Pôle emploi : des visages sur des chiffres

AMBIANCE, C'EST CHAUD vendredi 22 mars 2013

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

Le nombre de chômeurs ne cesse d’augmenter. Des demandeurs d’emploi s’immolent. Le malaise social est ardent ! Tom est allé au Pôle Emploi de Rosny-Sous-Bois pour s’intéresser aux divers problèmes que rencontrent les  demandeurs d’emploi. 

Jeudi 7 mars, la presse fait paraître la nouvelle : le dernier trimestre 2012 a été tristement marqué par un nouveau record. Celui du dépassement de la barre des 10% de chômeurs dans la population active française, ce qui ne s’était pas produit depuis 1999. Un amas de chiffres est tombé sur nos écrans télé : nombre de chômeurs (3,7 millions de demandeurs d’emploi d’après l’INSEE), pourcentages : 10,2% de chômeurs en France métropolitaine (d’après le Bureau International du Travail), une conjoncture économique du pays inquiétante (croissance de 0,1% du Produit Intérieur Brut français, d’après les prévisions de la Banque de France)… Ce sujet est d’autant plus explosif depuis que Matignon a signé un accord sur l’emploi avec certains syndicats. De plus, récemment, dans les environs de Nantes, un chômeur s’est immolé devant l’agence où il était inscrit. Toutes ces réformes, ces statistiques abstraites, obtenues par des méthodes plus ou moins fiables, masquent des situations très hétérogènes, parfois bien délicates… C’est pourquoi j’ai décidé d’aller devant l’agence Pôle Emploi de ma ville, Rosny-Sous-Bois, pour donner la parole à ceux qui l’obtiennent rarement, mais dont on parle quotidiennement dans les journaux.

Je me suis donc plus particulièrement penché sur la situation de chômage dans ma ville. La directrice de Pôle Emploi à Rosny-Sous-Bois a pris le temps de répondre à mes questions. Cette agence accueille 3 646 demandeurs d’emploi inscrits pour 30 salariés, soit à peu près 126 cas à gérer pour chaque employé. La directrice de l’agence m’a aussi dit que 63% des inscrits de cette agence ont, entre 26 et 49 ans, et que 29 % des demandeurs d’emploi sont en situation de chômage de longue durée, soit depuis plus d’un an. D’après les chiffres qu’elle possède, les emplois qui sont le plus demandés sur le marché de l’emploi se trouvent dans les relations commerciales, dans la pause de canalisations, le service domestique, l’assistance auprès des adultes, mais aussi, et principalement, dans le service en restauration. Je vais voir sur le terrain ce qu’il en est de ces chiffres.

Il est 9h15. J’attends, en face de l’agence, la sortie de certains demandeurs d’emplois afin de les interviewer sur les raisons de leur venue ici, leurs situations personnelles… A peine ai-je le temps de poser mes fesses sur la table de ping-pong en pierre, qui fait face à la porte de l’agence, que je vois sortir un jeune homme plutôt bien habillé. Je me lève, la fleur au fusil : « Bonjour, auriez-vous dix minutes à m’accorder ? Ce serait pour écrire un article sur Pôle Emploi.» J’essuie un refus catégorique : « Je n’ai pas le temps.»

Sur 22 personnes interpellées dans la rue, 17 ont refusé de me parler : « Je suis pressé », « Faut que j’aille chercher mes gosses », ou encore « Il est l’heure de manger », voir même « Faut que j’aille travailler ! » « C’est comme ça, les chômeurs d’aujourd’hui n’ont plus le temps ! », me dira, en coup de vent, un homme d’une trentaine d’années.

Mais bon, je ne renonce pas et au bout d’une heure, ma technique de démarchage commence à s’améliorer : large sourire, air embarrassé, mes « dix minutes » d’interview passent à « deux questions », et, au final, je réussis à avoir cinq témoignages, presque d’affilée. Cette course à la communication, avec tant de refus, a par ailleurs fais naître en moi la sensation d’être un témoin de Jehovah ! Enfin bref, finalement, cinq personnes ont accepté de répondre à mes questions.

Le premier m’accorde cinq minutes, avec un large sourire. Je lui pose, comme à toutes les personnes que j’ai interviewées ce jour-là, deux questions : « Quelle est la raison de votre venue dans les agences Pôle Emploi ? Rencontrez-vous des problèmes avec leur gestion des dossiers ? »

Moussa, 37 ans : « Si je suis ici, me dit-il avec un fort accent, c’est pour chercher du travail. Ca fait six mois que je suis en France et ça fait six mois que j’en cherche, mais c’est la première fois que je viens ici. Avant, j’étais ouvrier au Portugal, alors en France, je cherche plutôt un travail dans le bâtiment. J’ai rendez-vous la semaine prochaine avec la conseillère de Pôle Emploi pour faire mon CV et mes lettres de motivation. » Lorsque je lui demande quelle impression lui a laissé l’agence, il me répond : « Pour la demi-heure que je viens d’y passer, ça m’a semblé plutôt bien. Les conseillers sont ouverts, nous donnent de bons renseignements, et nous placent devant un logiciel d’offres de travail. J’ai eu rendez-vous directement dans moins de six jours… »

DimitriLe premier interrogé semble alors plutôt satisfait de sa découverte de Pôle Emploi. Ce n’est pas le cas de la prochaine personne : Dimitri, 26 ans : « Ça fait deux ans que je fréquente Pôle Emploi pour rechercher une formation, mais l’agence ne m’en propose pas. Avant, j’étais dans une boite d’intérim mais je travaillais beaucoup pour peu d’argent. J’ai l’impression que les conseillères se foutent un peu de mon cas», me dit-il avec ressentiment. « Sérieux, ce que je reproche le plus aux gens qui travaillent dans l’agence, est de s’en foutre. A l’instant, la femme de l’accueil a refusé de m’aider à faire mon CV car elle a dit qu’elle était occupée. Elle m’a dit d’aller le faire dans un café et que s’il était mal fait, c’était pas grave. »

La seule femme qui ait accepté de me répondre est Najat, 40 ans : « Si je suis ici, c’est pour rechercher des financements pour ma formation, car je suis en fin de droits. Ca fait deux ans et demi que je suis au chômage et je ne trouve rien ! De plus, mon déménagement n’a rien arrangé, il me manque toujours un papier, un justificatif pour telle ou telle chose… A cause de deux ou trois papiers, je ne touche plus rien aujourd’hui… Je reproche également à Pôle Emploi de ne rien financer ! Peut-être est-ce parce qu’ils pensent que je ne représente pas un bon investissement sur le long terme ? »

PaulPaul, 47 ans : « Si je viens ici, c’est car je demande un emploi. Je viens ici tous les jours depuis 4 mois, le matin, et je n’ai toujours rien trouvé. On ne peut pourtant pas me reprocher de ne pas bouger! Avant, j’étais agent administratif dans une association caritative mais elle a dû mettre les clefs sous la porte.  Aujourd’hui, je cherche un poste dans l’administration. Ce qui est dérangeant, c’est qu’il n’y a aucun autre moyen pour trouver du travail que de venir ici aujourd’hui ! »

Enfin, je rencontre Alain, 44 ans, intermittent du spectacle. Bien qu’il ait un travail, il est obligé de fréquenter le site de Pôle Emploi régulièrement :  « Même si je ne suis pas dans une situation de chômage de longue durée, je suis obligé de pointer à Pôle Emploi pour déclarer le nombre d’heures travaillées tous les mois afin de pouvoir toucher mes Assedic, quand je ne travaille pas durant un certain laps de temps. Enfin, récemment, je me suis retrouvé en condition de fin de droits. J’ai alors dû réactualiser mon dossier dans l’agence qui se trouve près de chez moi. Pour moi, le plus gros problème est que fréquemment, quand j’appelle l’organisme, je tombe sur des employés qui font preuve d’incompétence. Ils nous donnent de mauvais conseils, nous demandent des renseignements dont on n’a pas forcément besoin, nous orientent inutilement vers certains postes…»

Deux choses ont particulièrement capté mon attention durant cette matinée. Tout d’abord, le fait que la grande majorité des chômeurs refusent de me parler. Peut-être dois-je mettre ça sur le fait qu’ils n’avaient pas dix minutes à accorder à un jeune homme tout fraîchement débarqué dans le monde des adultes ? Ou bien se sentent-ils particulièrement stigmatisés par les temps qui courent ?

Mais la chose qui m’a, à coup sûr, le plus surpris est que, sur les 22 personnes croisées, il n’y en avait que trois qui avaient moins d’une trentaine d’années, alors que le chômage, d’après les chiffres, touche particulièrement les jeunes de moins de 25 ans (25,7% à en croire le Figaro du Jeudi 7 mars). Comment expliquer ceci ? Peut-être par le fait que les personnes qui ont déjà eu un emploi et qui ont déjà passé plus de dix années dans la vie active, ont davantage de mal à trouver un autre emploi. C’est peut-être pour ceci que les employés des agences prennent plus souvent en entretien individualisé les personnes de plus de 40 ans.

Quant à la directrice de l’agence Pôle Emploi de Rosny-Sous-Bois, elle n’a pas l’impression d’être dans une situation de sous-effectif, depuis le recrutement de 2 000 conseillers supplémentaires en CDI à l’automne. Cependant, selon elle, si certains problèmes persistent, on peut les expliquer par le fait qu’il y a une augmentation constante du nombre de chômeurs longue durée et l’on peut aussi remarquer un manque de débouchés dans les emplois demandés par les inscrits dans les agences. Lorsque je lui demande si l’on apprend aux conseillers à gérer les situations délicates, elle me répond qu’il existe deux problèmes majeurs dans son agence. Les employés se retrouvent confrontés à la barrière de la langue avec une partie des prestataires. Cela pourrait être réglé par la présence d’interprètes durant les entretiens. L’autre difficulté majeure à laquelle l’agence de Rosny-Sous-Bois fait face, est l’agressivité de certains demandeurs d’emploi envers l’employé de la réception, alors que selon la directrice de l’agence : « la manière dont l’accueil est géré permet de résoudre de nombreux cas. »

 

Tom Lanneau

Les réactions des internautes

  1. dimanche 31 mars 2013 19:23 FC

    Il y a de nombreux problèmes dans les relations Pole Emploi(PE) / demandeurs d'emploi et entre de nombreuses structures qui aident ces personnes et PE. L'un des obstacles principaux est l'absence de formations proposées dans des délais courts à ceux/celles qui cherchent un job, une formation, un stage Ainsi, l’acquisition des compétences numériques de base, considérées par l'Union Européenne comme l'une des 8 compétences clés, à l'égale de lecture/écriture, devrait être proposée dès l'inscription. Pour la 1ère fois en France, nous avons passé un accord avec PE pour que tout demandeur d'emploi de notre agglo soit informé de la possibilité de se former gratuitement à la pratique des TIC, dans notre espace. Il est aujourd'hui obligatoire d'avoir une maitrise minimale de ces usages si l'on veut augmenter ses chances de trouver job/formation/stage et, de manière générale si l'on veut éviter l'exclusion. Ces formations (initiation/perfectionnement) sont des cours particuliers (1formateur/personne) d'1 ou 2h/semaine et il y a un délai de 10j maxi entre le 1er passage d'un demandeur d'emploi et le début de sa formation. Cette action a fait la preuve de son efficacité et pourrait facilement être étendue à d'autres régions au bénéfice de ceux qui en ont besoin. Cette initiative et un projet complémentaire permettraient de former aux TIC, la quasi totalité des demandeurs d'emploi qui ne le sont déjà dans toute la France et d'équiper à prix très bas, ceux qui sont en difficulté. Si ces démarches intéressent le BB, pour nous aider à les populariser après en avoir eu le détail, nous sommes joignables par courriel. Dans tous les cas, bonne chance pour tout et bon courage pour le reste :-)
  2. jeudi 28 mars 2013 17:40 ah88

    Pour ce qui est dit des moins de 30 ans sans emploi, il faut aller voir plus loin, combien sont obligés de rester chez leurs parents ou y revenir faute d'emploi. Et regarder un peu l'âge des sdf: j'en vois pas mal des sdf de moins de 30 ans.
  3. jeudi 28 mars 2013 17:36 ah88

    Il y a certaines choses : pôle emploi sous traite à tort et à travers des prestations d'aide à la recherche d'emploi vers des cabinets de conseil, parce qu'il y a trop de monde inscrit. Ce qui coûte cher. Autre chose, il y a des prises en charge de formations, dans la restauration par exemple, qui ne remplissent pas leur quota et que les gens finissent par quitter, parce que tout simplement, ça amène à des métiers qui ne permettent plus de vie sociale... Par contre, quand on voit à quel point les pistes de financement sont restreintes pour des boulots comme "aide soignante", on croit rêver...
  4. jeudi 28 mars 2013 17:31 ah88

    Pour les formations, les financements ne vont qu'aux métiers rentables, avec des branches qui ont besoin de bras à user pour leur activité dont personne ne veut... Par contre, pour autre chose que du commerce/restauration, y a plus personne. C'est quand même grave.
  5. lundi 25 mars 2013 00:36 Laura Sauva

    www.MagicPaname.com
  6. dimanche 24 mars 2013 10:44 chomeur

    Est ce qu'ils ont envie de parler de leur misere a un petit bourge sorti tout droit du berceau.Je ne pense pas... Rentre chez toi et va faire tes devoirs!
    • lundi 25 mars 2013 02:10 auteur

      Mes devoirs semblent à jour... Mais si vous tenez à venir m'aider, je vous envois un de mes 3 chauffeurs de poussette. Ps: C'est quand même sympa d'avoir pris le temps de me lire !
  7. vendredi 22 mars 2013 14:00 BC

    barrière de la langue avec une partie des prestataires ........j'hallucine en lisant une telle phrase ......comment peut on raisonnablement travailler avec tout ce que cela comporte de droits et de devoirs si on ne parle pas la langue du pays où on désire travailler .....si ce n'étaient que des travailleurs en transit (genre plombier polonais ) cela ne serait pas grave mais là manifestement il s'agit de personnes qui veulent rester .....et qui vont donc accepter n'importe quoi ,du sous payement au travail forcé ou risqué .....les illettrés sont déjà un souci mais enfin ils comprennent et se font comprendre .....quant à l’agressivité dont vous faites part ,elle est générale maintenant .......un malappris se gare devant votre sortie de garage et si vous lui dites quelque chose ...il vous insulte
  8. vendredi 22 mars 2013 08:48 hop HOPE

    Pauvres , pauvres personnes , la compérence et l'implication des personnes du service de pôle emploi dans le département ou je réside est source " d'anecdotes "multiples dont aucune n'est à leur honneur, aussi je vous les épargnerait La seule chose en synthèse est .. aussi..que contrairement à ce que chacun pourrait attendre d'elles , non seulement elles ne s'investissent pas pour le malheureux (se) chômeur (se) mais en sortant de là ,les larmes coulent, le DESESPOIR est dans CHAQUE phrase Peut-être que certaines de ces personnes ayant refusé de vous parler étaient dans ce cas et la réserve dont elles s'efforçent de faire preuve est aussi le peur d'être mises carrément "à l'index " d'une façon ou d'une autre La panique devient leur hôte en permanence Travail égale argent pas d'argent pas de vie , de considération et surtout de moyen d'existence C'est ce point que semblent occulter ces employés