Sevranais, Sevranaises... racontez-moi une comptine !

CULTURE vendredi 15 décembre 2017

Par Yousra Gouja

Et si on collectait les comptines d’enfance des mamans de Sevran et qu’on en faisait un livre numérique ? Une soixantaine d’habitants et les bibliothécaires de la ville ont travaillé main dans la main à la réalisation de cet ouvrage numérique exceptionnel : 16 comptines du monde entier à entendre, lire et voir. Zoom sur un projet d’envergure.

Si, comme beaucoup de parents, vous êtes en panne d’idées pour aider votre enfant à s’endormir, des habitants de Sevran de toutes origines viennent de trouver une solution lumineuse. Une soixantaine d’entre eux ont accepté de partager les comptines et les airs qui ont bercé leur enfance et leurs enfants.

Résultat : E-comptines de Sevran et d’ailleurs est un recueil numérique maison de 16 comptines de France et du monde enregistrées par des habitants de la commune. De Tokyo aux Comores, de Porto à Casablanca, les enfants peuvent désormais s’endormir aux sons des berceuses de Sevran.

“Un projet de collecte exceptionnel qui dévoile la richesse des cultures de la ville”

L’idée a jailli il y a maintenant deux ans au sein de la médiathèque l’Atelier de Sevran parmi un groupe de bibliothécaires. Le projet est discuté en mai 2015 et commence à prendre forme six mois plus tard. À l’initiative, Marianne Kosmala, directrice de la médiathèque L’Atelier et maman d’une fille de 8 ans. “On s’est dit que ça devait forcément tourner autour de la lecture, et que ce qui fédérait le plus, c’était un livre numérique autour de ce qu’il y a de plus universel, les comptines, souligne celle qui partage des origines françaises et vietnamiennes. C’est un projet de collecte exceptionnel qui dévoile la richesse des cultures de la ville”. 

Pendant plusieurs mois, Chantal Grosléziat, directrice de l’association Musique en herbe, est allée à la rencontre des habitants de la ville pour recueillir toutes ces comptines, souvent transmises de génération en génération. En tout, plus de 80 comptines ont été collectées. Les femmes sont largement majoritaires parmi les volontaires. Le livre numérique met à l’honneur un choix de 16 comptines, qui a l’ambition de représenter la diversité des origines des habitants de Sevran. “Ce travail de collecte avec les parents a permis de regrouper des personnes d’un peu partout sur la ville”, explique-t-elle. Il s’agit aussi selon elle “d’un travail de mémoire des langues maternelles”.

Chaque comptine est accompagnée de sa traduction en français, d’une vidéo ou d’un dessin de l’enregistrement, et d’un texte issu d’entretiens réalisés auprès des habitants par les bibliothécaires de Sevran (Albert-Camus, Elsa-Triolet et Marguerite-Yourcenar). Les illustrations ont été réalisées par Sylvie Fontaine, professeure de dessin au département d’arts plastiques de la ville depuis 1997. “Il fallait créer un ensemble cohérent avec de la disparité, de la différence”, explique la dessinatrice freelance, mais surtout “recueillir des choses qui vont peut-être disparaître”.

“La comptine, c’est ce qui nous raccroche à nos origines”

Elles n’ont pas hésité longtemps avant de s’investir dans ce projet. Blondine, Samira, Marianne, Sylvie et Chantal ont ajouté à leur emploi du temps déjà bien chargé – entre les enfants et leur profession de prof d’arts plastiques, bibliothécaire ou encore assistante crèche… – la réalisation du livre de comptines. La cheffe du projet nous le confesse, ça n’était pas évident de réunir toutes les mamans, il a fallu prévoir les rendez-vous deux mois à l’avance pour l’enregistrement des comptines qui apparaissent sur l’ebook, le dernier bébé porté par toutes ces mamans.

Deux volontaires sevranaises : Djory et Blondine.

Le résultat est une invitation au voyage, des Antilles au Maghreb, en anglais ou portugais. Pour chanter avec son fils une comptine qui ressemble à celle des “Trois petits chats”, Blondine Bruno, assistante en crèche franco-haïtienne, a utilisé le créole, “un mélange d’espagnol, de français, sorti à la sauce haïtienne”. Et ça l’a inspirée sur son lieu de travail : “J’ai chanté en créole devant les parents à la suite du projet initial”. La comptine de Samira Jabri, mère franco-marocaine, évoque le marchand de sable, celui qui apporte le sommeil. Elle a choisi les langues arabe et française. “Je suis fière de parler et transmettre l’arabe à mes enfants, et aux autres personnes par le biais des comptines. Cette comptine vient de ma belle-mère. La comptine, c’est ce qui nous raccroche à nos origines”, sourit-elle.

Jacqueline Silahli a livré une comptine intitulée “Dandini dandini dasdana”, une berceuse turque.

Jacqueline Silahli a également joué le jeu, en livrant une émouvante comptine intitulée “Dandini dandini dasdana”, une berceuse turque que quasiment tous les enfants turcs ont entendue. “Je suis d’origine arménienne mais j’ai choisi la langue turque pour chanter les berceuses que je fredonnais avec ma maman. Elle a chanté avec mes enfants, elle les a fait grandir à mes côtés”, rapporte-t-elle, émue. Dandini est une sorte de Frères Jacques : “Dodo, dododo, dodo bébé. Bébé aux petites mains passées au henné. Son père et sa mère l’aiment. Le timide bébé dort et grandit”.

Entièrement coréalisée avec les habitants de Sevran, l’œuvre de compilation de comptines entièrement numérique est accessible gratuitement à tous.

Yousra GOUJA

Pour retrouver les comptines : https://biblio.ville-sevran.fr/e-comptines/