Ibrahima, Maëva et Laurie ont bien le bac en poche mais ils se retrouvent en ce début septembre sans affectation pour leurs premiers pas post-bac. Ce sont les oubliés de Parcoursup, la plateforme gouvernementale censée être la réponse à l’orientation scolaire vers l’enseignement supérieur des nouveaux bacheliers.

Quand on leur a proposé de prendre la parole pour témoigner de leur expérience, Ibrahima, Maëva et Laurie ont dit « oui » sans la moindre hésitation. Leurs voix allaient être entendues. Rendez-vous est pris dans un café de la gare de l’Est à Paris.

On nous a toujours dit que le bac était la clé pour les études supérieures. Moi, j’ai le bac mais pas de suite !

Maëva, membre d’une fratrie de trois, est plus qu’en colère. A 17 ans, elle a obtenu son bac dans la filière STMG (Science Technologie et Ménagement de Gestion) au lycée Gaston-Bachelard, à Chelles (Seine-et-Marne). « Le bac, ça se prépare depuis la classe de seconde ! Alors après trois ans de travail, je ne vais pas baisser les bras. Je ne vois pas pour quelle raison je me retrouve sans affectation. J’ai fait une dizaine de vœux, je me suis beaucoup investie », dit-elle, l’esprit combatif. Pour elle, le système est incompréhensible : « Je suis triste de n’avoir aucune école de commerce comme je le souhaitais alors que j’étais partie pour faire de l’alternance. Aujourd’hui,  je vois des amis qui n’ont pas de bac et qui, eux, ont une école. C’est fou ! Je n’imaginais pas me retrouver dans une telle situation. On nous a toujours dit que le bac était la clé pour les études supérieures. Moi, j’ai le bac mais pas de suite ! »

J’ai reçu un mail avec une proposition. Je devais y répondre avant minuit sauf que je ne l’ai vu que le lendemain ! Résultat, on m’a supprimée de la plateforme sans explication

Son amie, Laurie, 19 ans, a également obtenu son bac STMG au lycée Gaston-Bachelard de Chelles. Elle est sûre et certaine d’avoir postulé en temps et en heure mais sur ses neuf vœux, cinq ont été refusés d’office. Son cas est un peu différent : elle a bien eu une proposition : « On m’a proposé de suivre des études dans une filière que je n’avais pas choisie ! J’ai reçu un mail avec une proposition. Je devais y répondre avant minuit sauf que je ne l’ai vu que le lendemain ! Résultat, on m’a supprimée de la plateforme sans explication. Pour les quatre autres vœux, j’espérais une réponse positive puisqu’il s’agissait de BTS mais je n’ai rien eu. Je suis en colère mais je ne suis pas la seule ! Mes parents aussi. Ils ont investi pour me permettre de continuer mes études et ils étaient fiers de me voir décrocher le bac. Aujourd’hui, je cours de tous les côtés sans résultat. C’est écœurant ». 

Leur colère est révélatrice de l’extrême pression qui pèse sur les épaules des lycéens mais aussi de leurs familles. Surtout quand on sait ce que certaines filières exigeaient de la part des candidats les CV et lettres de motivation dans lesquelles ils devaient justifier leurs projets d’orientation.

J’ai l’impression que j’ai raté ma vie alors que j’ai toujours misé sur mes études. Je suis démotivé car c’est impossible pour moi d’aller dans une école privée, mes parents n’en ont pas les moyens

Alors que les admissions complémentaires se terminent le 21 septembre sur Parcoursup, l’espoir se réduit pour ces lycéens sans affectation. Ibrahima, 18 ans, a obtenu son bac pro au lycée Louise-Michel à Épinay-sur-Seine (93) et a candidaté pour des BTS, sans succès lui aussi. Aujourd’hui, il est perdu, ne sait plus à quelle porte frapper et à qui réclamer des explications. Malgré le soutien de ses parents, il se voit comme « un sacrifié » de Parcoursup. « On est déjà en septembre en pleine rentrée. Je ne sais même pas ce que je vais devenir cette année. Entre le bac et Parcoursup, l’année dernière, ça a été beaucoup de stress. Je ne sais pas à quoi me sert mon diplôme de bachelier ! C’est quand même assez humiliant de voir mes six mes vœux tous rejetés». Ibrahima, lui non plus, ne veut pas abandonner l’idée de faire des études supérieures mais il commence à se décourager. « J’ai l’impression que j’ai raté ma vie alors que j’ai toujours misé sur mes études. Je suis démotivé car c’est impossible pour moi d’aller dans une école privée. Mes parents n’en ont pas les moyens. Aujourd’hui, je donne raison aux étudiants qui ont bloqué les rues et les facs ces derniers mois. On voit très bien que le but de ce gouvernement c’est de faire des études une marchandise et de faire disparaître l’Éducation nationale. En plus, ce n’est ni plus ni moins qu’une sélection déguisée. Je trouve ça abject. C’est injuste. C’est même une ségrégation ». 

Le privé se frotte les mains

Laurie étudie un plan B : « Je ne vais pas me laisser faire. Si je ne trouve pas d’école cette année, je vais entamer des démarches pour faire un service civique et préparer la rentrée prochaine ». Avec son amie Maëva et d’autres laissés pour compte de Parcoursup, elles se sont rendues au salon Studyrama à la cité universitaire de Paris au début du mois de septembre. Elles ont obtenu un rendez-vous dans une école de commerce à Lognes, en Seine et Marne. Le malheur des uns fait le bonheur du privé.

A ce jour, selon les derniers chiffres rendus publics par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche début septembre, 3 674 candidats sont sans affectation. Mais ce chiffre ne représente que celles et ceux qui sont dits « actifs », c’est-à-dire qui ont sollicité l’aide du ministère pour les aider à trouver une place. Il ne comprend pas les « inactifs » c’est à dire ceux qui attendent d’être contactés car inscrits sur liste d’attente des formations souhaitées ou ceux qui ont accepté une proposition mais l’ont mise en attente. Enfin, plus de 180 000 bacheliers ont, eux, quitté la plateforme sur les 812 000 inscrits.

Kab NIANG

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