Christiane Taubira : « Je peux partir demain matin de moi-même »

AMBIANCE vendredi 16 mai 2014

Par Saïd Harbaoui @saidharba

La garde des Sceaux et ministre de la Justice, Christiane Taubira, est venue au Bondy Blog Café. L’occasion pour la ministre de s’exprimer sur la polémique autour de La Marseillaise, son activité dans le nouveau gouvernement et son passé politique. teaser avant diffusion samedi 17 mai à 12h sur FranceÔ et dimanche 18 mai à 13h sur LCP.

Les courtes pluies de la journée n’ont pas découragé les blogueurs. Même la ministre de la Justice est venue à Bondy chercher l’éclaircie de sa journée au Murat, qui s’est vite rempli pour l’accueillir. Christiane Taubira, Garde des Sceaux depuis deux ans, reconnait elle-même qu’elle se fait rare sur les plateaux : « Je ne cours pas les matinales, je ne cours pas les studios, je ne veux pas participer à ce jeu.» Nordine n’a pas fait attendre l’assemblée bondynoise, en faisant réagir la ministre sur la polémique de la Marseillaise « non chantée » : « La Marseillaise je connais son histoire, je ne la fredonne pas, je la chante comme à la fin d’un congrès des jeunes socialistes et lorsque c’est une situation solennelle, je l’écoute. »

L’invité du soir prend cet orage médiatique avec philosophie en refusant de répondre aux attaques : « je ne leur ferai jamais ce cadeau » Apres un court commentaire sur le premier reportage, la ministre fait connaissance avec ses interlocuteurs du soir : « Il y a du monde ici, bah on va parler de quoi ? » Le visionnage du portrait d’Anne-Cécile permet à Latifa de démarrer les hostilités : « Hier indépendantiste aujourd’hui ministre, est-ce que vous vous êtes assagie ? » Pour la ministre, il y a eu des événements charnières : « Je ne renie pas mon engagement indépendantiste. » « La décentralisation, la suppression de la peine de mort, il y a aussi eu les radios libres qui représentaient en Guyane une respiration inimaginable. » L’ex-candidate à la présidentielle de 2002 est aussi revenue sur les critiques d’une presse à son égard : « Selon eux je ne fais rien et je suis attaquée sur mon action. C’est bizarre ».

Balla évoque la difficulté d’être une femme noire en politique, évoquant Cécile Kyenge, ministre italienne victime d’actes racistes et de Rama Yade plusieurs fois menacée de mort. Pour Christiane Taubira, « il est indéniable qu’il y a des personnes qui n’arrivent pas à accepter l’idée que des gens comme moi ou Rama Yade assument des fonctions importantes. » « Moi je suis armée pour affronter ça, combien de personnes ne sont pas armés pour faire face ? »

Charlotte entre dans les échanges en posant la question de l’état de l’ascenseur social, l’occasion pour la ministre de revenir sur son parcours : « J’ai reçu de ma mère un capital de générosité phénoménal. » La garde des Sceaux reconnait le problème, « ça fait longtemps qu’il fonctionne mal, parce que la société n’a pas organisé à temps les mécanismes ». Et quid de la responsabilité de la gauche dans ces échecs ? Réponse simple de l’invitée : « sans aucun doute. » « Tu n’as rien à voir avec Jean-François Copé, Manuel Valls et tous les autres » lancent Mehdi et Badroudine dans un édito télédiffusé.

La pastille de Mehdi et Badrou a coupé momentanément la tension des échanges pour faire sourire une Garde des Sceaux offensive devant le flot de questions qui fâchent. Pour Balla par exemple, la ministre avale des « boas constricteurs » en participant au gouvernement. Christiane Taubira évoque sa relation avec Manuel Valls, « nous nous sommes toujours parlés, il a défendu sa position, j’ai défendu les miennes. » La Garde des Sceaux revient avec intensité sur sa place au gouvernement, « je peux partir demain matin de moi-même, ma maison, ma vie est à 10 000 kilomètres d’ici, partir c’est le choix le plus simple. »
Christiane Taubira lance aussi quelques envolées de son style, les échanges avec les blogueurs montent encore plus en intensité, le Murat entre au Palais Bourbon : « Le monde n’est pas tranquille, souvent la vie n’est pas juste, et nous, nous sommes responsables du monde dans lequel nous vivons. » La ministre de la Justice évoque le bilan du Président de la République après deux années de mandat. Elle rappelle que  « c’est lui qui a un engagement avec les Français ». Le contrôle au faciès, sujet qui fait réagir, qui traine encore dans les esprits, la Ministre reconnaît, « la dimension symbolique du récépissé qui aurait donné beaucoup de poids à cette lutte. »

Le reportage d’Ilyes sur la réinsertion a permis d’évoquer le problème des sorties sèches d’ex-prisonniers. L’occasion pour la ministre de défendre une réforme pénale qu’elle assume jusqu’au bout : « J’assume pleinement l’inspiration philosophique de cette réforme. Il y a une conception de l’homme dans cette réforme, je vais en prendre pleins la truffe après la diffusion de l’émission mais je l’assume. » Une dernière pastille de la conférence de rédaction avant de conclure l’émission, dans laquelle les blogueurs parlent de l’Europe, et d’une campagne qui ne séduit pas les électeurs.

Taubira fustige « les prédateurs qui utilisent l’espace européen pour être sur des sièges et empêcher la circulations des hommes ». Au moment de la traditionnelle dédicace, Christiane Taubira constate avec amusement la signature de Jean-François Copé, elle signe sur un autre carton avec le sourire : « Merci de m’avoir épargné la proximité avec la signature de certains. » Nordine l’interroge sur sa relation avec le chef de l’opposition. Réponse de la Garde des Sceaux : « il n’y a pas de haine, il y a zéro sentiment ».

Bondy Blog Café – Christiane Taubira

Saïd Harbaoui