Dès la lecture des premières critiques au dernier festival de Sundance, Call me by your name m’avait tapé dans l’œil. Après avoir regardé la bande-annonce, lu, vu, écouté toutes les interviews données dans la presse des acteurs principaux, Timothée Chalamet (dans le rôle d’Elio) et Armie Hammer (Oliver), épluché toutes les informations concernant ce film, j’ai enfin eu l’occasion de le voir.

La claque. L’uppercut. Le gros coup de cœur, qui s’est vite transformé en obsession. Comme lorsque l’on est à la veille d’un grand voyage, comme lorsque notre esprit refuse de revenir à la réalité même à la fin de ce voyage. Call me by your name a ceci de particulier, c’est qu’il colle à la peau. J’utilise l’excuse de le chroniquer, de le raconter ici pour m’affranchir une bonne fois pour toute de cette obsession. Attention spoiler !

Une autre temporalité

Call me by your name relate l’histoire d’Elio, un adolescent de 17 ans dans les années 80 qui se découvre, découvre son corps et qui fait pour la première fois l’expérience de l’amour avec un garçon, Oliver, un étudiant américain de 24 ans, chercheur en archéologie et assistant du père d’Elio, éminent professeur de littérature. C’est un récit initiatique. La force du film réside dans sa manière de nous plonger dans une autre temporalité. Nous sommes totalement absorbés, le monde s’est comme arrêté. Été 1983. Campagne lombarde. Un paysage idyllique, intimiste qui permettra à la tendresse de surprendre nos deux personnages. La chaleur de l’Italie du Nord transpire dans les plans-séquences de 30 secondes des champs, étendues vertes et lacs. Sans parler de la musique, électrisante grâce aux embardées pianistiques de John Adamsen, envoûtante avec Mystery of Love de Sufjan Stevens, qui donne envie de tomber amoureux sur Lady Lady Lady de Joe Esposito et Radio Varsavia de Franco Battiato.

La caméra épouse le point de vue d’Elio. Nous voilà dans son monde, dans son quotidien au bord de la piscine, sur le court de tennis, en soirée ou au piano, dans son esprit parfois torturé, bousculé, chamboulé. Le réalisateur Luca Guadagnino aurait pu tomber dans l’écueil d’un storytelling vu et revu d’un été adolescent, d’une histoire d’amour entre garçons, d’un récit de formation. Au lieu de cela, Call me by your name raconte l’intime et l’universel : la naissance et et la fin d’un premier amour. La relation entre l’adolescent et l’étudiant n’est pas immédiate, elle s’établit dans le secret et l’ombre. Le premier observe le second, le flaire, l’effleure avant de s’éloigner. Le temps s’écoule, l’été s’évanouit en même temps que l’histoire d’amour.

Vite et intensément

Call me by your name pose la question du temps, de cette injonction tacite de notre société : « il faut vivre vite et intensément ». Cette idée selon laquelle on ne peut vivre pleinement que si c’est rapide et intense. Je pense que même si ce n’est pas la première volonté de Luca Guadagnino, le film s’inscrit en opposition à cette norme tacite. Voir un personnage comme Elio prendre le temps, le temps de se questionner, de réfléchir, de s’amuser, de lire, de jouer ou simplement de ne rien faire, m’a fait me questionner sur mon rapport au temps.

L’intensité dans les relations humaines est également abordée. Dans notre imaginaire collectif, l’idée du véritable amour est souvent associé au fantasme de l’amour passionnel. Or l’amour entre Elio et Oliver est un amour auquel chacun de nous peut s’identifier : rien d’intense, rien d’extravagant et pourtant il y a une réelle alchimie et une sensualité qui se créé entre les deux personnages. Des sentiments simples et beaux, comme le témoignage du père d’Elio. Celui qui a décelé cette attirance discrète adresse un message de tolérance à son enfant. À la fin, Elio, déchiré par le départ d’Oliver, trouvera du réconfort dans les bras et les mots de son paternel.

Call me by your name est un film qui nous pousse à ressentir toutes nos émotions, même celles qui font peut-être mal. À voir absolument.

Miguel SHEMA

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