Bruno Laforestrie, patron de la station Mouv’ sur Radio France évoque au Bondy Blog l’importance de la jeunesse et du hip hop. 

Le Bondy Blog : Quel est votre premier bilan depuis votre arrivée en mai 2014 ?

Bruno Laforestrie : Nous ne sommes pas à l’heure du premier bilan, loin de là. Nous sommes encore en pleine phase de travail. Je suis arrivé pour recréer à Radio France un nouveau média jeune en direction des 13-25 ans avec une nouvelle approche tant musicale, culturelle, que dans l’information. On est pleinement dans la phase du lancement. Depuis quelques mois, le projet est ancré dans ce qu’il doit être pour le futur que ce soit dans ses incarnations, son axe musical ou sa visibilité. Nous sommes dans une logique de développement à partir de quasiment zéro jusqu’au succès auquel on prétend (se rapprocher des 1% d’audiences). C’est une aventure humaine assez extraordinaire, recréer un média. Qui plus est dans une entreprise publique ! Nous avons l’impression que nous accompagnons et que nous devançons d’une certaine manière les grands mouvements culturels et générationnels qu’on peut voir dans la société globale. Mouv’ doit pleinement y prendre part. L’année 2015 pour nous (au-delà de tous les événements tragiques) sur le plan culturel et sur le besoin d’avoir un média comme Mouv’ a confirmé notre positionnement et l’intérêt de notre travail au quotidien. C’est important d’avoir un média national qui s’intéresse aux jeunes au sens large et à tout ce qui a trait à la culture hip-hop.

Justement, pourquoi s’être positionné comme une radio 100% hip-hop ?

Un média jeune était l’un des grands enjeux du président de Radio France, Mathieu Gallet. Il a évoqué l’importance de donner une dimension forte aux cultures urbaines qui sont populaires au sens large tout en recherchant un niveau d’excellence. Après réflexion, nous avons choisi le mot hip-hop qui  fait écho à un mouvement fort, porté par tous les domaines qui est le plus petit dominateur commun entre plein de choses. On a tout de suite défendu ce mot pour Mouv’ et nous continuerons. On considère que c’est notre ADN à tous les niveaux. Le hip-hop est riche en problématiques, en diversité et en réussite. Nous voulons lui donner toute sa dimension.

Quelle place à la culture hip-hop dans votre vie personnelle ?

Depuis vingt-cinq ans, cette culture tient une place très importante dans ma vie quotidienne, personnelle et professionnelle. C’est une passion et un engagement auprès des artistes et de ceux qui gravitent autour. Ce genre est né pour participer à la résolution de problèmes de société. C’est l’envie de pouvoir présenter le hip-hop dans tous ses aspects : complexe, mainstream, undeground ou festif. Je suis un entrepreneur culturel depuis vingt-cinq ans environ et j’ai participé activement et au quotidien à côté des acteurs artistiques de la culture hip-hop et de ceux qui la colportent. Je me suis toujours mis dans la position de soutien, d’organisateur et de passionné pour promouvoir le hip-hop. C’est aussi défendre une musique qui s’inscrit dans une réflexion sociétale qui correspond à la ligne du service public.

Vous avez parlé de « média jeune », quelle en est votre définition ?

C’est un média qui se donne pour objectif de toucher un public jeune. Ce n’est donc pas un média qu’on fait pour soi et son entourage. On le fait pour un public que l’on souhaite rencontrer le plus massivement possible. On doit le fédérer et lui parler sans a priori avec la compréhension et l’analyse la plus fine possible. Le public jeune est dans l’air du temps et anticipe les grands mouvements de la société. Un média jeune doit être prescripteur et œuvrer en amont pour être dans le même tempo que les jeunes.

Comment parler à ce public quand il se méfie des informations venant des grands médias ?

En premier lieu, il faut laisser aux jeunes d’aujourd’hui le temps de s’exprimer. Leurs propos doivent être transmis et retransmis. Il faut leur laisser la parole. En second lieu, quand ils allument la radio, les jeunes veulent d’abord écouter de la musique. On s’axe donc sur un programme musical. La demande d’information existe, mais elle n’est pas prioritaire pour le public de Mouv’. Nous répondons donc à cette première exigence de la manière la plus complète possible. Nous apportons ensuite une information créée par les journalistes et la rédaction, et nous imbriquons ensuite les deux. Ma conviction est que si le public qui nous écoute considère qu’il y a un investissement musical et culturel crédible dans notre travail, ils peuvent avoir confiance dans notre démarche quand il s’agit de l’information que nous produisons. Notre mission est d’établir une zone de confiance avec notre public et qu’il sente que notre démarche est authentique, crédible pour qu’elle soit la plus fructueuse possible.

Où s’expriment les 13-25 ans sur Mouv’ ?

Ils s’expriment sur notre antenne. Nous avons par exemple la chronique Ouvre là. Ce sont des jeunes qui réagissent à l’actualité. Nous allons donc à leur rencontre partout en France pour savoir ce qu’ils pensent. Nous allons aussi chercher les jeunes sur les réseaux sociaux. Nous sommes beaucoup sur Snapchat depuis peu. Le succès est au rendez-vous avec la réception de milliers de snaps. Il y a une vraie interconnexion entre ce réseau social, l’antenne, les utilisateurs de ce contenu et les animateurs. On peut donc passer et s’exprimer à l’antenne via des snaps. C’est totalement inédit pour nous. On pense souvent que le meilleur moyen est de passer par un standardiste, mais, avec les réseaux sociaux, nous en expérimentons un autre. Notre stratégie est simple, nous allons là où est la jeunesse et nous la mettons en avant le plus possible. Nous mettons en place, tous les vendredi, l’émission Mouv’ Nation (animée par Marion Lagardère et Nasser Madji) qui est vraiment un espace pour eux et nous cherchons à transmettre la parole brute au sens le plus positif du terme. Enfin, il ne faut pas oublier que nous sommes une école de formation. Beaucoup de jeunes journalistes et de stagiaires de Radio France viennent ici et nous essayons de les impliquer le plus possible en leur proposant des reportages et surtout du temps d’antenne. L’équipe doit être en prise directe avec son public.

Quelle importance a la jeunesse pour vous ?

Ce qui m’importe, c’est la place des jeunes dans la société. Où peuvent-il s’exprimer en France ? Il y a beaucoup de débats sur les jeunes, mais peu d’endroits où nous pouvons vraiment les entendre. On entend aussi beaucoup les débats sur les inégalités sociales comme l’éducation, la culture, l’emploi. On a analysé depuis longtemps ce qui ne va pas et les problématiques de la jeunesse. Mais on n’est pas allé au bout de l’analyse en ce qui concerne les moyens qui doivent être mis en œuvre pour leur répondre. Le rôle d’un média public, c’est aussi d’avoir cette dimension symbolique et d’accorder une place importance à un public jeune. Ce public nous emmène à l’avant-garde. Je constate que les idées et les genres se renouvellent en permanence avec la jeunesse. Les jeunes sont créateurs d’opinions et mettent en avant de nouveaux artistes. À titre personnel, je m’inscris dans une continuité, car j’ai toujours travaillé autour des jeunes. La passion reste indemne. Il est fondamental pour moi de laisser la parole à la jeunesse surtout dans le service public. Je m’investis à 100% dans cette mission qui nous dépasse par son importance.

Lloyd Chéry

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