continuité de ce qui a été fait avec la loi Asile et Immigration et la réforme Parcoursup. « Augmenter par 16 les frais de scolarité ? C’est de la folie ! Jamais je ne pourrais me permettre de payer ça. Ça représente 4 à 5 mois de salaire, c’est absolument scandaleux ! ».

Vers d’autres mobilisations à venir

Après une heure devant le bâtiment et une fois les portes de Campus France recouvertes de slogans anti-gouvernement, les quelque 2000 personnes présentes s’engagent soudain dans une manifestation spontanée dans les rues de Paris. Le cortège longe le canal St-Martin, le quai de Valmy, passe par République. Croisant des élèves de primaire, les manifestants scandent « les enfants avec nous, les enfants avec nous ! », les enfants répondent : « Solidarité, solidarité ! ». La foule se presse désormais boulevard Voltaire pour rejoindre Bastille. La cohorte est toujours motivée, elle avance désormais au son de « Étudiants, gilets jaunes, même Macron, même combat ! ». Des automobilistes klaxonnent, tantôt pour afficher leur soutien, tantôt pour pester contre le blocage de la circulation. Pour beaucoup, la convergence est essentielle si le mouvement veut se pérenniser. D’autres sont plus hésitants et craignent que la colère envers la hausse des frais d’inscription se noie parmi les nombreuses et imprécises revendications des gilets jaunes.

Malgré ces divergences, nombreux seront ceux à envisager de battre le pavé samedi pour « l’acte IV » contre la politique du gouvernement. Un autre rendez-vous est également prévu jeudi prochain devant Campus France de nouveau. Ce jeudi n’était qu’un petit tour de chauffe, les voilà désormais enthousiastes et motivés pour construire la suite du mouvement.

Léo LEFRANÇOIS

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