Janvier c’est le mois des voeux, de la galette des rois, de l’anniversaire de Kaaris et Claude Guéant, des soldes d’hiver mais aussi et surtout le début d’un nouveau semestre universitaire. C’est peut être un détail pour vous mais pour eux… ça veut dire beaucoup (pardon). Cette période de l’année marque donc un nouveau départ pour beaucoup d’étudiants. Outre ceux qui se servent des bonnes résolutions pour jurer ne plus manquer les amphis du lundi matin, il y a ceux qui profitent de cette rentrée pour changer d’orientation.

Au cours de la première année de licence, ils sont nombreux à faire ce choix. En septembre les amphis sont pleins à craquer, les listes d’attente aussi. Cette année encore, ils étaient plusieurs milliers sans affectation à la sortie du bac.

Et pourtant, à ce stade de l’année, les survivants du premier semestre constatent une réduction des effectifs et l’arrivée de nouveaux camarades.

Qui sont ces étudiants réorientés en cours d’année ? Pourquoi changer de filière dès janvier ? Comment s’organisent les démarches ? Nous en avons discuté avec Inès, Juliette et Nassim, tous trois concernés par ces changements d’orientation.

Leurs profils se ressemblent : ils démarrent l’année universitaire motivés et se rendent finalement compte qu’ils veulent faire autre chose de leur vie.

Nassim a obtenu un bac STMG (sciences et technologies du management et de la gestion) à Paris. Dès septembre, il démarre une licence d’informatique. Il lui suffit de quelques jours pour réaliser que les cours ne l’intéressent absolument pas. Nassim fait du football en club depuis l’âge de 5 ans. Passionné, il a établi un projet pro en adéquation avec cette sensibilité au sport. Le jeune homme de 18 ans préfère rester secret mais se montre plutôt confiant concernant ses ambitions professionnelles .

Convaincu que l’informatique n’est pas fait pour lui – et ne lui servira pas tellement par la suite – il se rapproche dès le mois d’octobre du SCUIO-IP de son université, soit le service d’orientation et d’insertion professionnelle. Il leur remet une lettre de motivation expliquant les raisons de sa réorientation, détaille son projet professionnel et universitaire et passe un entretien avec un conseiller d’orientation.

J’ai finalement décidé d’arrêter les cours, c’était devenu une perte de temps

On lui suggère alors de s’orienter vers le droit. Pourquoi pas, il se dit que ce sera utile plus tard : “le droit ce n’est jamais perdu et dans le cadre de mon projet, j’en ai besoin pour comprendre les contrats etc”

Son dossier est accepté, il rejoint la licence de droit dès le mois d’octobre. Malgré sa motivation initiale et les encouragements des conseillers d’orientation, Nassim constate que ce n’est toujours pas fait pour lui. ”Au fil du temps j’y allais plus par principe que par intérêt pour les cours, et j’ai finalement décidé d’arrêter complètement, c’était devenu une perte de temps : j’allais en cours mais ça ne m’intéressait pas. Au-delà de ça, c’est l’autonomie imposée qui ne me correspondait pas”

Aujourd’hui, Nassim n’est donc plus scolarisé mais a su rebondir : il a été accepté en école de commerce. Sa rentrée aura lieu en septembre 2019. D’ici-là, il cherche une entreprise pour effectuer son alternance, du travail pour passer le temps et gagner des sous. Il passe aussi plus de temps au foot.

Inès a le même âge que Nassim, 18 ans. Elle a toujours été bonne élève : “au lycée on m’appelait l’intello, la boloss et Miss fiche… aujourd’hui ma vie scolaire se résume sur une fiche” ironise-t-elle. En juin dernier, elle obtient un bac ES (économique et social) à Bondy : “à la base je voulais absolument faire un BTS mais autour de moi, ma famille, mes amis, mes professeurs me disaient que j’avais plutôt un profil licence”. Elle sera finalement affectée en licence d’éco-gestion.

Ma cousine m’envoie des snaps de ses cours, ça me permet de prendre l’ambiance, voir comment ça se passe et ça a l’air kiffant

Dans le fond, les cours l’intéressent mais Inès peine à assumer le rythme universitaire : “je m’étais préparée à plus d’autonomie, moins de suivi quotidien des profs… mais les cours magistraux c’est un délire. Le prof donne son cours, si tu suis c’est bien, si tu ne suis pas, il s’en fout et avance. Sauf que moi j’ai besoin de temps pour comprendre, j’aime bien poser mes questions. En TD ça se passe très bien, j’aime bien mes cours mais je n’arrive plus à suivre dans l’ensemble”.

Et pourtant, Inès raconte y avoir mis du sien : “j’ai toujours beaucoup travaillé à l’école mais là c’était trop, je n’en voyais pas le bout. Mes notes ne voulaient rien dire, j’avais des bouts de cours donc j’essayais de compléter sur internet, avec les notes de mes camarades… Au début du premier semestre je charbonnais vraiment pour arriver à ficher au fur et à mesure, je passais ma vie à la bibliothèque”.

Dès le mois d’octobre, Inès réalise que l’année va être compliquée mais elle ne baisse pas les bras pour autant : “je me suis forcée à aimer ma formation, aujourd’hui je me force à y aller pour ne pas perdre le rythme”. Parallèlement à ses cours, elle organise sa réorientation pour la rentrée prochaine, en septembre 2019. Cette fois, elle ne se laissera pas influencer et fonce vers un BTS. Pour être sûre de faire le bon choix, elle questionne les gens qui y sont : “par exemple, ma cousine est en BTS MUC (management des unités commerciales). Ce BTS me tente mais pour être sûre de ne pas me tromper, je lui pose plein de questions, je regarde ses notes et lui demande parfois de m’envoyer des snaps en cours pour prendre l’ambiance, voir comment ça se passe et ça a l’air kiffant”.

Étant donné qu’elle passe d’une licence à un BTS, Inès doit repasser par Parcoursup, la plateforme d’orientation post-bac qui ouvre ce mardi 22 janvier : “Je vais être la première connectée ! J’ai déjà mes identifiants de l’année dernière, préparé ma liste de voeux, mes bulletins scolaires, mes lettres de motivation…”.

Je n’ai plus du tout le goût de l’école

En attendant les résultats, elle a prévu de continuer sa licence “mais je suis clairement moins motivée et j’avoue que moralement ce n’est pas évident. Mes parents m’ont même dit qu’ils ne me reconnaissaient plus. Ils m’ont toujours vu beaucoup travailler et aimer étudier. Là, je suis totalement démotivée, je n’ai plus du tout le goût de l’école”

Juliette, quant à elle, est actuellement étudiante en L3 de sciences politiques, à la Sorbonne. Parcoursup et les tracas d’orientation c’est de l’histoire ancienne. Elle a passé son bac à Bordeaux et espérait entrer à Sciences-Po Paris, finalement elle obtient une place à Dauphine.

En octobre, les cours lui plaisent plutôt bien mais elle se laisse tenter par une réunion sur la réorientation inter-universités : “j’y suis vraiment allée pour me renseigner, je n’avais pas cours à ce moment-là, je me suis dis que je n’avais rien à perdre”. Finalement, elle se lance dans une réorientation à la Sorbonne, en sciences politiques et est acceptée en cours d’année : “si je n’avais pas été à cette réunion d’information, je n’aurais sûrement jamais entendu parler de cette possibilité de réorientation” précise-t-elle.

En effet, certains dispositifs ne sont pas forcément connus par tous les étudiants mais se montrent relativement efficaces. Par exemple, le dispositif du semestre rebond. Dédié aux étudiants en première année de médecine, recalés d’office au concours, il permet de découvrir différentes disciplines de l’université avant d’en rejoindre une à la rentrée suivante.

Concrètement, Juliette arrive donc à la Sorbonne en janvier et prend le train en route avec un léger coup de pression : “seuls trois étudiants ont pu profiter de cette réorientation en cours d’année dans ma filière, je n’avais pas le droit à l’échec parce que le but de l’opération était de ne pas perdre une année scolaire”.

Je garde finalement un bon souvenir de cette réorientation, je vois ça comme un véritable tremplin

En janvier, elle démarre les cours du second semestre en même temps que tout le monde. A son emploi du temps, s’ajoutent trois cours dispensés au premier semestre. En juin, elle passera ses partiels du second semestre ET du premier semestre. Elle n’a jamais pu rattraper certains amphis. Elle s’est débrouillée pour récupérer quelques notes auprès de ses camarades : “ce n’est pas évident mais en mettant toutes ces notes bout à bout, et en faisant quelques recherches internet on peut obtenir un cours relativement complet”. Elle valide son année. Avec du recul, elle ne regrette pas une seconde cette réorientation : “j’adore ma licence, je garde finalement un bon souvenir de cette réorientation, je vois ça comme un véritable tremplin, j’avais demandé la Sorbonne lors de mes voeux APB à l’époque, l’algorithme m’avait recalée. J’étais donc hyper contente de pouvoir rejoindre en cours d’année cette licence que j’avais préférée au départ. Je suis consciente du fait que j’ai eu beaucoup de chance”.

De la chance et beaucoup de patience c’est ce que nous souhaitons aux étudiants qui s’inscrivent aujourd’hui sur Parcoursup.

Sarah ICHOU

Crédit photo : Mohammed BENSABER

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