TOUR D’EUROPE. Après avoir parcouru près de 9500 kilomètres sur les routes d’Europe, nos blogueurs sont revenus avec de nombreuses interrogations et peu de certitudes, à l’image de ce qu’est l’Europe pour sa jeunesse. Retrouvez tout leur road trip sur notre page spéciale.

Ouf, nous voilà de retour. De l’arc de Triomphe de Bucarest aux plaines glacées de Finlande en passant par les places de marché bondées des Balkans et les quartiers hipsters de Berlin, nous avons traversé une bonne partie de l’Europe. A nous deux, près de 9500 kilomètres. 61 heures de bus de Bucarest à Bondy et 50h de bus d’Helsinki à Paris. Quelques jours après ce voyage, on partage ensemble nos impressions, les étapes de nos parcours respectifs. Beaucoup de fatigue et tout autant de souvenirs. Et une chose est sûre, dans nos têtes, il y a un avant et un après « l’Europe ».

L’Europe à un fil

Le 9 mai, nous partions avec l’idée que l’Europe, notre Europe, était en quelque sorte, acquise. A l’aéroport, au moment de passer l’enregistrement, ce projet de voyage se teintait de quelque chose de très concret. L’Union Européenne. On se disait que les plus anciennes générations pouvaient en avoir été déçues mais que les jeunes générations, elles, n’ayant connu pour beaucoup rien d’autre, voudraient y croire. Les rencontres successives, à coup de désillusions, de désaveu ou d’incompréhension ont un peu balayé nos certitudes. Quelques rires gênés, des regards qui se perdent dans le vague ou au contraire des réponses très franches. Et le sentiment de plus en plus clair d’avoir au dessus de nos têtes, un colosse au pied d’argile.

Mais où est la génération Erasmus ?

Autour de nous, les uns et les autres parlent de cette génération Erasmus qui fera l’Europe de demain. Et en partant, l’un comme l’autre, on se dit qu’on fait partie de cette génération. On parle anglais, on voyage, on étudie comme une grande partie de nos interlocuteurs pendant ce voyage. Mais n’est pas Erasmus qui veut et pour tout ceux qui n’ont pas l’occasion de voyager, de parler anglais, l’Europe ne se laisse pas facilement approcher. De nombreux jeunes sont bien loin de la génération Erasmus, ils cherchent encore ou ne cherchent même plus les contours d’un projet qu’ils trouvent flou et qui n’a, pour eux, qu’une dimension bien souvent culturelle. Pourtant, certains tranchent : génération Erasmus ou pas, tous les jeunes construisent ce projet parce qu’ils n’ont pas d’alternatives.

Une Europe, mille requêtes

Dans chacune des villes où nous avons voyagé, les affiches des partis et des candidats se succèdent, présentant une Europe de demain qui doit faire rêver. Les mêmes visages, le regard tourné vers l’avenir. Moins d’Europe pour les uns, plus d’Europe plus les autres. Plus de social ou plus de liberté, on demande à l’Europe de dépasser nos différences, nos divergences, nos attentes, et de faire un. Plus on en demande à l’Europe moins on y croit et moins on s’y investit. Mais dans chacune des villes que nous avons traversées, les candidats semblent lointains, peu connus, voire pour certains jugés incompétents. Et demain, c’est loin. L’Europe comme une histoire que l’on voudrait raconter en photos, en mots, en plaques sensibles pour capter l’instant.

Ne pas oublier d’où l’on vient

On parle aussi en Europe, de nostalgie de la Yougoslavie comme on parle d’une ombre russe qui plane, parfois juste au-dessus des têtes. Mais il y a aussi et peut-être plus encore, cette impression que la jeunesse est frappée d’amnésie. Elle grandit dans un projet qu’elle n’a pas porté, et se sent-elle prête à reprendre le flambeau ? Elle oublie le poids d’un passé qui n’est pas si lointain. Et le scepticisme politique qui nous a entouré pendant ces quelques jours raconte aussi l’Europe dans sa complexité, dans son système de représentativité.

Anne-Cécile Delmusant et Rémi Hattinguais

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