Pour certains, c’est un bout de tissu outrageusement cher, pour d’autres, une déclinaison de leur identité. Les maillots de foot font débat à chaque début de saison ou de compétition internationale. Dans les quartiers populaires, certains maillots ont été élevés au rang d’icone.
Le maillot gris du PSG saison 2000-2001, le maillot du Brésil 1998 ou encore récemment le maillot de la sélection thaïlandaise, certains étaient des must-have à porter fièrement durant les beaux jours.
Le maillot comme ancrage
Les maillots de foot étaient également l’occasion pour certains d’arborer des flocages tout aussi détonnants que l’excentricité de leur maillot. Y figuraient leur surnom ou simplement leur département d’origine. De nombreux joueurs issus de quartiers ont perpétué cette tradition alors même qu’ils étaient professionnels. On se souvient du Vitriot Jérémy Menez qui a fait les beaux jours de l’AS Rome puis de l’AC Milan avec le 94 floqué dans le dos. L’Ivoirien Nicolas Pépé a lui arboré le 19 pour son dix-neuvième arrondissement, où il chaussa ses premiers crampons. Ou encore le Bondynois Jonathan Ikoné, brillant actuellement avec le Paris FC avec le numéro 93.
Il est ainsi tout naturel que certains rappeurs apparaissent avec le maillot de leur ville floqué à leur nom et accompagné du numéro de leur département, à l’instar de Jul, Niska, ou encore Rohff.
Comme souvent, la rue s’est approprié un vêtement anodin pour en faire quelque chose d’unique dans la culture populaire. Les clubs et les sélections l’ont rapidement compris. Les maillots sont devenus au fil du temps tout aussi attendus que l’arrivée d’un nouveau joueur dans un club, ou la sélection d’un jeune crack en équipe nationale.
Aujourd’hui, les maillots sont davantage travaillés. Sur la coupe, à bas les maillots larges, vive les maillots dit « fit » plus près du corps, moulants mais pas trop. Bien que certains supporters ne se privent pas de prendre une taille, voire deux tailles, au-dessus. Également, là où les clubs ne se contentaient auparavant que de sortir leur maillot domicile et extérieur, voire un troisième pour ceux qui disputaient la Ligue des champions, ils n’hésitent désormais plus à décliner une quatrième version, voire une édition limitée.
Certains clubs usent de la nostalgie pour reproposer à leurs fans des maillots vintages. De quoi ravir les collectionneurs de pièces emblématiques.
Le maillot de foot, un instrument de superpuissance
Pour ces versions, les clubs peuvent s’associer à des artistes à l’image du FC Barcelone qui, lors des rencontres avec son éternel rival madrilène, dévoile un maillot reprenant le logo d’un artiste : Ed Sheeran, Travis Scott, Olivia Rodrigo ou encore les Rolling Stones.
Le club parisien n’est pas en reste. Après son partenariat avec Jordan, le récent vainqueur de la Ligue des champions a sorti un maillot en collaboration avec le Canadien The Weeknd à l’occasion de ses concerts donnés en France à l’été 2023. Des collaborations exceptionnelles qui s’arrachent à prix d’or sur les sites de revente.
Au-delà de l’aspect esthétique, le maillot de foot procure une publicité exceptionnelle pour les marques qui s’associent aux clubs ou équipes nationales. L’actuel directeur créatif de la maison Vuitton, Pharrell Williams, avait conçu des maillots vendus en éditions limitées pour Arsenal, le Bayern Munich, Manchester United ou encore la Juventus Turin, rien que ça.
Le luxe sur gazon vert
Depuis ? Balenciaga qui en plus d’avoir conçu toute une collection reprenant les modèles des survêtements et des maillots de foot, s’est récemment associé au Stade Rennais pour une durée indéterminée. Ou encore la marque italienne Off-White qui s’est associée avec le mythique Milan AC pour un maillot en édition limitée.
C’est tout naturellement que quelques mois avant le début de la Coupe du monde, tout le monde a scruté avec attention les maillots de chaque nation. Adidas avait tout d’abord ouvert la voie en grande pompe, dès novembre 2025, les maillots de 22 équipes sous sponsor avec la marque aux trois bandes. Suivi quelques mois plus tard par ses concurrents Puma et Nike. La France a frappé fort, puisqu’il y a quelques semaines elle a annoncé s’associer à la marque Jacquemus pour la sortie de certains articles, dont des vestes de survêtement et des maillots d’entraînement. Une annonce qui a suscité un vif engouement.
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Les frontières entre le luxe et le streetwear sont de plus en plus poreuses. Les footballeurs, dont la plupart sont issus de milieux populaires, offrent un argument de poids pour des marques qui ont longtemps ostracisé les quartiers. Incarnation d’une véritable diversité, et ayant une caisse de résonance sans commune mesure, les joueurs de foot sont de véritables instigateurs de tendances. Néanmoins, est-ce qu’être bien habillé suffit à gagner une coupe du monde ? La suite de la compétition le dira.
Félix Mubenga