Du virtuel au réel. Tous les jours, ils discutent, échangent, s’écharpent parfois. Ils s’envoient la photo d’un rond-point constamment bouché, partagent la date et l’heure d’une initiative ou communiquent leur inquiétude (« Vous aussi, vous avez des problèmes de réseau Free à Bondy Nord avec Free ? », demande par exemple Sarah ce vendredi). Les 6000 membres du groupe Facebook « Bondy ma ville » étaient invités à se retrouver, pour de vrai, ce dimanche 7 juillet au bois de Bondy. Une sorte de rencontre IRL (comprendre : in real life), pour passer des profils aux visages et des pseudos aux prénoms.

Yasmina est arrivée avant l’événement. Bondynoise pur jus, elle est venue aider à organiser l’événement, installer les tables, les ateliers… Elle a l’habitude d’organiser la fête des voisins et de réunir les gens autour de moments conviviaux. A peine les premières personnes arrivées que Yasmina est déjà interpellée par une femme, qui dit la reconnaître de vue. Yasmina ne la reconnaît pas mais celle-ci lui parle de son chien, décédé depuis, et de son attelle au pied qu’elle a eue pendant un moment. Une anecdote, une connaissance en commun, un échange et ce sont des liens nouveaux qui se nouent…

Une membre du groupe attend de pied ferme un homme : « le monsieur qui écrivait des petites nouvelles ». Elle raconte le plaisir qu’elle prenait à lire ses histoires, écrites dans un français parfait et bien racontées… Pendant ce temps-là, les gens se présentent, parfois timidement. On donne son prénom, son pseudo aussi pour permettre de faire les liens : « Moi, c’est Zia. Parce que mes enfants m’appelaient comme ça et puis pour Zia, le personnage des Cités d’Or. » Zia ne souhaite pas dévoiler son identité sur Facebook pour des raisons de protection de ses données personnelles.

Une pièce montée « Bondy ma ville »

Avec d’autres membres, ils échangent au sujet du dévoilement de leur identité sur les réseaux sociaux. Certains sont arrivés sur Facebook par hasard, à cause des enfants ou pour rester en contact avec la famille à l’étranger. Mais quelle que soit leur raison d’arrivée sur Facebook, leur adhésion au groupe « Bondy ma ville » était une évidence. Pour cette jeune maman qui préparait son concours d’institutrice des écoles, le groupe Facebook ont été une véritable bouffée d’air frais. Les échanges sur le groupe lui ont permis d’être informée de l’actualité de la ville, de participer à des débats ou encore de demander des informations.

Au bois de Bondy, les discussions vont bon train et les invités arrivent au compte-gouttes… 500 personnes en tout ont répondu présent à l’événement. Elles ont toutes joué le jeu : apporter un plat fait maison. Certains qui avaient annoncé en avance leurs réalisations sur Facebook sont attendus avec plus d’impatience que d’autres. C’est le cas de l’homme qui a réalisé la tarte aux abricots, tube de ce dimanche… Le buffet qui attendait, ou plutôt qui n’attendait personne, était à l’image des personnes présentes : divers et varié. Katia, une membre du groupe, a confectionné deux gâteaux et une pièce montée en hommage au groupe Facebook.

Les commerçants ont aussi joué le jeu et ont permis aux membres de goûter leurs produits. A la baguette, Fatine Ahmadouchi, conseillère municipale déléguée à la communication et à la promotion du territoire, qui a créé ce groupe : « C’est un événement 100% bondynois. Les entreprises, les commerçants et les restaurants de la ville se sont mobilisés pour faire de ce moment une réussite. » Pour l’instant, le collectif ne peut pas bénéficier de subventions de la mairie car l’association est encore nouvelle mais cela n’a pas empêché les membres de s’organiser pour donner vie au collectif. Tout ce qui a été apporté a été récupéré et/ou sera réutilisé. Pas de gaspillage, c’était le mot d’ordre.

Michaël, le photographe proclamé de « Bondy ma ville », est présent. Récemment mis à l’honneur pour les qualités de ses photos, ce passionné partage régulièrement ses clichés dans le groupe Facebook. Il raconte que souvent les gens interprètent ses photos de manière très subjective, ce qui éloigne la photo de son esprit initial. Tout au long de l’événement Michaël est sollicité par la foule, chacun veut immortaliser son moment. Younes, lui, gère la playlist. Le jeune homme est occupé. Occupé à varier la musique entre Aya Nakamura et Aya Nakamura. Un véritable fan qui connaît les paroles sur le bout des doigts.

C’est dans cette atmosphère de rencontres que s’est déroulée le pique-nique de « Bondy ma ville ». Une journée ensoleillée ponctuée par quelques happenings, la lecture de contes pour les enfants, la prestation d’un orchestre ou d’un collectif de danse… En quelques heures, le groupe Facebook est devenu réalité au bois de Bondy. Au vu des sourires affichés, ça n’avait l’air de déplaire à personne.

Khaoula BEN AZOUNE

Crédit photo : KBA / Bondy Blog

Articles liés

  • Les quartiers populaires discrets à la marche pour le climat

    Sept degrés en plus d’ici 2100, montée des eaux de 84 centimètres… D’après les nouvelles projections scientifiques, le réchauffement climatique sera pire que prévu si l’on continue à vivre ainsi. Ce samedi, 15 000 personnes s’étaient réunies à Paris pour crier l’urgence de la situation. Mais les habitants des banlieues ne semblaient pas nombreux dans le cortège parisien. Reportage.  

    Par Masisilya Haboudou
    Le 23/09/2019
  • Hassan Hajjaj à la MEP, une expo qui vous envoie tout droit au Maroc

    Hassan Hajjaj a envahi la Maison européenne de la photographie, à Paris. L'artiste anglo-marocain est partout à la MEP, sur les murs, dans le mobilier, sur les écrans, dans la déco... Une manière de se plonger dans son univers, dans les rues marocaines et dans sa vision de la société. Mohamed y a été et y a chopé la nostalgie du bled. Reportage.

    Par Mohamed Errami
    Le 20/09/2019
  • Brown-out : quand le travail n’a plus de sens

    Moins bien connu que ses cousins le burn-out et le bore-out, le brown-out est moins visible mais plus insidieux. Ce nouveau syndrome de souffrance professionnelle peut se traduire de façon simple : c'est quand on ne trouve plus de sens à son travail. Pierre, Mohammed et Laura sont passés par là. Témoignages.

    Par Houda Hamrouni
    Le 19/09/2019