La préfecture de Seine-Saint-Denis vient de mettre en demeure la mairie de Saint-Ouen pour refus de scolariser les enfants Roms dans les écoles de sa commune. En Seine-Saint-Denis, une association milite et défend sur le terrain le droit des enfants Roms à une scolarité. Reportage à Saint-Ouen.

Rue Ardoin à Saint-Ouen, j’aperçois le bidonville : assez grand, environ 300 personnes y vivent. Les baraquements sont construits de bric et de broc. Il est 10 heures du matin, deux, trois personnes se promènent. A l’entrée du camp, un camion bleu de petite taille est stationné. C’est le camion école : une classe mobile qui permet aux enfants Roms du campement de bénéficier de cours dispensés par trois enseignants détachés de l’Education nationale.

Je pénètre dans le camion. Là, on trouve une petite salle de classe avec tout ce qu’il y a de plus classique : un tableau blanc, du matériel, des livres, des consignes accrochées aux murs. Tout y est. Devant Clélia, la professeur, dix élèves âgés entre 9 et 10 ans, résidents du bidonville, sont sagement assis. Les enfants se retrouvent ici à raison de deux jours de cours par semaine. Les niveaux entre élèves restent disparates mais ici, il s’agit surtout d’enseigner les fondamentaux : la lecture et l’écriture. Au programme de ce vendredi, les jours de la semaine.

Trois camions école en Seine-Saint-Denis

Sur un des murs, un tableau recense le comportement des élèves à l’aide d’un code couleur. Durant le cours, un élève un peu agité arrivant « dans le rouge » se fait raccompagner chez ses parents. Par la suite, la professeur m’expliquera qu’en plus du décès de son frère, cet enfant a vécu plusieurs expulsions avec sa famille. Des évènements qui perturbent psychologiquement.

Ces classes mobiles sont mises en place et gérées par l’association Aide à la Scolarisation des Enfants Tsiganes 93 (ASET 93), fondée en 2006 et financée par la région Île-de-France et la Seine-Saint-Denis pour étendre la scolarisation des Roms. A travers l’ensemble du département, trois camions école permettent de dispenser les cours aux enfants Roms des camps. Au total, soixante élèves bénéficient des activités de cette structure associative. L’objectif est d’accompagner les enfants, en lien avec les familles, dans un parcours scolaire qui les amènera vers la reprise d’un parcours classique au sein des écoles de l’Education nationale.

C’est ce qui s’est passé pour le jeune Darius, 8 ans, vivant dans le camp de Saint-Ouen dont la mairie a refusé en mai dernier la scolarisation. « Notre association a engagé un vrai travail de suivi avec celui-ci, explique Clélia. Cependant malgré tous nos efforts, malgré les démarches entreprises comme les vaccins à jours, la domiciliation au Centre Communal d’Action Sociale, la mairie de Saint-Ouen a toujours refusé de prendre son inscription à l’école primaire. Nous l’avons contacté à six reprises pour une demande de rencontre du maire avec accusé de réception. A ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse. Pour l’anecdote, il n’ont même pas daigné répondre à nos demandes d’autorisation de stationnement pour le camion école… La police peut à tout moment venir nous mettre une amende ». 

Entraves au droit à la scolarisation par les mairies

« La situation est simple« , juge Andrea Caizzi,, Président l’association ASET 93. Les maires passent des consignes dans leurs services afin de ne pas inscrire les enfants Roms. Ils essaient aussi de gagner du temps ou de décourager en complexifiant les procédures. A titre d’exemple, ils imposent une domiciliation, non nécessaire habituellement. Les familles pour la plupart abandonnent, découragées.”

La raison de l’engagement d’Andrea Caizzi ? La destruction d’un camp Rom à Pantin (93) en face de chez lui qui l’a profondément choqué. “Voir en trente minutes la police détruire tout ce que ces gens possèdent est indignant. Au lieu d’améliorer leurs conditions de vie précaire, l’Etat se charge de détruire les cabanes de fortune ainsi que le peu de liens sociaux tissés dans le bidonville ».

Selon l’association, il faudra une stratégie de long terme pour résoudre une situation qu’elle juge « critique« . Un exemple à suivre selon elle : le travail réalisé dans la ville de Montreuil grâce à la mise en place de mobil-home, de sanitaires mais aussi d’un accès à la scolarisation. « La réussite de la scolarisation n’est pas concevable en dehors d’une véritable politique d’accueil, dont la mise en œuvre demande le concours des acteurs institutionnels”, estime Andrea Caizzi.

Avec la mise en demeure de la mairie de Saint-Ouen décidée par la préfecture de Seine-Saint-Denis vendredi, le maire de la ville devra sous huitaine se soumettre à l’obligation de scolariser les enfants. Passés ces huit jours, la scolarisation de ces enfants se fera d’office, promet la préfecture qui se dit prête à désigner un délégué spécial chargé d’effectuer l’inscription. Une petite victoire pour l’association ASET93  à l’origine de la saisine du Défenseur des droits au début de l’été.

Giuseppe AVIGES

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