Épisode 1 : #StartedFromVincennesNowWeAreHere

Pour venir à Paris 8, il faut prendre la ligne 13. Direction « Saint-Denis Université ». Descendez au Terminus. Entre le grincement des roues, les arrêts surprises entre deux stations et les annonces micro qui ne fonctionnent qu’à moitié, on se croirait presque dans un train fantôme de la Foire du Trône. « On devrait réclamer une mention ligne 13 sur notre diplôme, c’est la preuve qu’on est des étudiants déterminés », s’amuse Salim, étudiant en économie.

Pour rejoindre l’université, il faut ensuite traverser un parvis. Quand il gèle, marchez doucement au risque de vous casser un bras. Le mythe voudrait qu’entre le métro et l’entrée de la fac, des téléphones soient arrachés. Une légende qui se transmet de génération en génération. Ensuite, il faut passer la porte d’entrée. S’il n’y a pas de plan de sécurité exceptionnel, vous entrez à Paris 8 comme à Monoprix (ou à Lidl, selon votre budget).

« J’ai encore du mal à réaliser qu’il y a une épicerie à l’entrée ! »

Zayd étudie l’économie en première année. Après six mois ici, il ne s’est toujours pas remis de son arrivée à l’université. « En fait, entrer à Paris 8 c’est entrer dans un univers, dans un monde à part. C’est la réflexion que je me suis faite quand je suis venu pour la première fois, en juillet dernier. Ça semble surréaliste et pourtant c’est exactement ce qu’on ressent. On entame le deuxième semestre et j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a une épicerie à l’entrée ! » lance-t-il en éclatant de rire.

Il tente de se reprendre : « Une é-pi-ce-rie ! Je ne m’en remets pas, tous les jours ça me fait délirer ! Et ce n’est pas terminé, deux mètres plus loin t’as un grec, plus haut une sorte de taxiphone ! » Tout ceci est vrai. Vraiment vrai. Bon, il y a aussi des amphis, des salles de classe avec des tableaux, des tables et des chaises (quand on arrive à l’heure), un resto universitaire, une bibliothèque… Le Bondy Blog a décidé de s’intéresser particulièrement aux lieux originaux, inattendus dans une université, de vous y emmener et de vous raconter leur histoire.

L’université Paris 8, de Vincennes à Saint-Denis

Avant de commencer, on a cherché à comprendre comment ces commerces ont trouvé leur place dans cette fac, à étudier le cadre légal de ces activités aussi diverses les unes que les autres. François Riou, directeur général des services de l’université, nous rappelle d’abord la genèse si particulière de Paris 8. Vous la connaissez ? C’est l’histoire d’une fac qui naît au lendemain de mai 1968. Son objectif : comprendre le monde contemporain, créer un laboratoire de l’innovation. D’emblée, l’esprit de cette révolution universitaire suppose une ouverture sur le monde, un accès plus facile à ceux qui s’offrent une deuxième chance, aux étudiants étrangers. Les cours sont essentiellement organisés en petits groupes. « Nous ne sommes pas dans un rapport hiérarchique de prof à élève. Nous sommes aussi là pour discuter, débattre ensemble de certaines choses, n’hésitez donc pas à intervenir », expliquent souvent les professeurs de l’université en début d’année. Paris 8 est la première fac à enseigner certaines disciplines comme l’art, l’urbanisme ou la communication.

Une vingtaine de kilomètres séparent Vincennes de Saint-Denis. Ce n’est ni le même département, ni le même environnement social, pourtant, cette université s’appelle « Paris 8 – Vincennes – Saint-Denis ». C’est inscrit partout : à l’entrée, dans le logo, sur le plan GPS, partout. La raison est simple : avant de se situer ici, au bout de la ligne 13, l’ancêtre de Paris 8 était localisé à Vincennes, ça s’appelait alors le centre universitaire de Vincennes. Dans les années 80, les locaux de Vincennes sont détruits, la fac déménage à Saint-Denis.

« Il n’y avait rien autour du campus : pas de commerce, pas de métro »

Revenons à nos commerces. Leur existence est clairement liée à l’histoire de Paris 8. François Riou nous explique qu’à l’origine, « il n’y avait rien autour du campus : pas de commerce, pas de métro ». Il fallait passer par Basilique Saint-Denis. Le campus a été construit au milieu de rien. Aujourd’hui encore, mise à part cette fameuse ligne 13, il n’y a pas plus de commerces aux abords de l’université. Pour cette raison, les premières directions de l’université ont permis à des associations de proposer des services, des commerces liés à l’activité étudiante : alimentation, photocopie, papeterie…

Aujourd’hui ces services existent toujours, ce sont souvent d’anciens étudiants qui les proposent. Seulement, le statut associatif a disparu il y a une dizaine d’années, au profit d’un statut entrepreneurial. Le directeur général des services tient à s’arrêter sur les cas de l’épicerie et du kebab de l’entrée : « Dès le départ, l’université a concédé ces espaces à des entreprises privées, sur la base d’un appel d’offres. Il s’agit de situations particulières, de baux emphytéotiques qui durent donc 99 ans. Certaines conditions ont été établies, par exemple, ils n’ont pas le droit de faire autre chose que de l’alimentation ou de l’épicerie. Dans cette partie très particulière, on n’est pas tout à fait chez nous puisqu’il s’agit d’un exploitant privé ». Situés à l’entrée de l’université, ces commerces sont directement accessibles depuis la rue de la Liberté. Cela leur permet de rester ouverts quand l’université ne l’est pas forcément.

L’esprit de Paris 8 : un cas d’étude

Chacune des personnes rencontrées dans le cadre de cette série nous parlent de « l’esprit de Paris 8 ». Issa, par exemple. Ce jeune homme de 23 ans était étudiant en licence de droit à Paris 8. Cette année, pour son master, il a intégré une autre université de la région, réputée pour cette discipline. « Au départ, j’étais assez fier d’y être mais au bout de quelques semaines, l’esprit de Paris 8 me manquait déjà beaucoup trop. Tout me manque. Je pense y revenir pour le M2 ».

Chaouki s’occupe de l’espace photocopie situé entre la Maison de l’étudiant et le bâtiment C. Ancien étudiant, ce monsieur aux cheveux grisonnants en sait quelque chose de l’esprit de Paris 8. « Beaucoup d’étudiants arrivent à Paris 8 en pleurant, sauf que ces mêmes étudiants pleurent aussi en partant. Ça prouve bien qu’il y a quelque chose de spécial dans cette fac ! » Retenez bien le nom de Chaouki, il sera au cœur de notre prochain épisode. Rendez-vous la semaine prochaine…

Sarah ICHOU

Crédit photo : Mohammed Bensaber

Prochain épisode : Les espaces photocopies de P8

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