BB : Pourquoi menacer de bloquer les examens ?

Nicolas Webanck : Nous ne sommes pas entendus. Les revendications principales des stylos rouges, mais aussi des organisations syndicales, c’est d’arrêter la casse du service public de l’éducation. On parle des classes beaucoup trop surchargées de la maternelle au lycée, des inégalités accrues avec la réforme du lycée et du bac. Ce qu’on réclame aussi, c’est une revalorisation salariale. Un meilleur salaire pour les premiers représentants de l’Etat pour les futurs citoyens ; des moyens humains pour des élèves dans le besoin ; des moyens par classe pour acheter du matériel pour nos élèves et le retrait de la loi Blanquer.

Comment comptez-vous organiser le mouvement de grève ?

L’objectif, déjà, c’est un boycott. On n’est pas là pour punir les lycéens. On veut simplement être entendus par le ministre, Jean-Michel Blanquer. Le souci, c’est qu’il ne nous écoute pas. Il est dans le déni total, il refuse d’entendre les principales revendications des fonctionnaires de l’Etat. En étant coincés, on est obligés de menacer de bloquer le baccalauréat pour qu’il nous entende, sauf qu’il refuse. On va donc être amenés à faire la grève.

Nous allons organiser cela d’ici là mais cela va consister, d’abord, en un boycott de la présence des personnes mobilisées pour surveiller les salles. A voir ensuite s’il y aura des mouvements de blocus, mais nous n’en sommes pas encore là. Il y a déjà énormément de collègues motivés dans toute la France. Il y aura, très certainement, à partir du 17 juin, un blocage du premier jour du baccalauréat, puis du brevet (le 27 juin, ndlr). Et, enfin, un boycott des corrections, si on n’est pas toujours pas entendus.

Vous ne craignez pas que votre grève soit impopulaire auprès de l’opinion publique ?

Elle est forcément impopulaire car le ministre parle de sabordage et nous reproche de prendre en otage les enfants. Bien évidemment, ce n’est pas notre but. Il faut savoir qu’en mai 68, il y a déjà eu ce type de blocage. Le baccalauréat avait alors été donné à tous les enfants, donc il ne faut pas que les parents aient cette crainte. Le bac sera donné, soit avec les notes de l’année scolaire, soit par des oraux. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir au niveau des parents. Il faut vraiment qu’ils soient conscients qu’on ne cherche pas à pénaliser. Le risque, au contraire, c’est d’avoir une plus grande réussite au baccalauréat.

Quelle est la position des élèves par rapport à la grève ?

Avec mes collègues du second degré, il faut savoir que les lycéens nous soutiennent. Evidemment, dans certains grands médias, on prend bien soin de filmer ceux qui ne sont pas contents, qui disent qu’ils sont pris en otage. Mais c’est une minorité. En filmer trois qui le disent, oui, c’est plutôt facile, mais, évidemment la plupart des jeunes sont contents. Ils sentent que les profs sont à bout, qu’ils revendiquent des choses, qu’ils sont tous les jours sur le piquets de grève pour obtenir gain de cause. Si l’enseignant est mal dans sa peau, ça se ressentira dans son travail.

Comment comptez-vous élargir votre appel à la grève à d’autres organisations (assoc parents d’élèves, syndicats) pour vous faire enfin entendre du gouvernement ?

Il y a énormément de syndicats qui nous ont rejoints, dont le SNES, la CGT… Le regret, c’est que tous les syndicats ne nous aient pas rejoints, notamment des syndicats frileux dans le premier degré qui n’ont pas osé rejoindre la lutte, alors que c’est quand même rare que le premier degré et le second degré se retrouvent pour une cause qui nous concerne tous. La lutte contre la loi pour une école de la confiance, notamment.

Que ferez-vous si la grève ne fait pas plier le gouvernement ?

Il risque d’y avoir un boycott dès la rentrée. On commence déjà à y réfléchir avec plusieurs syndicats. Notamment avec beaucoup de collectifs, avec différents collègues. Parce que la loi Blanquer va entrer en vigueur dès juillet, donc être effective dès septembre prochain. Je pense qu’il y aura des mouvements de grève bien plus violents que ce qui s’est passé jusque-là.

icolas Webanck coordonne la page nationale sur Facebook des stylos rouges

La contestation des enseignants fait encore peu parler d’elle, en dehors des réseaux sociaux. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

C’est le réel problème, quand on est dans la fonction publique : il n’y pas de moyen de réelle pression. Il n’y a pas que les enseignants qui font grève, il y aussi toute la fonction publique, comme la police et les hôpitaux. Ce qui est étonnant, c’est que les piliers de la vie qui sont l’éducation et la santé ne sont pas écoutés et ne sont pas médiatisés. On préfère parler de choses qui sont beaucoup moins importantes, et qui ne mettent pas en avant, évidemment la société. On est plus dans une société de destruction que l’inverse.

Est-ce que vous discutez avec les parents ? Sont-il inquiets  ?

Les parents sont inquiets, ce qui est légitime et normal. Forcément, quand on entend les différents hommes politiques et les médias, ils cherchent à créer l’inquiétude des parents pour casser le mouvement. Nous, on cherche à rassurer les parents en leur expliquant ce qui ne va pas et ils comprennent. Quand, en mai 68, il y eu cette grève, justement, ça n’a pas pénalisé les enfants, et donc il faut qu’ils comprennent que ça ne va pas leur nuire, et que c’est pour leur bien qu’on fait ça. Il va y avoir un bouleversement avec les réformes du lycée et la réforme du bac. Ce qu’on veut, c’est améliorer le système. Ces enfants ne doivent pas subir les réformes d’un ministre qui n’est que là pour cinq ans. Réformer, oui, mais avec une réflexion sur le long-terme. Les parents doivent comprendre que ces réformes sont là pour détruire leur enfants.

Propos recueillis par Hervé HINOPAY

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