LE GRAND ENTRETIEN DU BONDY BLOG avec Raoul Peck : "La France gère le racisme avec déni et paternalisme"

AMBIANCE mercredi 17 mai 2017

Par Bondy Blog

Dans le cadre de la sortie, sur les écrans français, du film “I am not your negro”, le Bondy Blog a eu le privilège de rencontrer le réalisateur haïtien, Raoul Peck. Ce documentaire nous donne à voir et comprendre, à travers les mots puissants de l’écrivain afro-américain James Baldwin, les luttes sociales et politiques des Noirs Américains. Création artistique, racisme et discriminations en France et aux États-Unis, élection d’Emmanuel Macron, ont été au menu de cette heure d’entretien. Deuxième extrait sur l’analyse du racisme en France.

Extraits de l’interview :

“La France est un pays qui arrive à gérer ce problème de racisme avec une incroyable capacité de déni et de paternalisme”

“La France est un pays particulier sur ce plan-là… C’est un pays qui arrive à gérer ce problème de racisme avec une incroyable capacité de déni et de paternalisme parce que les formes de ce racisme ont été très longtemps non violentes. C’est un racisme qui était très souvent “amical”, paternaliste, on ne pouvait pas dire qu’il y avait une exclusion claire des uns et des autres parce que la République est censée être égalitaire. Ça a mis un certain nombre d’années pour se rendre compte que tous les enfants de la République ne sont pas égaux”.

“Pourquoi justement la gauche en particulier résiste sur la question des quotas ?”

“En France, ça prend des formes assez bizarres. D’ailleurs, ce sont des discussions que j’ai régulièrement avec d’autres amis français de gauche et qui sont persuadés que la République pourvoie pour ses enfants et de manière égale. C’est à force de de leur démontrer un certain nombre d’exemples patents, qu’un à un ils sont obligés de voir qu’il y a d’énormes lacunes. Pourquoi justement la gauche en particulier résiste sur la question des quotas ? On peut voir que dans les métropoles occidentales aux États-Unis en particulier et en Angleterre, suite à des émeutes, on a dû inclure les quotas et cela a permis à ses bénéficiaires de changer leur vie et la répartition à l’intérieur de leurs populations. Ça on peut le mesurer. En France, on se protège devant cette République égalitaire, qui serait égalitaire si on tout le monde partait du même niveau, quelque soit le quartier où vous êtes nés, votre sexe, la couleur de votre peau, votre religion, si on pouvait dire que vous avez exactement le même traitement que quand vous êtes à Louis-le-Grand, oui on pourrait dire que la République est égalitaire”.

“La parole de Césaire est extrêmement importante aujourd’hui encore”

“Césaire serait aussi quelqu’un qu’il faudrait remettre sur la table de manière urgente. Lui aussi, le discours qu’il tenait était inaudible dans cette France qui avait bonne conscience et ce qu’il a dû faire c’est quelque part rentrer chez lui et essayer de changer les choses chez lui. Dans tout autre pays, en Amérique, il aurait eu un destin tout à fait différent. Et oui, je pense que la parole de Césaire est extrêmement importante aujourd’hui encore”.

Propos recueillis par Kozi PASTAKIA, Jonathan BAUDOIN, Mathieu VIVIANI, Miguel SHEMA, Nassira EL MOADDEM

Crédit photo : Sandra JABALERA

Le reste de l’interview sera disponible vendredi 19 mai 2017.