Le Bondy Blog : Grégory Nicolas et Charlotte Bayart-Noé, comment vous êtes vous rencontrés ? Et Grégory comment êtes-vous parvenus à vous faire éditer par « Rue des Promenades », la maison d’édition de Charlotte ? 

Grégory Nicolas : Au départ, je n’avais aucune connexion dans le milieu de l’édition. J’ai tapé sur un moteur de recherche « comment se faire éditer » et j’ai vite compris que c’était quasiment mission impossible, en tous cas, que si vous n’êtes pas du sérail, vous serez difficilement édité. Un jour, un libraire m’a fait découvrir Spéracurel d’Anna Dubosc, le premier livre édité chez « Rue des Promenades ». J’ai tout de suite été intrigué par cette maison d’édition, je suis donc allé faire un tour sur le site, et là je suis tombé sur un Manifeste d’une littérature décomplexée avec son temps. Ça m’a tout de suite parlé et je lui ai filé un manuscrit.

Charlotte Bayard-Noé : C’est sur ma boîte mail que j’ai reçu ce manuscrit. L’histoire tournait autour du vélo et j’y avais lu une scène de Paris-Roubaix absolument incroyable. C’est la raison qui m’a poussé à répondre à Grégory afin qu’on puisse convenir d’un rendez-vous ensemble. Pour les critères, ce qui fait que je penche pour un texte plutôt qu’un autre est son accointance avec notre ligne éditoriale : une littérature qui parle d’ici et maintenant, qui fait surgir le monde qui l’entoure et ne se contente pas de l’expliquer. Il y a aussi la conviction d’un éditeur sur un auteur à porter son propre texte, c’est un peu comme une histoire d’amour.

Bondy Blog : Charlotte Bayard-Noé, depuis combien de temps exercez-vous ce métier d’éditrice ? 

Charlotte Bayard-Noé : C’est en 2009 que j’ai fondé ma maison d’édition, après avoir pu bénéficier d’une levée de fonds par le Fongecif. On a commencé à s’installer en ne faisant exclusivement que du numérique, parce que c’est de là que je viens et c’était moins risqué financièrement. J’ai toujours eu l’ambition de faire du bi-media. Et je me suis rendu compte qu’en France, la place du livre c’est dans une librairie donc, depuis 2010, je me suis recentrée sur le format papier. Aux États-Unis, le marché du livre numérique est plus important car vous avez des vastes étendues de territoires dénués de librairies, ce qui n’est pas le cas en France.

Bondy Blog  : Grégory Nicolas, pensez-vous être un écrivain engagé ? Et êtes-vous parvenu à créer votre propre style ?

Grégory Nicolas : Tout dépend de ce que l’on veut mettre derrière le mot « engagé ». Mon acte politique, c’est celui d’écrire. Je ne me vois pas du tout comme un penseur et je ne me définis pas non plus comme un intellectuel. Par contre, je peux montrer des choses, en témoigner, dire des choses sur mon temps. C’est de cette façon que je conçois mon engagement. Concernant mon style,  j’écris avec joie et sérieux. Il y a une dimension hédoniste dans le fait d’écrire. C’est un peu comme quand je bois ou fais l’amour, j’essaie de faire ça bien. Ça prend du temps comme pour un paysan qui laboure son champs. Moi, je laboure mes mots, j’y reviens souvent, c’est devenu une obsession.

Bondy Blog : Parvenez-vous à atteindre un public jeune à travers vos œuvres ?  

Grégory Nicolas : Je suis jeune, j’ai 34 ans et j’écris pour les gens de mon temps. J’essaye de faire transparaître un peu de notre modernité à travers mon écriture, mon style. Plus que rock’n’roll, la langue dans laquelle j’écris, je la veux pop’. J’essaye de trouver le mot juste, la tournure de phrase qui va créer un lien avec le lecteur mais si le mot en question c’est “m****” ou “c*****” je ne m’en prive pas, je ne me censure pas. Mon livre Des histoires pour cent ans n’est pas seulement destiné à un public mature car celui qui veut entrer dans la chair de notre histoire y trouvera son bonheur. La violence est quelque chose que j’exècre, quelle que soit la forme qu’elle prend mais dans mon livre j’ai eu besoin de mettre en avant des scènes fortes pour faire passer un message. Je ne voulais pas que ces scènes soient parasitées par des éléments réjouissants, lyriques. Je ne me suis pas posé la question du public auquel je m’adressais mais je me suis placé du point de vue du personnage et je me suis demandé comme cette violence allait l’affecter, le marquer.

Bondy Blog : Considérez-vous que votre roman permet d’aborder les questions liées à l’histoire d’une manière charnelle ?

Grégory Nicolas : Pendant mes années en études d’histoire, j’ai lu beaucoup de livres très précis, très factuels, mais je n’arrivais pas comprendre les gens, à ressentir ce qu’ils vivaient. À mon goût, les récits universitaires sont essentiels car ils empêchent de tomber dans la révisionnisme ou dans une vision fantasmée de l’histoire. Mais à eux seuls, ils ne sont pas suffisants car ils manquent d’humour, d’émotion, d’humanité. La Grande Patience de Bernard Clavel, un écrivain que je trouve exceptionnel, est un parfait exemple de ce qui me plaît dans mes lectures. Ici, l’intrigue se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale. Et il y a une scène qui m’a marqué : durant 50 pages, l’auteur nous décrit les personnages principaux en train de préparer du petits bois pour se réchauffer. Durant ces 50 pages, il m’a fait sentir le froid, l’humidité.

Bondy Blog : Charlotte Bayard-Noé, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se faire éditer ?

Charlotte Bayard-Noé : Parmi les éditeurs, il faut recenser ceux qui, selon vous, correspondent à votre travail et voir si vous êtes en phase avec leur ligne éditoriale. Vous vous adresserez peut-être à un petit nombre de maisons d’édition mais vous le ferez de manière pertinente en leur présentant un projet cohérent et qui les concerne directement. Les auteurs font souvent l’erreur d’envoyer leurs premiers jets de manière aléatoire avec tous les adresses mails en copie. Honnêtement, ça ne donne pas très envie de lire. Il faut avoir conscience qu’il y a un long chemin, un long processus, avant de se faire éditer et que la capacité des maisons d’éditions à sortir des livres n’est pas illimitée.

Propos recueillis par Jimmy Saint-Louis

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