Les médias se sont déplacés en masse ce samedi 21 juillet 2018 pour la marche en hommage à Adama Traoré. Le jeune homme de 24 ans est décédé dans les mains de la gendarmerie de Persan le 19 juillet 2016 dans des circonstances encore floues. C’est à la gare de cette commune du Val d’Oise) que l’évènement a commencé. Direction le quartier de Boyenval à Beaumont-sur-Oise d’où était originaire Adama Traoré et où vit toujours sa famille.

Rassemblement large

Cette année, contrairement à l’année dernière, la marche a rassemblé des personnes venant de Paris et d’autres quartiers populaires. C’est d’ailleurs dans ce but que le Comité pour Adama sillonnait depuis plusieurs semaines les quartiers populaires d’Ile de France. « C’est génial de voir qu’en plein mois de juillet, dans une ville très enclavée, des personnes venant de Bondy ou de Mantes-La-Jolie, faisant parfois jusqu’à trois heures de voiture, sont venues participer à la marche », souligne Youcef Brakni, membre du Comité. Il y a les soutiens de la première heure comme l’AFA (action anti-fasciste) et plusieurs militants du mouvement social comme des syndicalistes d’Air France, des postiers, des Zadistes ou des étudiants.

On souhaite que ces députés qui font du beau travail concernant l’affaire Benalla et qui demandent des comptes à Collomb fassent le même travail pour la mort d’Adama

Plusieurs personnalités politiques ont également fait le déplacement comme les députés de la France Insoumise, Danièle Obono, Eric Coquerel, Alexis Corbière, l’ancien ministre Benoît Hamon qui a fait une apparition en début de marche ou encore Philippe Poutou… « Maintenant, on souhaiterait que ces députés qui font du beau travail concernant l’affaire Benalla et qui demandent des comptes à Collomb fassent le même travail pour la mort d’Adama« , affirme Youcef Brakni.

Cette marche était également l’occasion pour d’autres familles et représentants de victimes de violences policières de soutenir la famille d’Adama Traoré et de revenir aussi sur leur combat, comme les proches de Lamine Dieng, d’Ali Ziri, de Babacar Gueye, d’Aboubakar Fofana, de Gaya Camara, Laramy et Moushin…

Nous n’avons plus confiance en la justice à Paris

Deux ans après la mort du jeune homme de 24 ans, la procédure est toujours au point mort malgré un dépaysement de l’enquête à Paris. « Nous nous sommes battus pour sortir des mensonges de la juridiction de Pontoise et de leur volonté d’étouffer l’affaire de mon frère. Le dépaysement à Paris nous avait donné confiance. Aujourd’hui, moi-même, ma famille et le comité Adama, nous n’avons plus confiance en la justice à Paris. Nous sommes dans un déni de justice », a dénoncé Assa Traoré lors de sa conférence de presse.

Elle critique les lourdeurs et lenteurs de la procédure judiciaire. Preuve en est la synthèse d’expertise prévue, selon ses affirmations, pour janvier, repoussée initialement à mai avant d’être annoncée pour le 17 juillet et finalement une nouvelle fois reportée à septembre. « On voit qu’il y a une volonté d’étouffer l’affaire, en plus d’avoir asphyxié Adama. Les gendarmes n’ont toujours pas été entendus !», rappelle également Youcef Brakni. « Il y a une commission parlementaire pour Benalla mais pas pour Adama Traoré, qu’est ce que ça veut dire ? Quels messages on envoie à quelques semaines de la mort d’Aboubakar Fofana et à quelques jours où on découvre qu’un conseiller politique se déguise en policier pour frapper des manifestants ? » questionne-t-il âprement.

Il y a une banalisation de la violence policière

Taha Bouhafs, de profil ici, militant de la France insoumise est l’auteur de la vidéo du 1er mai qui, ressortie la semaine dernière et est à l’origine du scandale d’Etat actuel : le jeune homme est monté sur scène pour prendre la parole après la marche : « Cette vidéo je l’ai postée le 1er mai, 20 minutes après que ça se soit passé. A l’époque, les médias n’en ont pas parlée ! Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, il y a une banalisation de la violence policière. Emmanuel Macron si tu nous entends, je tiens à te dire que ça ne va plus passer !»

Les slogans de la marche de Beaumont étaient lourds de sens : « Libérez Yacouba, enfermez Benalla » en référence à l’un des frères d’Adama Traoré, emprisonnée, et bien sûr « Pas de Justice, pas de Paix ». Car, outre cette paix du coeur pour la famille et les proches d’Adama, c’est aussi la paix sociale qui est en jeu. « Un pays sans justice est un pays qui appelle à la révolte », résume Assa Traoré, rappelant que son frère est un citoyen comme les autres et que personne, ni l’Etat, n’avait le droit de lui ôter la vie.

 Là, vous allez partir, mais pour nous ça va continuer

« Les forces de l’ordre n’arrêtent pas de nous mettre la pression, affirme Lotfi, ami d’enfance d’Adama Traoré. Pas plus tard qu’il y a deux jours ils sont venus dans le quartier alors qu’on était en pleine organisation de la marche d’aujourd’hui. » Samedi, un hélicoptère rôdait en matinée au dessus du quartier. Des personnes venant de Paris ont également témoigné de contrôles d’identité sur la route ou à la Gare du Nord. Dans l’après-midi, le quartier était également quadrillé, de loin, par des camions de police. « Là, vous allez partir, mais pour nous ça va continuer » confie un habitant.

Après la marche, la foule arrive sur le terrain de foot de Boyenval où une scène a été installée, de quoi se ravitailler.

Sur scène, après les discours c’est une autre narration qui se met en place avec des amis d’enfance d’Adama qui viennent rapper leurs morceaux en l’honneur de leur ami perdu comme « Je suis Adama » par Saisai et « Adama Traoré » par J-White et Yomgui.

Derrière la scène, des photographies et des articles qui retracent la lutte ont été exposés en plein air, juxtaposant les portraits peints d’Adama et de Bagui Traoré sur les murs qui entourent le terrain de foot.

Pour clôturer la soirée, le film d’Hamé de la Rumeur, qui revient sur ce combat depuis la mort d’Adama, est projeté en avant-première. Non sans émotion. « On ne laissera jamais la mort d’Adama impunie. Ni la violence, ni le désordre, ne viennent de nous. Nos vies valent quelque chose »,  martèle Youcef Brakni. « A la rentrée, on va continuer à se rendre dans les quartiers en province ».

Amanda JACQUEL

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