Créer son entreprise dans les quartiers : Yes you can !

AMBIANCE mercredi 17 janvier 2018

Par Alban Elkaïm @AlbanElkaim

Les quartiers sont devenus des territoires de création de PME innovantes et pourvoyeuses d’emploi, plus grosses que la moyenne. Vous avez envie de vous lancer à votre tour ? On vous donne quelques pistes. Suivez le guide.

T’as les crocs ? T’es déter ? T’as pas beaucoup de sous mais t’es prêt à mouiller le maillot ? Fonce… mais fais les choses bien. Première chose à savoir : les quartiers populaires sont extrêmement dynamiques économiquement. Oui ! Contrairement aux clichés associés à la banlieue, les jeunes créent non seulement leurs emplois mais aussi leurs entreprises donc d’autres emplois. C’est la conclusion d’une étude menée par Terra Nova et Bpifrance. Il faut dire que dans certains quartiers où le taux de chômage des moins de 25 ans peut grimper à 42%, la création d’entreprise est souvent la seule porte de sortie.

Faire les choses dans l’ordre

La règle numéro un : se faire accompagner. Toujours ! La réglementation est complexe dans l’entreprenariat et les règles du jeu subtiles dans le monde que tu veux aborder. Il te faut un guide. Bonne nouvelle, de nombreuses structures s’en sont fait une spécialité. Et il y a moyen que ce soit gratuit quand on vient d’un quartier populaire et qu’on est orienté par une autorité compétente telles que Pôle Emploi ou les missions locales.

Youssef Baboul fait partie de ces accompagnateurs spécialisés : “Il y en a qui vont s’immatriculer au registre du commerce et des sociétés d’abord avant de se poser la question de ‘comment je vais vendre et à qui ?’, d’autres s’engagent à louer un local avant de décider d’un statut juridique ou de savoir avec qui ils vont travailler… Ils commencent par la fin“, explique le responsable de l’antenne parisienne de Positive Planet. Son association accompagne les créateurs d’entreprises à élaborer un plan d’attaque, un “business plan” : le futur entrepreneur étudie le marché dans lequel il veut se lancer, définit une stratégie commerciale, dresse des prévisions financières et détermine le cadre juridique dans lequel il veut exercer son activité.

La première chose à faire, c’est se demander quelles sont ses compétences et de quels moyens on dispose. Le but ? Faire un diagnostique de la situation afin de vérifier qu’il y ait adéquation entre le projet et la situation de la personne qui souhaite le réaliser“, reprend Youssef Baboul.

Repérer le bon interlocuteur

Comme Positive Planet, il existe d’autres structures généralistes. À celles-ci s’ajoute une foule d’organismes spécialisés sur un aspect bien particulier dans leur accompagnement d’entrepreneurs. Alors comment repérer le bon interlocuteur ? “Quand on veut créer une entreprise, c’est généralement assez difficile de savoir vers qui se tourner“, regrette-t-on au Point d’accueil à la création d’entreprise (PACE), dont la mission est justement d’orienter les porteurs de projet vers les structures qui pourront les accompagner au mieux.

L’organisme n’agit cependant que sur neuf communes de Seine-Saint-Denis correspondant au territoire de l’établissement public territorial Est Ensemble : Bagnolet, Bobigny, Bondy, Le Pré-Saint-Gervais, Les Lilas, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin et Romainville. “Il faut trouver quelqu’un qui puisse vous orienter. Le site Agence France entrepreneur (AFE) est assez bien pour cela“, conseille-t-on du côté du PACE. Pense également à contacter la mairie ou les collectivités territoriales dont tu dépends. Pôle emploi peut aussi être une source d’informations.

Entreprendre avec peu de moyens

Yes, you can ! Entreprendre sans avoir un radis, c’est possible. Maintenant, on ne va pas vous mentir, il va falloir cravacher deux fois plus dur. “La majorité des jeunes dans les quartiers veulent monter leur boîte pour créer leur propre emploi“, analyse Ali Celik, directeur de La Maison de l’Initiative Économique Locale (Miel), une pépinière d’entrepris implantée à La Courneuve qui accueille de petites entreprises de Seine-Saint-Denis. Ces jeunes partent donc de rien, ou presque. “Sans moyen, c’est difficile de se lancer, confirme Youssef Belboul. Mais l’essentiel c’est d’avoir un projet qui est bon. L’argent peut venir après“.

Plusieurs dispositifs peuvent donner des coups de pouce et facilitent l’accès au crédit afin de réunir la somme nécessaire pour démarrer son entreprise. L’association Adie, par exemple, octroie des micro-crédits jusqu’à 10 000 euros. France Initiative propose, elle, des “prêts d’honneur“, c’est-à-dire sans aucune demande de garantie. Mais encore une fois, la règle consiste à se faire accompagner pour s’en servir correctement. “La difficulté, c’est de préparer le rendez-vous avec son banquier ou un organisme de prêt d’honneur, souligne Youssef Balboul. La personne doit maîtriser son sujet et savoir concrètement où elle va pour rassurer celui ou celle qui est en face d’elle”.

Et sans diplôme ?

C’est toujours un grand oui… Mais là-aussi, il faudra redoubler d’efforts. Certaines activités exigent un diplôme (coiffure, boulangerie, plomberie, etc.). Mais un métier, ça s’apprend. Et un diplôme, ça s’obtient. “Il y a des formations en alternance, on peut se faire financer des formations par Pôle emploi ou d’autres organismes“, rappelle-t-on au PACE.

Puis il y a aussi toutes ces activités qui ne nécessitent aucun diplôme. Même si il y a un constat qu’il faut prendre en compte. “Les gens qui montent des business pérennes sont généralement ceux qui ont le plus de diplômes, regrette Ali Celik. La reproduction sociale est aussi forte dans le milieu de l’entreprise qu’ailleurs, voire plus forte”.

La partie est donc jouée d’avance ? “On ne naît pas entrepreneur, on le devient, insiste Youssef Balboul. Toutes les compétences s’acquièrent“. Pour cela, le même combo gagnant : savoir à qui s’adresser… et cravacher !

Le mental

Outre les diplômes, les fonds et les compétences, le mental joue un rôle central dans la réussite d’un entrepreneur. “Il y a un aspect à ne surtout pas négliger, c’est la capacité à rebondir, estime Youssef Belboul. Il y aura des hauts et des bas. Il faut l’accepter, savoir apprendre de son expérience et s’accorder le droit à l’erreurEnsuite, il faut savoir s’entourer. Éviter ceux qui tiennent des discours du type ‘ce n’est pas possible, tu n’y arriveras pas’. Dernier conseil du responsable de Positive Planet : il faut savoir se structurer pour travailler efficacement.

Au PACE, on partage le même état d’esprit : “Si la personne a vraiment la niaque, ne lâche rien et arrive à bien s’entourer, il n’y a pas de raison qu’elle échoue“.  À toi de jouer maintenant !

Alban ELKAÏM