De toute manière, cela ne sert plus à rien de s’adresser à vous. A vous, le peuple. On vous a trop écrit. On vous a trop harcelé. Trop parlé. Trop promis. Trop menti. Les politiques vous ont toujours voulu du bien et puis, ils ont toujours fini par vous donner des coups. Et vous, vous les avez pris, les coups. Vous vous êtes couchés, parce que vous ne voulez plus rien faire d’autre que vous coucher. Juste dormir et prendre les coups, les prendre dans les côtes et dans la gueule. Attendre que la douleur passe.
Vous avez pris les coups des journalistes qui vous ont souvent bafoués, des politiques qui vous ont trop souvent oubliés, de vos proches qui vous ont peu considérés, de vos enfants qui sont des échecs, des riches qui vous narguent avec des billets que vous n’aurez jamais, de vos patrons qui vous demandent de lécher le sol jusqu’à la fin du monde et vous léchez parce que vous n’avez pas le choix de faire autrement, des racistes qui ont réussi à vous faire douter de vous-même. Vous avez pris les coups. Vous les avez mangé, les coups. Et maintenant, vous dormez parce que vous êtes assommés.
Sauf que la nuit, il se passe des choses dehors. Mais vous n’avez plus la force. Vous préférez dormir et vous boucher les oreilles. Ne pas entendre parler du « reste ». On peut le comprendre, c’est sûr. Vous avez pris trop de coups. Vous êtes blessés. Vous êtes presque morts. Vos factures, votre loyer, les courses trop chères qu’on vous force à faire, les tremblements du monde, la misère des peuples, les lois où l’on vous promet moins de liberté, les attentats, les rêves auxquels vous n’avez jamais cru. Trop de coups, trop de maux.
Pourtant, pendant que vous dormez, il se passe des choses dehors. Le maire de Beziers fait des statistiques de musulmans dans sa ville. Avec le prénom des enfants scolarisés. Et vous vous dormez, parce que vous avez déjà trop mal. Parce que ça, c’est du plus. C’est le « reste ».
Sauf que ça, c’est grave. C’est honteux. C’est ça même qui devrait vous faire bondir, maintenant. Vous faire vous réveiller. Et mettre des coups, à votre tour. Comme une collégienne qu’on ne laisse plus aller à l’école, parce qu’elle porte une robe. Comme une ministre de l’Education qui en va de ses soupçons douteux. Comme toute cette France incandescente qui, pendant que vous ronflez d’horreur, se met à bruler de honte.
Vous savez, peut être qu’on vous a déjà trop parlé. Trop dit ce que vous deviez faire. Mais il ne faut plus dormir quand on arrive à ce pire-là. Il faut se mettre debout. Il faut crier. Vous direz que ça ne sert à rien, mais on vous dira qu’on est une accumulation de sommes de choses qui ne servent à rien. Alors, maintenant, ne vous rendormez plus. Arrêtez de prendre les coups quand on vous les donne. Résistez à cette France facho qui ne vous ressemble pourtant pas. Vous ne méritez pas ça. Au moins, reprenez en main la dignité qu’on essaye de vous voler. Retrouvez vos forces. Et battez-vous.
Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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