Tous les jours ou presque, j’emprunte la ligne 5 du métro afin de me rendre à l’université ou au boulot. J’habite au terminus, Bobigny Pablo Picasso. La 5 prend sa source en banlieue et termine en plein cœur de Paris, Place d’Italie. Le monde entier est sur cette ligne. A Porte de Pantin monte la population juive, reconnaissable chez beaucoup aux kippas et bouclettes.

Stalingrad ensuite, où croise la ligne 2, en direction de Place de Clichy, entre autres stations. Et là, c’est le tout Pigalle qui surgit : des hommes épilés comme des mannequins, des travestis, des transsexuels. La ligne 2 donne également accès à l’Algérie, heu, Barbès, pardon. Les voiles, les odeurs de pain dans les sacs, on a l’habitude. Nous voici à la moitié du trajet, Gare du Nord, avec sa population africaine, mais aussi son grand nombre de touristes et leurs grandes valises, bouteilles d’eau à la main.

A Gare du Nord, les SDF qui dorment sur les sièges du quai montent parfois pour nous faire entendre leurs discours, qui se répètent d’un wagon à l’autre. De sacrés numéros, sur la ligne 5 ! Une jeune demoiselle rom d’une quinzaine d’années se prend sûrement pour Mariah Carey à monter si haut dans les aigus. Et son compagnon à l’accordéon. Je dois dire que tout cela me donne le sourire de bon matin.

Vient ensuite le « carrefour » République. Après Gare du Nord, c’est l’une des stations où les wagons se vident et se remplissent en quelques secondes. Ici, des correspondances pour les endroits chics : Champs-Elysées, Levallois-Perret, Opéra, Trocadéro, Daumesnil, etc. Bastille arrive, lieu de rendez-vous des après-midis jeunesse, avec son Indiana Café ou encore son Paradis du fruit tout proches.

A Gare d’Austerlitz, du beau monde encore et de nombreux touristes qui débarquent des trains de nuit. Nous voilà peut après au terminus, Place d’Italie : le centre commercial Italie 2 et des fast-foods à foison, dont un KFC très prisé. De nombreux jeunes de banlieue viennent chercher un boulot dans ces commerces. « Bosser dans un MacDo parisien c’est plus supportable qu’en banlieue », confient des Balbyniens.

L’ambiance, maintenant. Des ados s’éclatent avec de la musique sortant de leurs iPhone, comportement particulièrement irrespectueux pour le reste des passagers. Calmes, des gens plus âgés potassent en vitesse leurs notes avant d’aller en examens ou entretien, des enfants crient parce que leur mère ne veut pas les laisser jouer avec les sièges rabattables. Des personnages assez curieux, qui ont envie de parler, de se confier à quiconque s’assoira en face d’eux.

Je me souviens d’un jour où je me rendais au terminus Place d’Italie. Un jeune homme en costume cravate, petite mallette à ses pieds, iPphone en main, est assis dans la rame wagon. A la station Eglise de Pantin, un SDF monte et s’assoit face à lui. Il s’observent longuement, le contraste vestimentaire est frappant. L’homme sans domicile entame la conversation avec le jeune à l’iPhone. Pourquoi porte-il une cravate ? « Un entretien important », répond le jeune. Durant les 30 minutes de trajet – ils descendaient au terminus également – je les ai vus rire, bavarder, comme de bons vieux amis. A croire qu’ils se connaissaient depuis toujours.

Chacun raconta sa vie brièvement et mon oreille traînait bien entendu. Cela m’a fait prendre conscience que trop de gens sont jugés sur leur tenue. L’habit ne fait pas le moine, dit-on, et on a bien raison. Voir ces deux hommes se serer chaleureusement la main arrivés Place d’Italie, se souhaitant tout plein de bonnes choses pour l’avenir de chacun, m’a marqué. Le métro, c’est positif quand on ne prête pas attention aux odeurs, bruits et secousses de la rame. On peut y faire de sacrées rencontres.

Inès El Laboudy

Paru le 4 mars 2010

Soutenez le Bondy Blog

Pour continuer à faire son travail éditorial et développer ses contenus, le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez-nous en participant à notre campagne de financement.

Articles liés

  • Samia Saadani, co-créatrice de « Hrach is beautiful » : « Le cheveu naturel, c’est l’émancipation ! »

    Chez les familles maghrébines, avoir les cheveux bouclés, frisés, crépus est souvent dévalorisé au profit du cheveu lisse. "Hrach is beautiful" ("le cheveu crépu est beau") ambitionne de revaloriser les cheveux naturels nord-africains. Le mouvement s'est lancé ce mardi 10 avril dans le 19e arrondissement de Paris. Rencontre avec la co-créatrice du mouvement, Samia Saadani

    par Sonia Salhi
    le 12/04/2018
  • À Bobigny, l’enfer des habitants de deux tours privées d’ascenseurs

    Deux immeubles, l'un de neuf étages, l'autre de dix, sont privés d'ascenseurs depuis six semaines pour l'un, trois mois pour l'autre. Les locataires n'en peuvent plus. Parmi eux, plusieurs malades dont certains en fauteuil roulant qui ne peuvent sortir de chez eux. Comme Maguy, 55 ans, emprisonnée chez elle depuis trois mois. Ils pointent la responsabilité de leur bailleur, France Habitation. Reportage

    par Ferial Latreche
    le 09/04/2018
  • À Montreuil, portraits de deux parents d’élèves engagés et jugés pour violences sur un policier

    A.V. et B.B. sont les deux parents d’élèves jugés pour violences sur un policier. Interpellés le 27 septembre dernier, ils manifestaient pour la fermeture de l’usine Snem dans le quartier des Buttes à Morel à Montreuil (93) qu'ils jugent toxique. B.B. risque 4 mois de prison avec sursis. La décision est attendue ce mardi 3 avril. Portraits croisés.

    par Amanda Jacquel
    le 03/04/2018