Le Kawaa du 11 janvier est lancé ! Les voix s’affirment rapidement et le brouhaha s’empare du café. Les conversations fusent dont certaines sont passionnantes et d’autres sont constantes. Le temps est écoulé. Les 45 minutes sont vite passées. Les participants sur le départ promettent de revenir. « A bientôt » dit l’un, « à plus tard » dit l’autre. Suite aux événements de janvier dernier, le Kawaa ; entre chrétiens, juifs, athées, musulmans, agnostiques, athées ou autres ; ouvre le dialogue social pour vaincre les a priori. En 2015, 30 rencontres ont été organisées dans plus de 13 villes. Dans deux ans, l’objectif visé est d’un million rencontrées. Un projet bien ambitieux quand le nombre de participants s’échelonne autour de vingt personnes.
Il est 19h quand les inscrits s’installent dans le café L’Apostrophe, dans le 10e arrondissement. Ils ont appris l’événement sur les réseaux sociaux ou encore sur les affiches postées un peu partout en ville. Ils viennent souvent du réseau de l’animateur et de l’équipe Kawaa. Des curieux apparaissent par hasard. Pour la répartition, chaque participant doit cocher la case qui le correspond le mieux. Âge moyen : 30 ans. Mixité sociale : présente. Choisir de rencontrer l’autre et d’échanger avec lui devient une pause méritée et utile.
Pour aider à lancer la conversation entre binômes, un lot de questions permet de combler les moments d’absences. Si tu étais une couleur, tu serais quoi ? Une fête qui te tient à cœur ? Il existe trois cas de figure. La première est « une question et on part sur d’autres sujets » : la plus répandue. Il y a ceux qui veulent d’ores et déjà connaître tout sur l’autre « on ne choisit aucune question : on parle en fonction de nos demandes ». Le pire des cas « on joue à Question pour un champion » comme dirait Émilie. L’idée n’est pas de prendre les questions une par une, mais d’échanger le plus possible sur des sujets différents. Il faut prendre le temps de se rencontrer. Avec des organismes qui rassemblent des personnes non francophones, par exemple Singa qui s’occupe des réfugiés, Kawaa met aussi à disposition des dessins de presse. L’œuvre du street-artiste Combo, « coexistence », est l’image de marque par excellence. Dans son art, coexister est un mode de vie. Il est difficile de clôturer l’échange comme le justifie Émilie, coordinatrice Kawaa : « Quand on finit à 20h30, il arrive que certains restent jusqu’à 22h ».
Je rencontre Vincent, athée. Il n’aime pas le nom athée qui s’apparente à de l’absence selon lui. Cependant, il est bien présent. Il trouve cela surprenant que les enfants se distinguent par leur religion. « Mon ami était rebeu avant d’être musulman. Même pas, il était mon ami au foot, au jeu de billes, en classe. » D’abord jongleur, il est aujourd’hui gardien d’immeuble dans le 10e arrondissement. La religion, ça l’intéresse, mais pas plus que ça. Baptisé sans qu’on le lui ait demandé, il a baigné dans le milieu catholique. Il se demande en revanche pourquoi les salles de prières juives et musulmanes ne sont pas ouvertes à tous gratuitement. On aime tous les deux l’architecture des églises. Au fil de ses rencontres et de son combat contre lui-même, il s’est façonné sa propre spiritualité. « Je médite beaucoup. Dans ma jeunesse, j’ai longtemps voyagé. Cela m’a permis de me détacher de mes idées reçues. » La mixité convictionnelle et sociale, il la voit tous les jours. On réagit sur l’actualité. « C’est affreux. C’est quand même un parti de gauche au pouvoir, et puis on a Manuel Valls… ». On se rend compte du nombre de points communs que l’on a. Se dire que doucement on peut faire confiance à l’autre est primordial. Il est certainement venu se confier. C’est la troisième fois qu’il participe.
Sur un groupe de 25 personnes, généralement 3 à 7 personnes veulent animer un Kawaa par la suite. Ce fut le cas d’Amine, jeune ingénieur et récemment engagé dans l’associatif : « Je pensais que trouver un lieu pouvait être compliqué, mais finalement je me suis promené dans les rues de Paris et j’ai trouvé. J’ai expliqué la démarche au patron du café et il était enthousiaste ! J’aimerais amener les gens du quartier et surtout les personnes de banlieues. J’ai fait mon Kawaa dans le 13e arrondissement, le 21 janvier. Pour le Kawaa, on peut encourager les gens à se réunir à plusieurs à la fin. Les gens disent que c’est dommage de ne parler qu’à une personne, mais en même temps ils sont tellement à fond qu’ils ne voient pas le temps passer. L’autre solution c’est d’en organiser beaucoup. »
Yousra Gouja

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