Les habitants du quartier des 4 000 à la Courneuve en Seine-Saint-Denis n’en reviennent toujours pas de l’attaque à la voiture bélier qui a entièrement détruit la médiathèque John Lennon dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 juin. Des centaines de livres, romans, manuels scolaires, journaux, CD aussi sont partis en fumée. Deux mois plus tard, le bâtiment est fermé et la reconstruction n’a pas encore commencé.

L’établissement culturel de 250 mètres carrés était un lieu unique dans ce quartier de La Courneuve et l’un de ses objectifs était de contribuer à la cohésion sociale. Loin d’être un lieu clos, elle encourageait les habitants à s’investir dans la vie de leur cité. Les enfants pouvaient venir lire, leurs aînés pouvaient venir participer aux ateliers d’écriture, il y avait aussi des cours d’aide à l’apprentissage de l’informatique et les ados et les parents y trouvaient une aide précieuse pour accomplir des démarches administratives.

Un vigile, quelques pancartes mais une médiathèque toujours fermée

Aujourd’hui, cette ambiance n’est plus au rendez-vous. Seul un vigile surveille la porte d’entrée restée fermée. Devant la médiathèque, trois grandes pancartes attachées aux grilles apportent un peu de couleurs. Sur l’une d’elle, quelques vers du poème « A qui la faute ? » de Victor Hugo évoquant une bibliothèque brûlée. « Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?  – Oui. J’ai mis le feu là. – Mais c’est un crime inouï ! Crime commis par toi contre toi-même, infâme ! »

Sur un autre panneau, des petits phrases reprennent la colère des habitants et soulignent l’attachement à leur médiathèque : « Je ne comprends pas pourquoi il y a eu cet acte criminel, que je condamne, qui a privé nos enfants d’une bibliothèque » ou encore « Je me souviens d’avoir joué à cache-cache, la meilleure cachette est au fond de la bibliothèque, dans la salle de travail ». 

Notre médiathèque nous manque trop. Elle faisait partie de notre vie

Ce jeune garçon rencontré devant ce qu’il reste de la médiathèque John Lennon, se souvient du temps passé là à réviser ses cours. Antoine est toujours sur la liste d’attente pour son orientation sur la plateforme du Parcoursup : « Notre médiathèque nous manque trop. Elle faisait partie de notre vie. C’était le seul endroit où toutes les tranches d’âges du quartier et des alentours pouvaient se rencontrer. Une médiathèque comme celle-là contribue beaucoup au vivre ensemble, c’est un bien commun très important ».

Sandrine Mellier, 22 ans, étudiante en Master en Science politiques à l’université de Panthéon-Sorbonne, reste très attachée à la médiathèque qui lui a permis d’acquérir une véritable aisance pour lire, écrire et se concentrer pour faire ses devoirs. « La médiathèque était un lieu qui nous aidait beaucoup pour travailler. Je venais souvent ici après mes cours, c’est un lieu qui me permettait de bien me concentrer pour faire mon travail. Mais au-delà de cet aspect, la médiathèque était à la portée de tout le monde, c’était un lieu culturel. On pouvait y apprendre et y découvrir plein de bonnes choses enrichissantes et utiles dans notre quotidien. Voir aujourd’hui la médiathèque fermée dans ce quartier c’est vraiment triste. Nous avons encore besoin de ce lieu ».

Des travaux qui dureront des semaines voire des mois

La fermeture de la médiathèque John Lennon, alors que la rentrée scolaire se fait aujourd’hui, interpelle les parents d’élèves comme Adja Diop, 41 ans, est mère de trois enfants. « C‘est maintenant qu’elle est détruite que nous comprenons vraiment comment la médiathèque était utile pour nos enfants. On les y aidait à faire leurs devoirs. Quand mes enfants me disaient qu’ils allaient à la médiathèque, j’étais rassurée. Pour une mère comme moi, c’est satisfaisant de voir ses enfants fréquenter un tel lieu. Aujourd’hui il n’y en a plus, il faut aller ailleurs. J’espère que les travaux vont aller vite. »

Il faudra pourtant sans doute compter en mois, voire en années, avant que la médiathèque ouvre à nouveau ses portes, explique la mairie. En attendant, une bibliothèque éphémère devrait être installée tous les mercredis et samedis après-midi dans le centre culturel Jean-Haudremont en attendant la reconstruction de John Lennon. Les activités mises en place pendant l’été comme les bibliobus et le kiosque automatique qui permettent aux habitants d’emprunter des livres verront leur activité prolongée à la rentrée place de la Fraternité tous les mardis de 16h à 18h.

Kab NIANG

Articles liés

  • « Une mission locale, ce n’est pas un Pôle Emploi pour les jeunes »

    Ce lundi 3 juin, le réseau des missions locales d’Ile-de-France se rassemblait rue de Grenelle pour contester la baisse des financements que leur alloue le ministère. Dans le viseur des agents des missions locales, la course à la performance, des chantages à la fusion et une logique qui les asphyxie. Reportage.

    Par Anne-Cécile Demulsant
    Le 05/06/2019
  • A Ivry, une classe en plein air contre l’école de Blanquer

    Partout en Ile-de-France, la mobilisation contre la loi pour une école de la confiance se poursuit. Au-delà des grèves, des opérations « école déserte » ou des manifestations, des formes d'expression originales se créent. Exemple à Ivry-sur-Seine, où les parents d'élèves ont pris l'initiative de faire la classe... en plein air pour sensibiliser à la loi Blanquer. Reportage.

    Par Bondy Blog
    Le 28/05/2019
  • Le « procès de la transphobie » laisse un goût amer

    Les images de l'agression de Julia, place de la République à Paris le 31 mars dernier, avaient suscité un tollé général. Le procès de son principal agresseur, un jeune homme sans-papiers de 23 ans, avait lieu hier au tribunal correctionnel de Paris. Il s’est soldé par une condamnation et la reconnaissance du caractère transphobe de l'agression, fait majeur sur le plan symbolique. Récit.

    Par Arno Pedram
    Le 23/05/2019