Sous le grand chapiteau blanc érigé 10 rue Anatole-France à la porte de Paris, à Saint-Denis, un restaurant solidaire ouvert à toutes et à tous sans aucune distinction de ressource, de genre, d’origine ou de religion a pris place pour la dixième année consécutive. Chaque soir du Ramadan, près de 1200 couverts sont servis par une centaine de bénévoles du Secours Islamique de France (SIF) afin de partager le moment traditionnellement chaleureux de l’iftar, la rupture du jeûne.

Dès 10 heures du matin, ce vendredi-là, quelques bénévoles s’attellent déjà à l’organisation et à la préparation du service du soir dans une ambiance bon enfant. Pendant que Kadi, jeune stagiaire, s’occupe de l’accueil de bénévoles, Samir se charge de la plonge, Myriam, Lila, Shahrazade et Khadija, attablées, s’activent pour éplucher les centaines de kilos de légumes qui serviront à préparer le couscous de ce soir sous l’œil aiguisé du chef cuisinier. Tout en se délectant des odeurs en cuisine, chacune, sourire aux lèvres, me fait part des entremets concoctés la veille et divulgue en détails les recettes du tajine tunisien et de la chakchouka – cette ratatouille tunisienne – revisitée, susceptibles d’en intéresser plus d’un.

C’est surprenant à quel point le temps passe vite

Souriantes et décontractées, c’est tout naturellement qu’elles me racontent qu’elles se sentent investies d’une mission et d’une certaine manière qu’elles en tirent une véritable satisfaction personnelle. Selon ces femmes, c’est tout l’esprit du ramadan qui se concrétise autour du concept qui, depuis une vingtaine de jours, vient rythmer leur quotidien.

Myriam, mère célibataire, révèle qu’être bénévole lui permet à la fois de côtoyer différentes cultures, de créer du lien social et de ne plus rompre le jeûne seule. Les deux sœurs, Lila et Shahrazade, s’accordent sur le fait qu’en plus de réaliser une bonne action, cette activité les occupe pendant que les enfants sont à l’école. En remettant en place sa charlotte, Shahrazade me dit : « C’est surprenant à quel point le temps passe vite, parfois je regarde ma montre et je vois que cela fait déjà 6 heures que j’épluche des légumes, qu’il est déjà l’heure d’aller récupérer les enfants. »

C’est avec un grand sourire que les bénévoles préparent le couscous qui sera servi le soir…

Bonne élève, Lila me confie même se sentir coupable les rares jours où elle ne peut pas venir prêter main forte à cette brigade de bénévoles. Enfin, en début d’après-midi et après avoir empilé les dernières caisses de légumes, Khadija, assistante maternelle, enfile sa veste. Elle doit nous laisser, nous explique-t-elle, pour retourner au travail à Boulogne-Billancourt. Pour elle, c’est l’occasion de « se purifier spirituellement », de cumuler les « hassanetes » (les bonnes actions en arabe) en consacrant son temps aux plus nécessiteux. Finalement, les préparatifs et le repas ne semblent être qu’un prétexte pour se rassembler. Bénéficiaires, bénévoles et salariés, femmes et hommes, personnes âgées et plus jeunes se mêlent et c’est le sentiment d’unité qui guide la chaleur de cet évènement.

Deux services, pour les jeûneurs et les non jeûneurs

Comme le défend Adrian Verdugo, chargé de la communication du Secours Islamique, « beaucoup de personnes connaissent le SIF mais ne s’imaginent pas ce que c’est réellement. Ils la définissent comme une ONG musulmane dédiée aux musulmans alors ce n’est pas du tout le cas ». Se revendiquant non croyant, il explique qu’un des messages fondamentaux des tables du ramadan réside dans le fait que ce soit ouvert à tout le monde, ce qui lui convient très bien. Pour contrecarrer les idées préconçues, le jeune salarié d’origine chilienne insiste sur le fait que le SIF n’aide pas exclusivement les musulmans et qu’à cette occasion, deux services sont mis en place, l’un aux alentours de 20 heures pour les « non jeûneurs » et un autre vers 22 heures pour la rupture du jeûne, qui soit dit en passant allège la pression et optimise le service.

Le chapiteau du SIF à la porte de Paris, à Saint-Denis

La détresse humaine est en fait le seul dénominateur commun guidant l’action humanitaire et ce salarié avoue qu’il ne peut pas bénéficier d’un salaire au détriment de ce qui forge ses valeurs : « Je ne peux pas bosser avec des gens qui sous entendent que travailler au sein du SIF serait communautariste ».

Ce sont d’abord et avant tout des valeurs humaines que cherche à défendre cet ONG. Force est de constater que cet élan de solidarité rayonne par son ouverture d’esprit et a pour toile de fond un véritable brassage ethnique et culturel. Cette pensée de l’humanitaire islamique se résume en une action non sectaire, universelle, sans contrepartie, fédératrice de valeurs essayant d’apporter l’aide à tous les êtres sans distinction aucune.

Fatima, doyenne des bénévoles dont elle fait partie depuis huit ans, aime être entourée et confie que les gens ici ont des liens forts. Et la mascotte de la bande de résumer : « C’est ma famille de cœur. »

Houda HAMROUNI

Crédit photo : HH / Bondy Blog

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