Ils s’appellent Nicolas Van Beveren, Guy Amram, Lenny Harvey. Vous les apercevez sporadiquement sur vos petits ou grands écrans, sur scène, aussi. Derrière ces acteurs se cachent trois visages de la tolérance, du vivre ensemble, des hommes unificateurs, plutôt que diviseurs. Portraits.

Nicolas Van Beveren

« Le métissage c’est savoir aller vers l’autre »

Né en 1982 aux Seychelles, Nicolas Van Beveren (Pas de Secrets Entre Nous, Le Grand Restaurant, Dogfight, Sous le Soleil de Saint Tropez, Plus Belle La Vie…), a grandi entre les îles et la France. Une double culture qui constitue pour lui une grande fierté : « ma double culture, ma double éducation, ma double vision de la vie a toujours été très enrichissante. Il y a autre chose que le ‘soi’, le métissage c’est savoir aller vers l’autre. J’ai toujours voulu avoir une compagne d’une origine différente pour continuer à apprendre, pour vivre des choses plus intenses et puis, selon moi, tous les enfants devraient être métissés. Déjà parce qu’ils naissent plus ouverts d’esprit… Et puis parce qu’ils sont beaucoup plus beaux ».

À propos de la tolérance, Nicolas Van Beveren est convaincu que, l’univers du cinéma étant un prisme, même sans être un acteur politique, les artistes devraient être clairement engagés. « On a la chance de pouvoir faire des films, de créer des personnages, d’avoir un discours et de toucher les gens. Il en va de notre responsabilité de défendre des films qui prennent position, de mettre en lumière des problèmes actuels. Et, dans notre vie personnelle, de nous investir dans des associations, de nous battre pour des causes, de parler pour certains mouvements ».

En ce qui concerne la morosité ambiante, il pense que les âmes qui se sont perdues sont sur ce chemin pour une bonne raison. « Peut-être doivent-elles passer par là pour se connaître, souvent c’est dans les abysses de l’âme que l’on arrive à savoir qui on est vraiment et quoiqu’il arrive il faut se battre pour ce que l’on est. Trouver sa vérité, qui n’appartient à personne d’autre » ajoute-t-il avant de préciser : « on ne naît pas raciste, antisémite ou xénophobe, on le devient, de par l’environnement, de par les peurs. C’est d’ailleurs l’une des responsabilités de l’état, de faire tomber ces angoisses. J’ai trouvé une étude selon laquelle tout ceci serait lié à la culture du pays, à proprement parler : une culture individualiste (celle du blé par exemple) fait éviter les interactions humaines or si vous observez les pays où l’on cultive le riz, avec une production en escalier et où l’échange est donc inéluctable puisque l’on doit travailler les uns avec les autres, vous trouverez une attitude générale nettement plus tournée vers l’autre ».

Question religion, il est issu d’une famille très chrétienne, mais avec beaucoup de sensibilité pour la magie, la sorcellerie. « Un côté philosophique, magique, lié un autre monde, auquel les Seychellois croient beaucoup ». Une particularité que l’on retrouve d’ailleurs souvent dans ses réalisations : actuellement en pleine création d’une nouvelle série en trois saisons, Vercingetorix, Nicolas avoue qu’elle mélangera les Vikings à l’univers de Game of Thrones… « J’ai vraiment envie de reproduire ce genre d’univers en France ».

Guy Amram

Guy couleur

« Faire de son existence un remake de film, c’est plutôt rater sa vie »

Qui n’a pas craqué sur « René Les Yeux Bleus » dans La Vérité Si Je Mens ? Sur Tonio, dans l’épisode vingt de la saison 3 de la série H ? À l’opposé de ces personnages de méchant aux répliques cultes, Guy Amram est un père de famille agréable, un mari aimant, bref un mec sympa, réfléchi et humble. Dans la vie, il vous parle avec gentillesse et bienveillance. Sur son compte Facebook, c’est toujours la bonne humeur et la tolérance qui sont à l’honneur. Né à Toulouse le 25 avril 1965, il y grandit jusqu’à ses vingt-trois ans, puis quitte la ville rose pour Paris. Heureux, même dans sa chambre de bonne, il s’attaque à la capitale, bien décidé à montrer son talent.

Un talent qui ne lui fait pas défaut : quelques castings, une dizaine de films ( Salut cousin !, Le Plaisir (et ses petits tracas), Grève party, Les Jolies Choses, Un Bébé pour mes 40 ans, Que Justice Soit Nôtre...) et plusieurs apparitions plus tard, il vient de boucler une série pour M6, Péplum et s’apprête à tourner dès 2015 la suite de la série Métal Hurlant. Avec Mariam Sissoko, sa ravissante fiancée, ils ont un fils, Sacha. Si la mère de Guy Amram a tenu à se convertir au judaïsme pour épouser son père, ce n’est pas quelque chose qu’il attend de la mère de son propre enfant. Une mixité tranquille, qui n’impose rien et ne fonctionne qu’avec le respect de l’autre. Élevé de façon laïque, il applique les mêmes préceptes au sein de sa petite famille : « mes parents ont mis l’accent sur la condition humaine plutôt que sur la religion » dit-il en toute simplicité. Autre valeur essentielle à ses yeux : être soi-même.

« C’est facile pour moi car des masques, j’en mets en permanence dans mon métier mais la vie est tellement plus simple quand on avance à découvert…». Lorsqu’on lui demande pourquoi avoir choisi le métissage, la réponse est des plus jolies : « ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qui s’est produit de façon instinctive, je n’ai pas choisi une femme avec une peau bien spécifique ou une religion bien répertoriée… J’ai vécu, j’ai aimé, j’ai rencontré quelqu’un avec qui ça matchait bien et tout s’est déroulé de façon naturelle. On arrive à vivre ensemble en bonne intelligence tout en éduquant notre fils de la meilleure façon possible. Ce n’est pas une réflexion en soi...». Et face au communautarisme étouffant, Guy Amram avoue qu’avec « toutes les bonnes raisons de se mettre en colère, il vaut mieux éviter de rentrer dans ces considérations là. Ma vision du monde a changé et a évolué avec l’âge, je n’ai pas de réponse absolue mais j’essaie d’être le plus proche possible de mon prochain ». Et ce prochain, il tient à lui dire que « le monde est plus beau que ce que l’on pense, il ne se divise pas en deux ou plusieurs camps, c’est une unité, il n’y a pas de combat spécifique à mener contre l’être humain, il suffit de profiter du don que Dieu nous a donné : la vie ». Il tient aussi à préciser « qu’il ne faut pas vivre en critiquant les autres ou en essayant de vouloir les changer, il faut simplement les laisser vivre en paix. La tolérance a toujours mené plus loin que l’exigence ».

De la tristesse des déchirements de notre époque, Guy Amram préfère se souvenir des années 80 « où les juifs, les rebeus, les blacks, les blancs étaient dans la même classe, mangeaient ensemble, se foutaient de savoir quelle religion prévalait sur une autre ou quelle idée politique était plus profitable… On en avait rien à cirer de tout ça. Aujourd’hui, on est de moins en moins religieux ou politisés et pourtant on brandit les armes comme si notre vie dépendait de ça. Or notre vie ne dépend pas de ça. Miser sur la politique ou sur la religion est antinomique avec le fait de miser sur la vie. Après je suis comédien, je ne vois pas très bien en quoi ma position doit être suivie par d’autres personnes… Moi, tout ce que je peux dire aux prochaines générations, c’est qu’il faut partir du principe que Scarface, c’est un bon film et pas un mode de vie. Je vois tout autour de moi des gamins qui pensent ça…. Mais faire de son existence un remake de film, c’est plutôt rater sa vie ».

Lenny Harvey

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« Je n’ai pas choisi le mélange, c’est la société qui a choisi pour nous »

Lenny Harvey, c’est un humoriste décapant qui a intégré en 2010 le collectif « Bordel Club » créé par Kyan Khojandi et Kheiron (Bref), avant d’entamer une saison au Jamel Comedy Club en 2012. En 2013, il nous a régalé au Zénith de Lille lors de la tournée de la troupe Adopte Un Comique, produite par Kader Aoun. Dans son agenda, quelques premières parties de Norman et de Mathieu Madénian à Paris et en Province, et son spectacle, Ce que pensent les mecs, qui reprend en janvier 2015.

Né à Paris, Lenny Harvey grandit entre plusieurs villes, nage au milieu de plusieurs mentalités mais reste cool face à toutes les situations. Sa religion ? « Je n’en ai pas vraiment, on va dire que je me soumets à la volonté de Dieu sans mettre un nom dessus, Islam, Catholicisme, Judaïsme…».

Sa carrière ? « En deux mots : ascension et galère ». Des valeurs à avoir sur soi ? « Le respect de soi, la confiance en soi, ne jamais lâcher prise dans ce que l’on fait ». Le métissage ? « Je n’ai pas choisi le mélange, c’est la société qui a choisi pour nous. On vit dans un milieu cosmopolite, au sein d’une France métissée donc ce n’est plus un choix, c’est un mode de vie. Tout petit, j’ai vécu dans un environnement très « blanc », d’abord en Picardie dans un petit village de deux cents habitants, ensuite à Nice au début des années 90 où les noirs n’étaient pas en masse là-bas… Puis à Paris, où mon style de vie a radicalement changé ».

Sur la question des combats pour la paix, il estime « ne pas être Mandela ». De son point de vue, s’appliquer dans ce que l’on fait est la meilleure des armes : « Le style de racisme change, la société évolue, pour l’instant j’essaie juste de bien faire mon taf : c’est en donnant une bonne image de soi que l’on peut faire évoluer la façon de voir de certaines personnes...». S’il y avait un message à faire passer, pour Lenny Harvey ce serait: « faites bien les choses et ne vous souciez pas du qu’en-dira-t-on. Les générations futures ne vivront pas le racisme et l’exclusion comme nous on l’a vécu, comme nos parents l’on vécu et les leurs avant eux. Les générations précédentes auront déjà fait 60% du chemin. À eux de faire le reste…».

Trois talents, trois modes de pensée qui mettent du baume au cœur. Alors, messieurs les producteurs, plutôt que de nous asséner les mêmes têtes d’affiche de films aux scénarios répétitifs, puis à vous demander pendant des réunions interminables pourquoi le septième art Français est si grippé, mettez-nous ces belles âmes en premier rôles, peut-être que nous reprendrons goût aux salles obscures…

Pegah Hosseini

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