République (III° arrondissement) est une vieille dame, mais son coeur bat encore et donne le pouls à la capitale. Un rythme impulsé par les manifestations et les luttes qui parcourent les artères de Paris.
Samedi 18 avril, Place de la République à Paris, ils étaient des milliers à être venus défendre la musique et le disque. La musique physique ; c’est à dire des sons qui s’envolent sous nos yeux, d’une scène, qu’on applaudit, et des gens qui vendent des vinyles. Des vrais gens, qu’on peut toucher. Pas ceux qu’on enferme dans l’onglet « téléchargement » de son ordinateur.
En effet, la semaine dernière, un rapport de la Fédération internationale de l’industrie phonographique annonçait que les revenus de la musique se partageaient maintenant à part précisément égales entre les ventes de disques, et les ventes numériques. 50 % — 50 % . On y est. À la fin de cette cinquième édition du Disquaire Day qui donne un peu vie à un secteur malade d’une transition numérique illusionniste où l’accès et le gratuit semblent régner en maîtres, l’amateur du disque, de l’objet, du palpable, repart avec quelque chose entre les mains.
IMG_6871Le lendemain, c’est dimanche. Les services de propreté de Paris ont fait leur boulot, et la place de la République est prête à assumer d’autres combats. À porter d’autres idées. Qui sera de la partie cette fois ? J’appelle… le DAL : l’association qui défend le droit au logement. Même concept : repartir avec quelque chose entre les mains. Ou plutôt sur la tête. Plus de scène montée au centre. On descend d’une gamme. La « République » comme on l’appelle accueille simplement un groupe de personnes, qui sont réunies devant d’immenses bâches bleues, à gauche de la place. Bien plus à gauche… Sur les panneaux dont coule la peinture du mot « droit », du mot « toit », on voit moins d’encarts partenariats c’est sûr. Il y a moins de caméras aussi. Moins de monde. La musique, elle, est toujours là, et les gens dansent ; ils chantent au micro que « ce que l’on veut c’est un toit ». « Pour quand ? Pour aujourd’hui ! » Répondent-ils en cœur.
Si la musique ne sait plus où se foutre, ces gens-là non plus. Ils s’entassent là comme un fichier mp3 parce qu’il n’y a plus assez de place ; parce que donner corps à de la musique avec un CD ça coûte trop cher. Mais ils ne cèdent pas. Ils sont 50 à avoir été expulsés d’un immeuble dégradé qu’ils occupaient depuis 2 ans, à Boulogne-Billancourt (92), sans solution de relogement. La trêve hivernale étant finie, le beau temps revenu, les spéculateurs immobiliers ont pu reprendre un peu de poil de la bête après un hiver rude, et les pouvoirs publics se sont dits que finalement, dehors, ce n’était pas si mal… C’est vrai, c’est pas mal. Il y a une bonne ambiance, les passants écoutent le tam-tam, les enfants dansent et font de la trottinette entre les tracts dispersés par terre.
« Vous dormez là depuis longtemps ? – Un peu plus de deux semaines. » « Et hier soir vous n’étiez pas là, n’est-ce pas ? – Non, on ne pouvait pas, car hier il y avait des concerts ici. » Oui, hier c’était le Disquaire Day. Mais dans le fond, c’était un peu le même combat. Une histoire d’accès. Une histoire de corps, de matière, qui prennent trop de place. Et qui coûtent trop cher. Alors on réduit… on réduit… on compresse, on comprime. Pour qu’une moindre place puisse en contenir plus. Plus de quoi ? En tout cas… moins de droit. Des droits d’auteurs, des droits de toits. Des droits de corps. Des droits de gens. Le même combat, à ceci près qu’un Homme, une famille, un enfant qui dort dehors ça se voit. Ça ne peut pas être discret, se jeter dans la « corbeille » ou tenir sur une clé USB.
Alice Babin

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