Inutile de dire que dans la cité phocéenne, on aime le sport et plus particulièrement le football ! Mais sorti de l’OM, les autres activités sont délaissées et les infrastructures en piteux état. 

Avec 200 000 licenciés à Marseille, aucun doute qu’ici on aime le sport. Des activités les plus connues, football, tennis, athlétisme aux plus extravagantes, football australien, roller derby, dans la cité phocéenne, on n’hésite pas à enfiler ses baskets. Le sport est pourtant loin d’être une priorité pour la mairie mais devrait devenir le centre de la politique de la ville dans les prochaines années, espère Richard Miron, adjoint au maire, délégué au sport : « Les deux premiers mandats [NDRL : de Jean-Claude Gaudin] ont été consacrés à l’école, le dernier à la culture, le prochain sera tourné vers le sport. »

Même s’il admet que tout n’a pas été parfait durant ces cinq dernières années, il se plaît néanmoins à parler de sa politique volontariste, notamment à travers sa série de trois plans : le plan piscines, le plan stades et plus récemment le plan gymnases. Des plans oui, mais un bilan que Richard Miron a des difficultés à établir. Et force est de reconnaître que sur le terrain le bilan de ces « schémas directeurs » est mitigé : un grand nombre d’infrastructures en travaux et d’autres fermées. Pendant les vacances de Noël, 4 piscines sur 22 étaient ouvertes. Pour aller faire un footing, mis à part le Parc Borély et quelques pistes d’athlétismes accessibles – que s’arrachent les écoles et les clubs -, peu d’endroits peuvent convenir. Il y a bien la corniche mais attention aux voitures !

Des piscines en mauvais état ou que l’on ne met pas à disposition, et des stades pour lesquels le constat n’est pas beaucoup plus reluisant. Au stade Vallier, l’un des terrains du centre ville, la pelouse est un champ de bataille, à l’image du reste des équipements sportifs de la ville. Ce que confirme Robert Lupi, responsable du sport universitaire à Marseille : « Il faut qu’il y ait un plan d’urgence de réhabilitation des infrastructures. Il y a eu des améliorations essentiellement sur les stades de foot. Pour les autres sports, je n’ai pas vu grand-chose. »

Le sport : une question politique

Un état des lieux partagé par l’opposition qui critique ouvertement la politique menée par la droite. La mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille a récemment rédigé un « Livre Noir des équipements sportifs ». Garo Hovsépian, maire de secteur, et Antoine Portero, adjoint aux sports, y dénoncent « l’absence d’entretien et de modernisation ». A l’appui chiffres et photos insistent sur l’abandon de la mairie. « En cinq ans, on ne peut pas me demander de tout faire, tout de suite », se défend Richard Miron. Et de critiquer l’attitude de certains maires de secteur qui bloquent sa politique. « Pour les équipements décentralisés, j’en finance une partie. La mairie du 13e/14e arrondissements ne me présente pas sa demande de budget comme les autres. »

Les critiques de l’opposition se portent surtout sur les choix de la mairie. Le Stade Vélodrome à lui seul pompe 267 millions d’euros pour sa rénovation et pour son nouveau toit. Mais ce qui fait le plus chanter les opposants, c’est le Palais de la Glisse. Ce complexe alliant sports de glace et sports de glisse urbains planté au milieu du quartier de la Capelette défrise Pascal Chamassian, élu de l’opposition qui suit les questions sportives : 50 millions pour le construire et plusieurs millions de frais de fonctionnement chaque année.

Malgré les pluies de critique, Richard Miron tient bon et présente ses projets : « En 2013, Marseille accueillera le centenaire du Tour de France ; en 2014, il y aura la livraison du Stade Vélodrome et du Stade Delort ; en 2015 la fédération d’athlétisme souhaite organiser les championnats de France à Marseille. Cette même année, nous candidatons pour l’organisation des premiers jeux méditerranéens et il ne s’agit pas de faire des pâtés de sable ! ». Enfin, graal suprême, l’espoir de recevoir le titre de capitale européenne du sport en 2017.

Du sport pour tous ?

Hormis le Stade Vélodrome et le Palais de la Glace et de la Glisse, les investissements de la mairie dans les autres sports paraissent dérisoires. Le sport de haut niveau est très développé : Cercle des Nageurs, Pôle France de Gymnastique, Pôle France de Judo… Mais la plupart de ces clubs sont privés et reçoivent peu d’aides. Malgré un bon niveau de pratique dans la ville, il manque encore beaucoup d’infrastructures pour accueillir de la compétition de haut niveau. Le premier stade d’athlétisme capable d’accueillir de la compétition est en travaux et devrait être livré en 2014. Il n’y a pas non plus de piscine olympique, ni de gymnase digne de ce nom pour l’organisation de rencontres nationales.

En ce qui concerne le sport pour tous, il n’y a pas beaucoup de places. La municipalité mise gros sur les terrains de foot de proximité, qui sont souvent peu entretenus et deviennent parfois le terrain de jeu des motos et voitures. Bryan, un jeune Marseillais fait le triste constat : « Il n’y a pas grand chose, pas d’activités. Si, pour le foot il y a ce qu’il faut, pour les autres… » Pascal Chamassian regrette ce manque d’infrastructures rappelant le rôle du sport dans une ville comme Marseille : « Il a une mission émancipatrice et c’est aussi un vecteur de sortie de meilleure intégration populaire. A Marseille c’est un élément primordial ! ».

La réalité, c’est qu’il y a très peu d’installations accessibles au public. Les piscines sont très peu ouvertes, sur la plage du Prado un filet de volleyball prend le soleil esseulé et parsemées dans la ville, quelques barres pour la musculation. Le palais de la glisse, paradis des amateurs de patin coûte à l’entrée environ 4 euros, sans compter la location du matériel. Une somme qui n’est pas anodine dans l’une des villes les plus pauvres de France. Le sport, oui, mais pas pour tous. Un peu partout, salles de squash et de foot salle font le plein. Mais pour y rentrer, préparez le porte monnaie : environ 6 à 7 euros par personne pour 1h de jeu et la location de terrain se fait en général avec un minimum de 10 joueurs. Des infrastructures accessibles à tous : un défi et un désir des habitants comme l’explique Bryan, « ce que nous souhaitons, ce sont des infrastructures ouvertes à tous et gratuites. »

 

Charlotte Cosset

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