France 4 diffuse ce lundi soir un documentaire dans lequel six jeunes se livrent sur leurs histoires d’amour. Des premiers baisers, de l’annonce à la famille, des potes à qui l’on cache son histoire en passant par l’homosexualité, tous les thèmes sont abordés sans tabous. 

Le premier baiser ? « Beurk, dégueulasse », se souvient Trésor. Dans L’Amour en cité, diffusé sur France 4, ce lundi 15 à 23 h 25, six jeunes âgés de 21 à 33 ans, racontent leurs histoires amoureuses. « Quand tu tiens la main à une meuf dans la cité : attentat à la pudeur », s’amuse ensuite Trésor. Cette phrase qu’il balance sourire aux lèvres en dit long. Ce sentiment qui lie deux êtres est un tabou ici. Et Jacky, Ali, Farah, Sofiane et Julie arrivent ensuite pour confirmer la légende. Pour autant, les témoignages de ces gens sont centrés sur deux sujets : le rapport avec l’autre au sein de la cité et surtout l’acceptation de son amour par la famille.

Aux vues des premières réactions, ce documentaire serait « un cliché qui stigmatise encore les banlieusards et le racisme des communautés les unes envers les autres ». Mais à aucun moment de ces 48 minutes, je n’ai senti un mensonge ou une amplification de la réalité. Dans l’histoire de cinq d’entre-eux, j’y ai vu un peu de moi, de mon parcours et de ma vie. L’histoire de Sofiane, ce maghrébin qui découvre son homosexualité au collège et devient « la bête de foire qui préfère contourner le chemin de l’école à la maison » parce qu’il a peur du regard des autres qui sont désormais tous au courant de son orientation sexuelle, ne me reflète pas vraiment. Cependant, il me rappelle des jeunes garçons que j’ai connu dans une situation identique qui aujourd’hui, ont quitté leur cité parce que trop persécutés par « ces hommes qui sont pas Pd ». D’autres ont cependant fait le choix d’assumer et continuent leur vie chez leurs parents et « tchek » encore les lascars du coin comme avant.

Je suis imprégnée par cette cité qui m’a vu grandir. Et jamais je n’ai vu l’amour s’exhiber fièrement parmi nous. Après 5 années de mariage et deux enfants, ceux qui se sont connus ici ne marcheront jamais en se tenant la main. Pire encore, le baiser y est interdit. En cachette oui, on se dit « je t’aime » et on s’embrasse. On s’appelle chéri(e) et on se donne rendez-vous à quelques stations de bus ou métro d’ici pour ne pas être vu par les gens du quartier.

Le mec fou amoureux de sa copine ne le montrera jamais devant ses potes. « Ouai, allô j’suis occupé, j’te rappelle » vont balancer ces mecs à leur copine qui appelle le soir pour entendre la voix de leur amour avant de dormir. Et quelques minutes après le téléphone sonne, c’est lui : « désolé bébé, j’étais avec les potos. Tu comprends je vais pas te dire des mots d’amour devant eux sinon ils vont me traiter de canard et me rendre ouf pendant des jours ». Pourtant ils savent que ces deux là sont ensemble. Quand la fille passe au loin, tous vont s’amuser à lui dire « Regardes il y a ta meuf ». Mais jamais elle ne s’arrêtera pour lui parler. Le téléphone sonnera, un petit sms : « ta tenue est vraiment jolie chérie, on se voit ce soir », elle recevra. Et fière, elle se dira que son chéri fait attention à elle.

La famille est le second thème abordé. Jacky confie sa relation sans tendresse avec sa mère, qu’elle respecte énormément. Sofiane raconte ce jour où son père lui a demandé de revenir à la maison et Ali, lui, comment il s’est battu. Personne ignore que la mixité culturelle peut être un problème chez nous (habitants des cités). « Chacun sa culture », cette phrase a sonné comme un poignard en plein cœur quand je l’ai entendue alors que je n’avais que 16 ans. Pourquoi nous ne pourrions pas nous mélanger ?

Le métissage est l’avenir de cette France de toute façon, qu’on le veuille ou non, il est là et grandit un peu plus chaque jour. Ali confie à quel point cela a été compliqué de faire accepter sa compagne blanche, lui le Malien musulman. Après un « non » catégorique de son père, il a fini par s’imposer. Farah, elle, ne pensait pas que son père, Algérien, accepterait de donner sa main à Mathieu, son premier amour. Quant à Trésor, lui, il n’imaginait pas une seconde finir en sang au sol après s’être marié avec une maghrébine.

L’Amour en cité brasse toutefois des thèmes tout aussi intimes : le premier baiser, la séduction, les parents, la rupture, les potes, les différences de couleurs de peau ou de religion, les gestes d’affection et ces mots doux que l’on s’interdit de dire devant les autres. Il faut cependant mettre une nuance, ces témoignages sont leurs histoires et non celles de tous les banlieusards. Elles sont cependant la mienne.

Inès el Laboudy

httpv://youtu.be/1J-eUoFutwk

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