« Vous voudriez manger ça, vous? », s’exclame une maman d’élève devant le lycée André Boulloche de Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis. Du doigt, elle désigne une affiche montrant un repas dans l’établissement l’an dernier : une sorte de purée, un yaourt et un flan dans une assiette en plastique. « C’est à cela qu’ont ressemblé les déjeuners des élèves enfants tout au long de l’année dernière », explique-t-elle exaspérée.

Vendredi 7 septembre, à 7h30, la rentrée bat à peine son plein que déjà, un groupe d’une douzaine de parents d’élèves est mobilisé devant ce lycée de près de 1 100 élèves. A l’entrée, une table propose un petit-déjeuner aux élèves et aux participants : des pommes à foison, des madeleines, des biscuits et des boissons. Une maman, coiffée d’un casque de chantier va vaillamment d’un élève à l’autre dans l’espoir de leur faire accepter une pomme plutôt que des gâteaux ! Les affiches ne manquent pas non plus d’ironie :« ras-le-bol des travaux sans faim » peut-on lire sur l’une d’entre elles.

Mobilisation dès la rentrée pour la réouverture de la cantine

Derrière l’humour des parents d’élèves, se cache une réelle colère. « Depuis juin 2016, le lycée connaît des travaux de rénovation dont la date de livraison est décalée », explique Sadia Bouy Sahali, maman déléguée FCPE qui siège au Conseil d’administration du lycée. Parmi ces travaux, la rénovation des cuisines débutée en septembre 2017, dont la fin était prévue pour juin 2018 et qui a été repoussée. « On nous a parlé du 6 septembre pour la reprise de la cantine. Mais à la rentrée, nous avons découvert que la réouverture des cuisines était repoussée au 13 septembre parce qu’il restait du nettoyage à faire. Nous ne voulions pas risquer de revivre la même chose que l’an dernier, une cantine fermée toute l’année. Alors on s’est mobilisé au pied levé », poursuit-elle.

L’an dernier, la rénovation des cuisines a privé les demi-pensionnaires de repas chauds à midi. C’est une entreprise qui a été sollicitée pour livrer des repas en « liaison froide ». Les élèves ont du se contenter de repas tout prêts ou de barquettes simplement réchauffées avant d’être servis. Et comme les travaux rendaient la plonge impossible, les élèves ont dû faire avec des couverts et des assiettes en plastique. « Elles conservent mal la chaleur, les repas étaient au mieux tièdes », déplore Sadia Bouy Sahali.

Et dire que pour certains enfants, le repas de la cantine est le seul repas équilibré de la journée !

« Ma fille me racontait que ces repas étaient immangeables », affirme une autre maman d’élève en colère. « Souvent, mes enfants ne les mangeaient pas. Résultat : soit ils s’empiffraient au goûter, soit ils achetaient à manger dans les fast-food autour du lycée. On se démène pour apprendre aux enfants les bonnes habitudes alimentaires et l’école vient tout gâcher, s’emporte-elle. Et dire que pour certains enfants, le repas de la cantine est le seul repas équilibré de la journée ! »

Heureusement qu’il y avait du pain et des yaourts, sinon parfois je n’aurais rien mangé

Les élèves confirment. Laëtitia*, 16 ans, en première L, grimace : « La cantine l’an dernier, c’était juste…! Horrible », résume-t-elle. Son amie Fiona*, à ses côtés, acquiesce. « Certains plats étaient vraiment immangeables. Heureusement qu’il y avait du pain et des yaourts, sinon parfois je n’aurais rien mangé ». Une bachelière, Nina, étudiante en médecine cette année se souvient : « Je mangeais des sandwiches en cours parce que la cantine ne suffisait pas. Et il n’y avait plus de chauffage » . 

L’hiver dernier, l’absence d’un système de désenfumage a conduit l’établissement à faire déjeuner les élèves…. fenêtres ouvertes ! Les élèves ont donc mangé froid dans le froid. « Si les enfants mangent mal ou ne mangent pas, leur concentration est forcément moins bonne », insiste Lila Kaddouche dont la fille est en terminale. Ses deux autres enfants étaient aussi élèves de l’établissement. « Mais eux n’ont pas souffert de ce type de situation ».

A présent, pour éviter d’installer un système de désenfumage, la région aurait décidé, selon les parents, de construire une cloison qui divise le réfectoire en deux salles plus petites. Pour les parents, c’est une fausse bonne idée. Faute d’effectifs suffisants, « les surveillants ne pourront pas avoir constamment l’oeil sur les deux salles », craint Gisèle Labesse.

Le reste des travaux, qui concerne la construction du troisième étage du lycée et la rénovation de salles au deuxième étage, devaient être réceptionnés en septembre 2017, affirment les parents. Ils l’ont été en mai dernier. La raison ? La liquidation judiciaire de l’une des entreprises, expliquent-ils. Un retard qui n’a pas été sans effet sur les élèves. « Il y avait du bruit pendant les épreuves du bac blanc, raconte Nina. Du coup, on allait beaucoup moins vite. Mais il fallait faire avec ».

Les parents d’élèves dénoncent le mépris des élus de la région Ile-de-France

Pour les parents, le problème, c’est le manque d’investissement de la part de la région Ile-de-France dont relèvent ces travaux. « Ce n’est qu’un lycée du 93, donc les pouvoirs publics s’en fichent », ironise Gisèle Labesse, maman d’élève FCPE.

« La région compte des représentants au Conseil d’Administration du lycée mais ils y brillent par leur absence. Nous trouvons cela méprisant », ajoute une autre mère de famille. Vendredi matin, les parents étaient déçus qu’aucun représentant de la région ni de la municipalité ne soit venu sur place apporter leur soutien à la mobilisation. « Ce n’est pas faute de les avoir prévenus », assure Saadia Bouy Sahali.

En décembre 2017, les parents ont déposé une motion exigeant un déroulement normal des travaux et une meilleure pause méridienne pour les élèves. Compte tenu du contexte, ils y demandaient aussi une révision des prix de la cantine. Sans réponse de la Région.

La région s’engage à une reprise de la cantine le 13 septembre

Le maire de Coubron et conseiller régional UDI, membre du conseil d’administration du lycée, Ludovic Toro, assure, ce lundi, qu’il a contacté le proviseur de l’établissement et qu’il portera le dossier. Pourquoi cette absence antérieurement ? « Nous siégeons dans 12 lycées et les conseils d’administration ont souvent lieu au même moment », justifie-t-il.

Du côté de la région Ile-de-France, un porte-parole réaffirme que « la réouverture de la demi-pension rénovée du lycée est bien prévue jeudi 13 septembre » et que « les travaux ont pris du retard en raison de défaillances successives des entreprises. Quant aux repas, dès la rentrée, la Région, attentive, a proposé que des repas froids soient livrés en attendant la réouverture de la demi-pension. Cette proposition a été déclinée ». Et d’ajouter qu’il « peut y avoir de la part du cabinet de la présidence des rappels à l’ordre des élus qui ne siègent pas au CA ».

Les élèves du lycée mangeront-ils chaud cet hiver? Les parents y comptent bien. Quant à une suite éventuelle de la mobilisation, ce sera « une surprise ! » promettent les parents.

Sarah SMAÏL

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